Déchéance des taxis-ville à Cotonou et environs: Les conducteurs à l’épreuve du temps

Par Isidore Alexis GOZO (gozoalexis6@gmail.com),

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Naguère fortement sollicités à Cotonou et environs, les taxis-ville sont depuis quelque temps menacés de disparition. La rude concurrence à laquelle ils font face a de grandes répercussions sur leur survie. Pendant que certains conducteurs ont très vite mis la clef sous le paillasson, d’autres redoublent d’ingéniosité pour résister, nourrissant l’espoir de lendemains meilleurs.

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L’ardeur du soleil sur le parking de St Michel, ce mercredi 28 juillet 2021, n’a pas émoussé le zèle des jeunes apprentis chauffeurs bataillant pour remplir leurs bus de clients. Pas de quoi se plaindre, c’est leur lot quotidien! Non loin de là, dans la rue de la poissonnerie Cdpa se trouvent stationnés une dizaine de taxis-ville facilement reconnaissables à leur couleur vert jaune. Assis sous un hangar et visiblement fatigués, les conducteurs s’accommodaient de leur infortune, occupant le temps de discussions longues et parfois houleuses. Toutefois, ils n’ont vraiment pas l’air content car confrontés aux mésaventures qu’ils vivent dans leur secteur. Durant des années, ils ont fait la pluie et le beau temps mais sont tombés depuis peu dans la déchéance totale.

La soixantaine environ, cheveux grisonnants, Jean Megan vient de garer son véhicule dégarni par l’usure. Après les salutations d’usage, il prend siège autour de l’imaginaire plateau de débats. Jean Megan est en effet conducteur de taxi-ville depuis une quarantaine d’années. C’est grâce à cette activité qu’il a pu se construire une maison et réaliser tant de choses. Hélas, le bonheur d’hier a laissé place aujourd’hui à une galère pérenne. Sur le visage de Jean Megan, consternation, voire dépression. A peine trouve-t-il son pain quotidien. La concurrence déloyale à laquelle il est confronté de la part des conducteurs de minibus et autres, rend la tâche bien plus difficile. Certains de ses collègues n’ont pas pu résister à cette vague et ont très vite rebroussé chemin.
« Au début, on n’effectuait pas un long trajet avant de trouver des clients. Mais aujourd’hui, nous n’arrivons plus à trouver de la clientèle à cause de la concurrence à laquelle nous sommes confrontés. La cause de notre déclin est la multiplicité des minibus et des Zémidjan dans la circulation. Ces derniers nous livrent une guerre sans merci », confie-t-il, avec désolation. Jean Megan quitte tous les matins Cococodji pour venir chercher de quoi se nourrir à St Michel dans le centre-ville de Cotonou. Il lui faut parfois se battre avec les Zem et les conducteurs de minibus pour arriver à tirer son épingle du jeu. « Il y a des jours où on ne trouve pas du tout de clients et on rentre bredouille à la maison. C’est à cause de ce manque de clients que certains de nos collègues abandonnent le métier et vont se chercher ailleurs », précise-t-il. Jacques Dossou, quant à lui, est plus jeune dans le secteur. Tous les jours, il doit rivaliser avec les minibus pour pouvoir arracher quelques clients. Parfois, cela tourne à des disputes et accrochages entre conducteurs. « Je suis entré dans le secteur en 1994 et jusqu’à ce jour, je continue d’exercer ce métier.

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C’est à cause du manque de moyens que j’ai très vite abandonné les classes pour m’y insérer mais aujourd’hui, c’est la déchéance totale. Nous avons compris que c’est par manque de travail que certains citoyens nous livrent la concurrence», admet-il. Abraham Agboakounou, secrétaire général de l’Organisation des taxi-ville des communes du Bénin (Octavic Bénin), est tout autant amer. « C’est parce que l’activité ne donne plus trop que beaucoup de personnes se sont reconverties. Lorsque vous sortez votre véhicule et que vous ne trouvez pas de clients alors que vous avez des obligations, c’est comme si vous menez un commerce et vous tournez à perte », explique-t-il.
Le déclin que connaît cette activité, selon lui, est à mettre sur le compte d’un faible accompagnement des pouvoirs publics. Prenant le cas de Bénin taxi, il relève qu’il y a eu un encadrement et des points de regroupement ont été créés pour les conducteurs afin qu’ils soient vite sollicités par les clients. « Mais nous, c’est difficilement que nous avons pu avoir une autorisation de la préfecture pour permettre à nos collègues de marquer des arrêts dans la vons de la Cdpa», souligne-t-il.

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Du miel au fiel !

Apparu en 1952 au Bénin, le taxi-ville avait connu de beaux jours. A l’époque, il n’y avait pratiquement aucun moyen de déplacement à Cotonou et environs si ce n’est le taxi-ville. Cette activité a permis à plusieurs conducteurs de se faire une place au soleil. Et pour se déplacer d’un point à un autre, il suffisait juste pour le client de débourser une modique somme. Mais avec le temps, les choses ont changé. Plusieurs moyens roulants ont fait leur apparition, reléguant le taxi-ville au second rang. Aujourd’hui, pour s’offrir les services d’un taxi-ville, il faut au minimum débourser entre 200 et 600 francs Cfa. Quant aux formalités administratives, le conducteur de taxi-ville se doit de remplir certaines conditions. Il doit payer les taxes et impôts et toutes ses pièces devront être à jour. Lesquelles formalités demandent beaucoup de moyens.

De meilleures perspectives !

En dépit de leur situation accablante, les conducteurs de taxi-ville espèrent des lendemains meilleurs si l’Etat les accompagne. Pour Jacques Dossou, les choses pourraient rentrer très vite dans l’ordre. Car, dit-il, son association met les bouchées doubles pour leur faciliter la tâche. Dans ce sens, Abraham Agboakounou, secrétaire général de l’Organisation des taxis-ville des communes du Bénin, affirme que son association mène les démarches conséquentes pour faire renaître le secteur de ses cendres. Pour l’heure, il indique qu’un contrat est en cours avec une structure d’assurance de la place pour le renouvellement des parcs automobiles où les conducteurs vont disposer de véhicules et payer par échéance sur quelques années.

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« Nous courons aussi pour que le parc triangulaire qui a été rasé par le gouvernement nous soit octroyé. Il faut que le gouvernement nous aide à ce que nous soyons visibles et par rapport à cela, le collectif a envoyé des correspondances et des plaidoyers au ministère des Transports et à la mairie de Cotonou. Nous n’avons pas baissé la garde », explique-t-il. En outre, Abraham Agboakounou fait savoir qu’un partenariat a été signé avec les Indiens qui ont mis à leur disposition, des petits véhicules toujours de couleur jaune à faible consommation et de cinq places. Ces véhicules seront mis à la disposition de la population au même prix que les minibus. En attendant leur mise en circulation, des conducteurs habiles et tenaces continuent de se battre pour leur survie quotidienne. Leurs clients favoris sont les bonnes dames qui viennent et repartent des marchés avec des quantités importantes de marchandises mais aussi des passagers qui n’aiment pas se faire bousculer dans les minibus. En plus des efforts fournis par leur association pour sauver le secteur, les conducteurs de taxi-ville sollicitent un accompagnement conséquent de l’Etat pour qu’enfin leur secteur reprenne vie.