Défaut d’électricité dans des localités de Sô-Ava: Une vie fascinante, mais limitée sur l’eau

Par Fulbert Adjimehossou,

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Electrification

La vie sur l’eau donne des sensations mémorables à tout visiteur de la cité lacustre du Bénin. Les nuits, le paysage est encore plus fabuleux. Mais les populations, elles, sont limitées dans cette vie sans énergie.

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Samedi 7 août 2021, les décibels montent à Sô-tchanhoué, une localité de la commune de Sô-Ava. Dans presque toutes les agglomérations, la musique est à fond sous des bâches dressées non loin des berges. Le bruit des groupes électrogènes en rajoute à ce décor particulier. « Nous n’avons pas d’électricité ici. C’est ainsi que nous arrivons à disposer de l’énergie pour faire fonctionner les amplificateurs de son et agrémenter les réjouissances», explique Simon, la trentaine, un jeune de la localité. Difficile d’imaginer que tout le vacarme sur lequel dansent des dizaines de convives en uniforme ne tient qu’à cette source d’énergie. Pourtant, ce n’est qu’une méthode d’adaptation, parmi tant d’autres.

Entre le moyen-âge et la modernité

A Sô-Ava, une commune de plus de 118 000 habitants, il n’y a pas que les habitations sur pilotis, les jets de filets éperviers, les différents canaux ou encore les oiseaux migrateurs qui subliment. Une fois le soleil éclipsé, tout change du coup. Sur le Lac Nokoué, le plus grand plan d’eau du Bénin, règne désormais un calme plat et reposant. Les canaux de navigation se remettent des pressions de la journée. Les panneaux photovoltaïques installés au niveau des places publiques percent l’ombre pour maintenir les populations en éveil pour quelques heures encore. Et dans les concessions, au vacarme de la journée succède un paysage fait de mille lueurs qui scintillent de loin.
Quelques ménages vivent à l’ancien temps, avec des lampes à pétrole. Mais beaucoup se tournent vers des lampes torches et des panneaux solaires, en fonction de leurs moyens, pour entrer dans la modernité. C’est le cas dans le ménage de Joachim Tchèmèdé à Sozounko. « On a toujours vécu ici sans l’énergie électrique. Avec 100 000 F Cfa nous arrivons à avoir un système avec sept lampes », explique-t-il.
Ici, le téléphone n’est pas un luxe. Mais, il faut pouvoir le charger fréquemment pour être joignable. « Si vous vous connectez trop souvent à Internet, le téléphone se décharge vite. C’est avec les panneaux solaires que nous le chargeons. Ce système d’électrification est venu chez nous, il n’y a pas longtemps. Du cours d’initiation jusqu’au cours secondaire, j’ai utilisé les lampe-tempête. Aujourd’hui, les panneaux solaires sont accessibles. Les gens payent même jusqu’à 400 000 F Cfa pour pouvoir au moins suivre la télévision », témoigne Eric Dènon, un autochtone.
Sur les toits des constructions sur pilotis, le solaire prend place, parfois aux côtés d’antennes paraboliques. Mais dans le lot, beaucoup d’équipements ne fournissent plus d’énergie.

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La soif de l’énergie

Vivre avec l’électricité sur l’eau, c’est possible. L’arrondissement central en fait l’expérience. Au lendemain de la visite du chef de l’Etat, Patrice Talon, dans cette commune en janvier 2021, d’autres localités veulent croire que l’énergie ne sera plus un luxe. « Il est vrai que nos parents ne l’avaient pas utilisé. Mais les choses évoluent et Ganvié doit évoluer aussi. Par exemple, mon arrondissement ne fonctionne pas comme cela se doit, car il n’y a pas le nécessaire. Pour faire les saisies, mon secrétaire a besoin de se déplacer pour cela», déplore Janvier Avocetien, chef d’arrondissement de Ganvié 1.
La chaîne de radio locale est réduite au service minimum. La vie économique sur l’eau ne tient qu’à la lumière du jour.
« Sur le lac, nous avons beaucoup d’artisans qui n’émergent pas à cause de cette non-disponibilité de l’énergie. Les gens en ont vraiment besoin dans les ateliers, les églises, et les centres commerciaux », fait remarquer Jean-Roi Ilénikoua, directeur de la radio To-Sô.
Tout comme lui, les élus ont des raisons de croire que les localités sur l’eau passeront de l’ombre à la lumière, sans plus tarder.
« Tous les gouvernements nous ont toujours promis l’électricité sans que nous puissions l’avoir. Nous avons espoir avec le projet «Réinventer Ganvié». Le gouvernement est à pied d’œuvre pour cela. La population est en confiance », fait remarquer le chef d’arrondissement de Ganvié 1.
Dans les coulisses, des tractations se mènent pour raccorder certains arrondissements et offrir une autre vue de cette destination touristique. Cela devrait permettre de mettre fin au drame écologique silencieux qui se joue avec le rejet de piles dans le plan d’eau. « La pile a des substances toxiques. Lorsqu’on la jette dans le lac, ce n’est pas bon pour les produits halieutiques. C’est par ignorance que la population le fait», s’indigne Janvier Avocetien. Et il est temps d’y mettre fin.