Dégradation avancée des zones humides au Bénin:La gestion intégrée comme solution

Par Didier Pascal DOGUE,

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L’Université d’Abomey-Calavi a abrité en fin d’année dernière, deux ateliers sur l’économie et la gestion des écosystèmes humides et la sécurité alimentaire. L’importance des sujets et la menace qui pèse sur les zones humides requièrent qu’on s’y penche. Au fil des jours, la gestion de ces zones exige une collaboration active entre chercheurs, populations et divers acteurs pour le bonheur de tous.

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«Nos zones humides se dégradent. A défaut de renverser la tendance, il faut tout faire pour les conserver afin d’éviter la catastrophe», alerte Fabien Hountondji, enseignant chercheur lors des deux ateliers organisés sur l’économie et la gestion des écosystèmes humides et la sécurité alimentaire à l’université d’Abomey-Calavi (UAC).
Cependant, le professeur Euloge Agbossou, directeur de l’Institut national de l’eau au niveau de ladite université reconnaît que les zones humides rendent des services écosystémiques, car certains paysans y ont recours pour produire le maïs de contre saison. Pour qu’il y ait développement durable, rappelle-t-il, il faut l’autosuffisance alimentaire. Ce qui suppose, selon le professeur Euloge Agbossou, que chacun mange à sa faim. Pour qu’il en soit ainsi, il faut maîtriser l’eau et la mettre au service de l’homme, de l’agriculture et de la communauté. Maîtriser l’eau, retient-il, c’est la dompter, l’utiliser afin qu’elle rende service.

Aller dans les zones humides

«Nous sommes en plein changement climatique ; notre agriculture est à 95% pluvieuse ; certains agriculteurs se sont rabattus sur les zones où il y a de l’eau en surface pour ne pas dire dans les zones humides », indique le professeur qui retient, par ailleurs, que la nature est capricieuse. C’est bien pour contourner ces aléas que des paysans ont pris le risque d’aller dans les zones humides pour produire le maïs frais commercialisé sur la base des sacrifices consentis.
Et le professeur ne tarit pas de dévoiler les avantages que procurent les zones humides aux hommes. Ainsi, on peut y chercher du bois ; ce sont les zones humides qui nous fournissent également les emballages verts pour l’akassa ; ce qui lui donne, un certain goût.
On y amène également les animaux pour l’abreuvage ; il est également loisible d’y pratiquer l’aquaculture ; on y va également pour s’adonner à la pêche ; ces zones humides rendent donc d’énormes services, retient-il.
Pour mieux gérer l’eau, développe le professeur, il faut mettre à contribution les acteurs et utilisateurs, puis s’assurer la maîtrise des outils, notamment la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). «Lorsqu’on applique ces principes, cela permet de vivre en harmonie et d’éviter certains conflits et aux différentes parties de se mettre d’accord pour bien gérer et cohabiter», poursuit-il.
« Nous avons si mal géré nos terres fermes, les plateaux, les versants de sorte qu’ils sont dépourvus de fertilité ; et si nous gérons mal les zones humides qui demeurent ce qui nous reste, ce ne serait pas du tout bien », a prévenu le professeur avant d’assurer qu’il est urgent que nous puissions évaluer nos zones humides, les analyser, comprendre les services qu’ils peuvent nous rendre pour en tirer le meilleur profit.
Un profit qu’expose Flavien Dovonou, enseignant chercheur qui rappelle qu’il y a des plantes, des animaux et d’autres composantes qui interagissent dans les zones humides. «Des milieux très recherchés que nous avons mais que nous n’exploitons pas comme il se doit ; nous n’arrivons pas à bien les valoriser ; il nous faut des politiques de valorisation et de sauvegarde des écosystèmes humides», préconise l’enseignant chercheur. Ce sont des zones à haute portée économique, des milieux qui bien exploités, sont pourvoyeurs de richesses et peuvent permettre d’engranger des devises pour le pays, entrevoit-il.
Pour l’enseignant chercheur, les cadres du ministère de l’Environnement, de l’Agence béninoise pour l’environnement, les étudiants/ chercheurs, les agents des ONG spécialisées dans l’environnement, l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’eau, l’énergie, constituent un parterre d’acteurs qui doivent réfléchir et travailler en synergie afin qu’il n’y ait pas de conflits autour des zones humides. Il leur incombe de travailler à asseoir les bases de la gestion intégrée des ressources en eau. Ils contribueront, pense-t-il, à mettre en place des politiques durables des zones humides en réponse à l’accroissement de la pression anthropique, de façon à assurer l’évaluation de toutes les valeurs écosystémiques d’une zone humide pour révéler les meilleures options de gestion des zones.
En attendant, les problèmes de pollution du lac l’étouffent: sa proximité avec Dantokpa, l’absence d’assainissement à ce niveau et à Ganvié, le transport d’hydrocarbures sur le lac…

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Espoir

L’enseignant/chercheur Fabien Hountondji ne perd pas espoir : « Il y a des espèces médicinales rares qu’on retrouve dans les zones humides. Au delà des services d’approvisionnement, il y a des services de purification, de régulation des érosions et des inondations». De plus, les forêts sacrées ont permis de conserver l’environnement de par leur influence sur la psychologie des citoyens. «On tire du spirituel à partir des zones humides ; ce sont également des sources de récréation. », révèle l’enseignant/ chercheur.
Edmond Sossoukpè, le directeur général de l’Agence béninoise pour l’environnement (DG/ABE), reconnaît également l’utilité et toute la valeur qu’il convient d’attribuer aux zones humides. « Les mangroves sont des formations végétales particulières capables de fixer jusqu’à plusieurs dizaines de tonnes d’oxyde de carbone par hectare alors qu’en temps normal, une forêt de formation végétale classique n’est pas capable de fixer 6 tonnes par ha. Raison de plus pour protéger la ville et sa périphérie, en plantant des mangroves pour épargner les habitants du gaz nocif», explique-t-il.
Les fleuves, les lacs et les rivières et leurs plaines d’inondations sont considérés comme des zones humides, rappelle le DG/ABE qui rapporte qu’il est désormais possible d’évaluer les alternatives de mise en valeur des écosystèmes des zones humides et de délibérer sur les options socio-économiquement viables.
Notre approvisionnement en oxygène par les zones humides nous soulage, indique-t-il «Si nous les altérons, ou si nous les détruisons, nous courons de grands risques», prévient Edmond Sossoukpè.
La jacinthe d’eau est une peste des zones humides, mais elle est utile en artisanat, car on peut en tisser des sacs et bien d’autres objets et promouvoir ainsi une exploitation durable des zones humides.
De plus en plus on prélève du sable dans les zones humides, mais il sera question de faire le point pour envisager ces prélèvements pour qu’ils n’entraînent pas plus tard d’autres dégâts environnementaux.

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Quelques repères de zones humides

Le lac Nokoué, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest 7km sur 21 km ; la basse vallée de l’Ouémé.
La zone humide du Sud est constituée de la Vallée de l’Ouémé, à l’Ouest avec le complexe Mono-Couffo ; les zones humides au Nord, avec le bassin du Niger y compris ses différents affluents ; au Nord Ouest également, la Volta.