De Christ Roi au Temps de l’Avent: « C’est le Christ, Alpha et Oméga qui est célébré », indique le père Hubert Kèdowidé

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Dimanche 24 novembre dernier, les chrétiens catholiques ont célébré la fête du Christ-Roi qui introduit la dernière semaine du Temps ordinaire. Dès dimanche 1er décembre, ils entrent de plain-pied dans le Temps de l’Avent. Que comprendre du passage de la fête du Christ-Roi au Temps de l’Avent, pourquoi le Temps de l’Avent, que retenir du cycle liturgique…, autant de préoccupations auxquelles répond le père Hubert Kèdowidé, directeur de la communication de l’Archidiocèse de Cotonou.

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La Nation : La fête du Christ-Roi, que symbolise cette célébration ?

Père Hubert Kèdowidé : Il s’agit d’une célébration pleine de sens. Comme son nom l’indique, la fête du Christ-Roi, c’est la célébration du Christ proclamé Seigneur de l’Univers, Roi des rois. Cette fête est célébrée au premier jour de la dernière semaine du Temps ordinaire. Je le rappelle, le dimanche est pour les chrétiens, le premier jour de la semaine. A travers la fête du Christ-Roi, l’Eglise entière réaffirme que le Seigneur est le premier et le dernier, l’Alpha et l’Oméga, c’est-à-dire le commencement et la fin. Il est le commencement car il était avant tous les siècles et c’est par lui que tout a été fait. Il est la fin signifie que c’est lui qui aura le dernier mot et qui, dans sa royauté, va tout restaurer. Le cycle liturgique dans l’Eglise catholique, c’est trois années : année A, B et C. Dimanche 24 novembre dernier, qui était le trente-quatrième dimanche du Temps ordinaire marque le dernier virage de l’année liturgique C. Nous entrons dès dimanche 1er décembre dans l’année liturgique A avec le Temps de l’Avent. L’année liturgique commence toujours par l’attente, la soif de recevoir Dieu, et termine par le couronnement de la gloire de Dieu. C’est ce couronnement de la Gloire de Dieu que les chrétiens catholiques ont célébré dimanche 24 novembre dernier, dans l’espérance que leur vie entière soit sous la coupole de la grâce de Dieu. De Christ Roi au Temps de l’Avent, c’est donc le Christ, l’Alpha et l’Oméga qui est célébré.

En évoquant le Temps de l’Avent, vous faites allusion à l’attente, à la soif de recevoir Dieu. Pourquoi parler d’attente si le Christ est déjà né et a vécu ?

Je rappelle que contrairement à ce que l’on pourrait penser, contrairement à ce que tous les hommes ont coutume de faire pour célébrer les dates de naissance, les fêtes liturgiques ne sont pas des anniversaires. Ce n’est donc pas le rappel d’une date. C’est plutôt la réactualité de Dieu et la réactualisation de notre foi en Dieu qui, de toute éternité, est en instance de se donner entièrement à qui veut bien l’accueillir et le recevoir. Quand on est dans cette logique d’intemporalité de la grâce de Dieu, chaque moment est une nouvelle naissance. Ce que nous célébrerons dans la nuit du 24 au 25 décembre prochain, ce n’est pas l’anniversaire de naissance du Christ qui est né, il y a plus de deux mille ans. C’est en fait une nouveauté, une renaissance du Christ dans nos cœurs ; le Christ qui encore et toujours veut féconder nos cœurs pour qu’à notre tour, comme Marie, nous puissions mettre au monde Jésus-Christ ; c’est-à-dire partager au monde le Christ, donner au monde la vérité, la justice, la paix…
Dans la dynamique du Temps de l’Avent, le cœur qui se prépare, c’est un cœur qui est en gestation de l’enfantement de Dieu dont notre monde a soif encore. Tout ce que nous vivons aujourd’hui, conflits, guerres, barbaries…, nous montre que nous sommes dans un monde qui a besoin de la grâce de Dieu. Le temps de l’Avent vient donner une nouvelle occasion de féconder nos cœurs. C’est pourquoi, nous devons rester en attente de Jésus qui va réellement visiter nos cœurs.

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Et quel intérêt à passer par le Temps de l’Avent avant de célébrer la naissance de Dieu dans nos cœurs ?

Quand vous avez un grand événement qui arrive, vous vous préparez toujours. Il s’agit de se mettre dans les conditions optimales. En outre, la vie spirituelle est avant tout, un exercice. Et quand on s’exerce, on grandit, on gagne en compétence. La vie spirituelle est un exercice qui nous pousse à un cheminement, un cheminement qui va d’étape en étape et qui nous aide à grandir dans la foi. C’est pourquoi, chaque année liturgique est une restitution de notre rédemption, c’est l’histoire de notre salut que nous revivons de façon réelle. Ce que nos pères ont vécu dans le cheminement de la foi, nous le revisitons pour grandir progressivement dans la foi.
Lorsque nous parlons du Temps de l’Avent par exemple, nous faisons référence à ce temps là où le peuple d’Israël a vécu dans l’attente de la venue du Sauveur et tous les textes bibliques qui sont prévus à cet effet, nous rappellent la prophétie de la naissance de Jésus et l’attente du peuple de Dieu. Nous évoluons donc avec le peuple de Dieu vers le jour de l’accomplissement de la promesse. Et quand il va naître, nous allons revisiter son parcours, comment il a été accepté par d’autres et rejeté par les siens, comment il a annoncé la bonne nouvelle, comment il a guéri et converti beaucoup de personnes… Dès le Temps de Carême, nous verrons également comment il a souffert et comment il va livrer sa vie par amour pour les hommes. A Pâques, nous allons éclater de joie à sa Résurrection d’entre les morts. Nous entamons ainsi le Temps pascal où nous revivons tous les prodiges du Christ ressuscité qui va s’élever à l’Ascension et nous combler de l’Esprit saint au jour de la Pentecôte…
Chaque étape de l’année liturgique est donc un exercice spirituel qui nous fait revivre une séquence de l’histoire de notre rédemption et qui nous aide à grandir dans la foi. C’est ainsi qu’il faut concevoir l’importance du Temps de l’Avent et de tous les autres temps liturgiques.

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Comment les chrétiens doivent-ils alors vivre ce temps pour se préparer de façon optimale à donner naissance à Jésus dans leur cœur ?

Le temps de l’Avent, c’est le temps de l’enfance, c’est le temps de l’humilité. « Je suis ton humble servante… », a dit la Vierge Marie. Et depuis lors tous les âges lui disent « bienheureuse », car elle a accueilli dans l’humilité, sans trop comprendre certainement, Dieu qui est venu domicilier dans sa vie et dans son cœur. Au cours du Temps de l’Avent, c’est une attitude mariale que nous devons avoir. Cette attitude qui se traduit par trois qualités : la disponibilité totale à Dieu en toute humilité, l’écoute et l’humanité.
Dès qu’on se fait disponible à Dieu, il nous prend sous son ombre et fait de nous une merveille. Cette disponibilité ne saurait être effective sans l’humilité totale. Ensuite, nous devons faire l’effort d’être à l’écoute de Dieu qui vient frapper à notre porte. Marie a accueilli la parole de Dieu avant d’accueillir Jésus dans sa chair. C’est l’écoute de cette parole qui permet à chacune et à chacun de recevoir Dieu et de se laisser féconder par l’Esprit saint. Nous devons également être à l’écoute l’un de l’autre, être attentif à l’autre. C’est d’ailleurs la troisième qualité attendue du chrétien : plus d’humanité, plus de solidarité, plus de charité, plus de fraternité. Les efforts pour acquérir toutes ces qualités ne doivent pas s’arrêter au Temps de l’Avent mais doivent poursuivre tout le long du cycle liturgique et tout au long de la vie. C’est ainsi que d’année en année, on grandit effectivement dans la foi sans avoir l’impression de tout recommencer à zéro.

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Une dernière curiosité, pourquoi avoir divisé le cycle liturgique en trois années et quelle différence d’une année à une autre ?

A l’expérience de la vie spirituelle, nos pères dans la foi en subdivisant en trois années le cycle liturgique, ont fini par nous léguer quelque chose d’extraordinaire. Vous savez que le chiffre trois, c’est le chiffre trinitaire et en même temps unitaire, c’est le chiffre de la perfection, de la présence de Dieu, de l’accomplissement. Après trois années liturgiques, vous avez la réelle impression d’avoir fait le tour de la Bible. Et effectivement, on fait le tour de la Parole de Dieu de la Genèse à l’Apocalypse. Vu que chaque chrétien est supposé lire entièrement la Bible et que la lire d’un trait, c’est risqué de ne pas bien la comprendre ; vu qu’il n’y a que peu de personnes qui font une étude approfondie de la Bible, nos pères ont divisé la Bible en petits extraits d’écoute : lectures, psaumes et évangiles. Après avoir recoupé ces extraits et les avoir regroupés de façon thématique, la répartition s’est faite sur trois ans de sorte que celui qui suit entièrement les trois années liturgiques, fait le tour de tous les compartiments des Ecritures Saintes. Celui-là a la chance d’avoir entendu au moins une fois toutes les parties de la Bible. Le cycle liturgique traduit donc cette dynamique liturgique qui nous permet de revisiter toute la Bible au bout de trois ans.