De la Révolution au Renouveau démocratique: Bouriana Daguia, toujours le poing levé !

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Elle a fait du militantisme son combat, sa joie de vivre. Bouriana Daguia, femme politique engagée de la période révolutionnaire est fière d’appartenir à la nation béninoise. Son pays qu’elle veut servir jusqu’au dernier de son souffle.

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Bouriana Daguia n’a rien perdu de son sens élevé du patriotisme. La militante engagée des années révolutionnaires est restée égale à elle-même. Du moins sur le plan du militantisme social et politique, malgré le poids de l’âge. Toujours bouillante comme par le passé. Des années des indépendances à la période du Renouveau démocratique, elle a fait diverses expériences pour demeurer une politicienne pas des moindres, une figure de proue. Du haut de ses 72 ans, l’ancienne déléguée à la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990, demeure une femme, pleine de défis, de vie et d’actions.
Ce qui enchante ses visiteurs, son féminisme, son dynamisme, son punch, et son humour. Bouriana Daguia demeure très engagée et combattive. « On ne choisit pas sa nationalité. Pour cela, on ne peut pas s’identifier à un autre. Il faut être fier d’être Béninois », affirme-t-elle. Cette fierté doit se traduire par l’amour et l’attachement de tout citoyen pour sa nation. Elle ne se lasse guère à traduire en actes concrets, ces valeurs. « Nous sommes issus de ce peuple, nous lui devons des comptes devant l’histoire », souligne-t-elle.
La consécration de la plate-forme des personnes du troisième âge (Pta) dont elle fait partie, en dit long sur son dévouement à la cause de son pays. « Nous avons mis en place ce creuset pour faire des lobbyings auprès des pouvoirs publics en vue d’un changement social », soutient-elle.
Admise à la retraite depuis plus d’une vingtaine d’années, Bouriana Daguia, déborde encore de l’énergie pour partager ses expériences et son savoir-faire. « Tant que l’on est debout, il faut être utile. Etre retraité n’est pas synonyme d’invalidité. Personne ne doit jamais décliner une sollicitation parce qu’elle est retraitée », tranche-t-elle.
C’est fort de cette conviction que la Fraternité des Papito-Mamita( Frapama), dont elle est la vice-présidente revendique ce slogan : « Personne du 3e âge, nous ne sommes pas des charges, nous sommes des ressources pour notre pays ».
Bien que tenant difficilement sur ses deux pieds aujourd’hui, l’ancienne chef de district d’Adjarra, Sèmè-Kpodji et Porto-Novo reste toujours disponible pour servir son pays. A cœur joie, elle use encore le fond de ses jupes et robes pour aller à la rencontre des populations, contribuant ainsi à sa manière à la restauration des valeurs et à la construction de l’édifice national. « Je suis fière d’être dans les salles de réunions, les maisons, les rues pour dire mon mot. Je ne vois pas devant quelle autorité je vais baisser la tête, dans la mesure où je n’ai jamais eu de manigances avec qui que ce soit au moment où j’étais en fonction », martèle-t-elle.

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Souvenirs et nostalgie

Taille moyenne, teint clair, regard jovial et très souriante, style vestimentaire simple, tresses rangées sur la tête de manière traditionnelle, Bouriana Daguia a su graver son nom dans les annales nationales, dans les cœurs et mémoires des militants et militantes de la période révolutionnaire. Il suffit d’évoquer le sujet pour qu’elle vous replonge dans l’histoire sociopolitique du Bénin. Sur ce point, elle devient simplement prolixe. Des faits qu’elle raconte, pleine de souvenirs, d’humour et de nostalgie.
« La Révolution est venue soulever le peuple et l’aider à prendre conscience de sa situation d’entre-temps ». Pour elle, les pères fondateurs ont balisé le terrain politique aux militants d’aujourd’hui afin que le jeu puisse se jouer en toute quiétude. « Nous ne prêchions pas dans le désert, lorsque nous scandions le slogan : « Honneur au peuple ! Pouvoir au peuple ! ». « Si les enfants qui naissent aujourd’hui sont préparés psychologiquement à la politique depuis le sein maternel, c’est grâce au travail accompli par les aînés durant la Révolution », se remémore-t-elle. « La vraie démocratie a eu lieu à un moment donné dans notre pays. L’éveil de la conscience du peuple et surtout des femmes s’est fait pendant la révolution », soutient-elle.
Autrefois, n’allait pas à la politique qui veut. « Il faut avoir du cran, la bonne volonté et le fair-play nécessaires pour vivre dans les milieux des hommes politiques qui se prenaient pour des féodaux ». Mais, les réalités ont changé. La politique, telle qu’elle est menée aujourd’hui, ne motive plus tout le monde et la gent féminine semble baisser la garde.
Elle assimile la Révolution à la traversée du désert par le Dahomey (actuel Bénin). Des moments de lutte ayant permis au Bénin de sortir sa tête de l’eau. D’ailleurs, les Béninois et plus encore les femmes doivent tout aux acteurs de l’indépendance. « L’obligation était faite aux comités révolutionnaires locaux (Crl) d’avoir un quota de femmes », se souvient-elle. Sur ce point, elle décerne un satisfecit aux actions de ses compagnons de lutte, en nommant Marie-Jeanne Ruffino, Philomène Mondé, Béatrice Lakoussan, Georgette Akouesson, de regrettée mémoire Elisabeth Balley, Rosine Hodé…, avec une mention spéciale à Karimou Rafiatou, première femme ministre au Bénin.
Les retombées de leurs engagements pour la cause de la gent féminine s’observent aujourd’hui par l’installation des associations et groupements féminins dans tous les hameaux du pays. Toutefois, elle observe que le Bénin est à la traîne en ce qui concerne la participation des femmes à la vie politique du pays, si ce n’est l’éveil des femmes que l’on retient comme point fort du militantisme féminin.
Pour cette ancienne militante qui a été au cœur des combats pour l’émancipation des femmes au Bénin et en Afrique, la faible représentativité des femmes reste un faux pas historique, une erreur des parents. « Les parents accordaient plus de priorité à l’éducation scolaire des garçons que celle des filles au point qu’on retrouvait plus de filles dans les tâches domestiques pendant que les garçons étaient à l’école », se désole-t-elle.

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La parité ne peut prospérer

Au regard de cette situation, elle estime que le concept d’égalité homme-femme ne peut prospérer au Bénin. « Les femmes qui se battent pour la parité doivent faire une rétrospection », indique-t-elle. La parité suppose des efforts et des moyens de mise en œuvre, autrement elle sonne comme un vain mot. « La parité n’est pas un gâteau offert sur un plateau d’or ; c’est une bataille. Or, pour mener une bataille, il faut avoir les armes nécessaires », fait-elle observer.
La présidente de l’Amicale des enseignants de la première promotion de l’école normale Félicien Nadjo, se réjouit toutefois des avancées en matière d’éducation des filles. Et, pour que les jeunes militantes puissent avoir leur voix au chapitre, elle lance cette exhortation : « Femmes, mobilisons-nous, battons-nous et faisons tout pour occuper nos places ! » Pour elle, rien de durable ne s’obtient par le charme. Tout s’acquiert par le travail, le respect de soi et de l’autre. « La femme doit montrer qu’elle est l’égale de l’homme lorsqu’elle vient à l’heure au travail et s’acquitte dignement de ses obligations », recommande-t-elle.
Des valeurs qu’elle entend léguer à la postérité, en les inculquant à ses enfants et ses petits-enfants. « Notre vœu, c’est d’avoir des enfants du Bénin consciencieux, travailleurs et patriotiques », souhaite-t-elle.
Au-delà du soin quotidien qu’elle apporte à ses enfants et petits-fils, elle reste pour sa famille une ‘’mémé’’ très attentionnée, pleine de chaleur et d’amour, une conseillère, un guide, un exemple. « Mes six enfants vivants et neuf petits-fils représentent mon bonheur », dit-elle fièrement, convaincue qu’après Dieu, il n’y a que la famille pour vous soutenir. « Lorsque tout le monde vous abandonne, la famille ne vous abandonne jamais. Dans le Coran, il est clairement mentionné que les liens de la famille ne doivent pas se briser entre les mains du chef de famille », soutient l’ancien membre du Bureau exécutif de l’Organisation des femmes révolutionnaires du Bénin (Ofrb).
Et, même si Bouriana Daguia s’appuie aujourd’hui sur une canne pour marcher, elle n’entend pas trébucher lorsqu’il s’agit de servir sa patrie. « Je ne suis pas encore satisfaite de ce que j’ai donné à mon pays. Je le serai lorsque les politiques entendront les vœux des personnes du troisième âge », lance-t-elle pour annoncer que le combat continue. « Il faut se forger un mental dans la vie et être au service des autres et de son pays». Il ne saurait en être autrement, selon la présidente du club «Les joyeux intimes », car le Bénin attend la contribution de tous ses enfants pour retrouver ses marques.
« Depuis la Révolution, Porto-Novo, la capitale administrative du Bénin attend une volonté politique pour reprendre ses attributs », lance-t-elle. Et, pour que le pays puisse relever ce pari, il lui faut transcender les clivages politiques.
Cette exhortation est également valable pour tout le continent. « L’Afrique, c’est le premier continent que Dieu a créé, c’est le berceau de l’humanité, toutes les grandes richesses sont en Afrique. Reste à ses dirigeants de se départir de la corruption pour redonner au contient ses lettres de noblesses », recommande-t-elle pour sonner le réveil de l’Afrique?

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