Dématérialisation de l’Administration: La révolution qui va métamorphoser le quotidien des Béninois

Par Ange Joël TOFFOUN,

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Dématérialisation de l’Administration

Une carte à puces pour de multiples services, des avancements d’échelons et bientôt de grades automatiques, payer l’impôt, la Tva, des marchandises par la monnaie électronique, tirer sa fiche de paie soi-même sur le web, des gestes qui vont de plus en plus rimer avec le quotidien des Béninois au terme du Recensement administratif initial à vocation d’identification de la population (Ravip).

Une révolution dénommée « dématérialisation » ou « e-Administration » est en marche au Bénin depuis un moment et ambitionne de sortir chaque jour davantage l’Administration des tracasseries sources de rackets ou des pots de vin.
Il s’agit d’un ensemble de technique qui suppriment l’utilisation du papier et par conséquent le contact physique du fonctionnaire au profit de l’électronique. Un contact qui souvent donne lieu à des pots de vin dans une administration où l’éthique semble de plus en plus déserter le forum.
Cette transition numérique de l’administration classique et rudimentaire à l’e-administration semble commencer par le processus du Recensement administrative initial à vocation d’identification de la population (Ravip) qui, à terme, aboutira à la distribution de carte d’identité numérique. Cette carte annoncée pour être une carte à plusieurs usages présage bien qu’elle ne présenterait pas seulement des puces d’identification mais éventuellement aussi des puces électroniques donnant accès à un nouveau monde numérique comme dans la plupart des pays qui se sont engagés dans la voie de la dématérialisation.
En Estonie, pays pionnier de la dématérialisation par exemple, cette pièce numérique fait partie de l’infrastructure à clé publique du pays et permet aux citoyens d’utiliser des services en ligne sécurisés. Un système sécurisé protégé facile à utiliser capable de s’ouvrir à l’aide de lecteur de carte incorporée dans la majorité des ordinateurs estoniens.
C’est pour dire que ceux qui manqueraient de se faire enrôler lors de l’opération du Ravip en cours vont se mordre les doigts. Ils risqueraient de se retrouver, dès la distribution de la carte d’identité numérique, en déphasage avec la révolution numérique en gestation.
Dès l’aboutissement de cette réforme, les tickets et les espèces ne seront plus nécessaires. Il suffirait d’approcher sa carte à puces du lecteur conçu à cet effet, pour accéder aux offres de service public. Cette carte qui regrouperait les fonctionnalités de nombreuses cartes sans puces réduirait non seulement le volume des portefeuilles mais aussi la pression de certains fonctionnaires d’exiger des pourboires pour rendre le service pour lequel ils sont déjà rémunérés.
Cette révolution vers laquelle le Bénin s’avance à petits pas, cache bien d’autres mutations, notamment l’avènement de la signature numérique dès le vote de la loi sur la dématérialisation. Cette technologie complémentaire inaugurera l’ère où les documents signés numériquement auront la même valeur juridique que ceux portant la signature manuscrite. Bientôt, au Bénin un moyen simple et sécurisé sera disponible pour valider en ligne des documents administratifs, des accords commerciaux, des virements bancaires et bien d’autres documents.
A terme, cette série de révolutions permettra au gouvernement de réduire de manière significative ses dépenses de fonctionnement, notamment les centaines de millions de charges englouties dans l’achat de papier. Mieux, elles vont favoriser le gain de temps et de revenu en supprimant les déplacements qu’engendre une apposition de signature physique d’un contrat.
Ces multiples gains (en numéraire et en temps) engageraient sûrement le Bénin à l’instar de l’Estonie dans la voie du développement durable.

Les lignes bougent

Beaucoup d’autres mutations numériques en cette révolution de la dématérialisation vont métamorphoser nos gestes, nos habitudes, nos mentalités les plus rétrogrades et faire de nous des hommes à la pointe des innovations technologiques. Il s’agit d’une série des promesses du président Patrice Talon à l’occasion de son discours sur l’Etat de la nation en décembre 2017.
L’année 2018 s’annonce comme celle de l’émergence des projets phares qui vont amorcer la métamorphose du Bénin, a-t-il promis. La preuve, en février 2018, deux mois après cette promesse, plus besoin de faire les rangs et perdre beaucoup du temps dans les banques pour avoir sa fiche paie. Il suffit de se connecter au site du trésor public, à savoir : www.bulletinpaie.tresorbenin.bj pour l’imprimer à loisir où l’on peut. Un pas significatif si l’on se rappelle le temps que gaspillaient les fonctionnaires pour retirer cette pièce.
De même, le lancement, le 14 décembre dernier du site web (www.bulletinpaie.tresorbenin.bj) et de deux autres plateformes, l’une relative au fonctionnement et réforme au Trésor public et l’autre, à la mise en production de star Uemoa, facilitent mieux que par le passé l’accès des Béninois aux offres de service public.
Le jeudi 8 mars 2018, à Cotonou, le ministre du Travail et de la Fonction publique, Mme Adidjatou Mathys, annonce une profonde métamorphose dans l’Administration. Selon cette mutation, la dématérialisation du processus d’avancement d’échelons des agents de l’Etat sera automatique et systématique, et se fera sans la demande de l’agent. A l’entendre, chaque agent peut, à partir de son poste de travail, suivre l’évolution de sa carrière et disposer d’actes y afférents sans avoir à se déplacer sur des kilomètres. Une révolution qui va engendrer une métamorphose des pratiques administratives peu orthodoxes.
Beaucoup de Béninois incrédules, se rappelant encore des tracasseries et pots de vin que l’aboutissement de ce processus d’avancement engendre dans les circuits administratifs et financiers, n’arrivent pas croire leurs oreilles, cette mutation en vue. Pour eux, l’effectivité de cette réforme va mettre fin à terme à leurs va-et-vient périodiques et souvent infructueux entre leurs services et le ministère du Travail et de la Fonction publique et le ministère des Finances.
A en croire Mme Adidjatou Mathys, cette réforme va réduire de façon significative les tracasseries que subissent les usagers des services et directions au cours de leur carrière administrative. Pour elle, la lenteur administrative et les méthodes et pratiques obsolètes sont en déphasage avec un environnement en pleine mutation et à la pointe des technologies de l’information et de la communication. D’après une de ses évaluations de la performance de l’administration publique, qu’elle a rapportée, le taux de satisfactions des usagers demeure bas en dépit des moyens (humains, matériels et financiers) déployés pour assouvir leur attente.
Cette révolution annonce une série d’autres : la dématérialisation du processus d’avancement de grade, et l’authentification de signature numérique et bien d’autres mutations (la dématérialisation fiscale, de la Tva, etc. Des mutations que saluent déjà beaucoup de fonctionnaires qui peinent malgré leur tâche à suivre leur carrière.

Transformation digitale

A en croire un haut fonctionnaire du ministère de l’Economie et des Finances, des choses formidables et structurantes pour le pays se réalisent par le régime de la « Rupture » sans bruit. Pour lui, le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien.
Pour le directeur de l’informatique et du pré-archivage du ministère des Finances et de l’économie, M. Alain Ahounou, le gouvernement est en train de mettre en œuvre le Programme de renforcement des structures centrales de gouvernance (Prscg), un programme à grand impact pour la transformation digitale de notre pays. Il s’agit de mettre en place un réseau national de l’administration (intranet gouvernemental) qui permettra le déploiement des services liés au numérique et de construire un Datacenter national à Calavi. Ce programme, a-t-il précisé, est d’un coût global de 12,1 millions d’euros dont 6,5 milliards de francs Cfa, don de la coopération allemande (Kfw) et 1,4 milliard de francs Cfa financé par le budget national. 
M. Alain Ahounou salue l’avènement de la dématérialisation de l’ensemble des fiches de paie des fonctionnaires ainsi que le paiement des pensions de retraites supérieures à 50 000 francs Cfa par virement bancaire.
Pour faciliter la déclaration et le paiement des impôts par les contribuables, la direction générale des Impôts a également mis en place le Système intégré de gestion des taxes et assimilés (Sigtas). Ce nouveau système d’information, financé par le gouvernement canadien à travers le Projet d’appui à l’accélération des recettes intérieures du Bénin (Paarib), a été lancé, le jeudi 15 mars à Cotonou, par le ministre de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni. Avec ce nouveau système, il suffit d’un clic pour souscrire ses déclarations et payer ses impôts sans être astreint à se déplacer, a confié à nouveau, M. Alain Ahounou. Pour lui, le gouvernement communique modestement, c’est pourquoi, les gens pensent que rien ne se passe.
Toujours, selon la même source, la création de nouvelles entités comme l’Agence des services et systèmes d’information  (Assi) et l’Agence du numérique (Adn) ainsi que l’élaboration d’un Schéma directeur national des systèmes d’information (Sdnsi) sont de nature à apporter de la cohérence dans le secteur et à booster la transformation digitale du pays. Il a en outre énuméré dans ce cadre la mise en place d’un serveur de certificats électroniques (PKI) à venir, le déploiement de la messagerie électronique et des outils de collaboration dans l’administration et de la délivrance électronique de visa (E-visa) déjà en cours de réalisation.
A l’en croire, la révolution numérique est bien en marche au Bénin, car la volonté politique est là au plus haut niveau et les briques structurantes sont en cours de construction, même si beaucoup reste à faire.
A l’allure des mutations, le Bénin franchira certainement l’étape de l’e-santé (ordonnance dématérialisée et retrait de médicaments à la pharmacie avec une carte d’identité électronique) et le vote via internet.

Le vote via Internet 

Certains pays ont expérimenté le vote en ligne, mais seule l’Estonie l’a adopté de façon permanente. En effet, les Estoniens ont voté en ligne pour la première fois lors des élections locales de 2005, puis de nouveau lors des élections législatives de 2007. La réussite est au rendez-vous : les élections législatives de mars 2015 ont établi un nouveau record, avec plus de 175 000 électeurs ayant voté en ligne. C’est presqu’un tiers de l’ensemble des électeurs et une augmentation de 25 % par rapport aux précédentes élections législatives de 2011.
En dehors du fait que le vote est techniquement sécurisé, il respecte les mêmes principes que le vote traditionnel : une personne, une voix, toutes les voix sont égales et il est impossible de remonter la trace de la personne qui l’a exprimée. De plus, les électeurs ont une deuxième (et une troisième, et une quatrième) chance : si, pour quelque raison que ce soit, ils veulent modifier leur vote, ils peuvent le faire électroniquement ou se rendre à un bureau de vote. Seul le vote le plus récent est pris en compte.
L’e-administration ou la dématérialisation suppriment tous les agents intermédiaires qui, au lieu de faciliter l’accomplissement diligent des services publics, les font piétiner exprès pour exiger des pots de vin et gaspiller le précieux temps des usagers de l’administration. De plus-en-plus, le nombre de gestes, voire des agents de l’Etat qui ont joué le rôle d’intermédiaires entre l’offre d’un service et l’usager diminue.
Plus ce nombre de gestes est attribué à l’électronique, moins le fonctionnaire indélicat à la latitude de concevoir des manœuvres subreptices pour exiger des pourboires.
Ainsi, le gouvernement en lutte contre la corruption est en train de tarir toutes les opportunités de corruption qui freinent le développement de l’administration. L’argent sale, source d’inflation galopante qui sape et altère le fonctionnement de l’économie, circule de moins en moins. Plus de revenus fictifs. On se contente de ses revenus propres. Sans bruit, le gouvernement du régime de la « Rupture » est en train de vaincre un mal séculaire. Un exploit que n’ont pu réaliser les régimes précédents.
L’importance de l’éthique de l’Administration publique devient plus en plus une priorité pour le gouvernement. En effet, la préoccupation afférente à l’éthique dans la fonction publique est devenue une question de taille aussi bien dans les pays développés que ceux en voie de développement pour un certain nombre de raisons. Tout d’abord, la réputation et le succès d’un gouvernement dépendent de la conduite des fonctionnaires publics et de ce que pense le public de la conduite des responsables?