Démission, limogeage et remaniement ministériel au rendez-vous

Par Bruno SEWADE,

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De la cohésion gouvernementale au limogeage d’un ministre en passant par le rejet du projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990 par les députés à l’Assemblée nationale, le pays a été secoué au cours de l’année par des faits politiques qui retiennent l’attention.

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En début d’année 2017, les Béninois voyaient une certaine cohésion du gouvernement pour la mise en œuvre du Programme d’action du gouvernement (Pag) lancé en décembre 2016. Trois mois seulement après, cette cohésion gouvernementale va prendre un grand coup. Le lundi 27 mars, le ministre délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale, Candide Azannaï a jeté l’éponge à une période de grande tension sociopolitique marquée par la controverse autour du projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990.
Dans un message qu’il avait posté sur sa page Facebook, l’intéressé lui-même a confirmé l’information que beaucoup prenaient comme une rumeur. Il a écrit avoir déposé sa lettre de démission au secrétariat particulier du chef de l’Etat. Mais dans cette lettre, Candide Azannaï est resté vague sur les raisons de sa démission. Selon lui, il a claqué la porte « tenant compte des derniers développements de l’actualité politique ». On n’en saura pas plus.
Cette démission du ministre délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale sera suivie quelques jours seulement, soit le 4 avril 2017, du rejet par les députés du projet de modification de la Constitution du 11 décembre 1990 par l’irrecevabilité du rapport présenté par la Commission des lois de l’Assemblée nationale.
En effet, par 60 voix pour, 22 contre et 1 abstention, l’Assemblée nationale a rejeté le rapport de prise en considération du projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990. Ce vote défavorable vient ainsi arrêter la procédure parlementaire sur ce dossier.

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Réactions

Les réactions n’ont point tardé suite à ce rejet. En première ligne celle du garde des Sceaux, ministre de la Justice et de la Législation, Joseph Djogbénou. Pour lui, l’Assemblée nationale a fait son travail et a délibéré sur la prise en considération du projet de révision de la Constitution initié par le gouvernement. Cette décision est négative à la poursuite de la procédure. Le gouvernement, selon lui, va l’apprécier et en tirer les conséquences. Ce qu’il faut dire, poursuit-il, est qu’il n’y aura pas de débat sur l’approbation du projet. Il faut aussi dire que la Constitution reste en l’état. Tout ce qu’elle a de vertueux et de difficultés demeure. C’est un combat qui se poursuivra, conclut-il.
Après Joseph Djogbénou, c’est le président Patrice Talon qui déclare : « J’éprouve une certaine tristesse pour le fait que le projet n’ait pu être apprécié, analysé, débattu (…) mais je n’ai pas d’amertume. Je m’incline devant les règles de la nation parce que je suis un démocrate. J’appartiens à une nation. La nation ne m’appartient pas ». Au cours d’une émission télévisée « A bâtons rompus » sur la télévision nationale, samedi 8 avril 2017, le chef de l’Etat dit avoir été « déçu» du verdict des parlementaires.
Avant même l’examen de la recevabilité ou non du projet à l’Assemblée nationale, le chef de l’Etat s’est adressé dans la soirée du 23 mars à la nation au sujet de ce projet de révision de la Constitution. Face aux inquiétudes des uns et des autres dans le temps, il s’est voulu rassurant et apaisant. C’est ainsi qu’il a réaffirmé sa volonté de créer de meilleures conditions politiques et institutionnelles au Bénin, et ce, en respectant la promesse de campagne contenue dans son projet de société?
Le limogeage de Hervé Hêhomey

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Il faut rappeler que le limogeage du ministre en charge des Infrastructures Hervé Hêhomey, au cours de l’année 2017 a retenu aussi l’attention des Béninois qui, jusque-là, ne connaissent pas exactement les raisons de ce limogeage. Mais le président de la République, Patrice Talon, aurait levé un coin de voile, en Conseil des ministres, sur les raisons de ce limogeage. Il n’aurait pas apprécié le « peu d’empressement » mis par le ministre à se rendre à Gogounou où il l’avait envoyé pour apprécier l’ampleur de la dégradation du pont, suite à des pluies diluviennes intervenues les 15 et 16 septembre 2017. Le ministre aurait préféré achever sa manifestation politique dans sa région de provenance avant d’exécuter la mission à lui confiée.
Le limogeage du ministre Hervé Hêhomey sera suivi quelques semaines plus tard d’un remaniement ministériel que tous les Béninois attendaient depuis des mois. Mais grande a été leur surprise dans la mesure où il n’y a pas de grandes mutations. Et selon les analyses et les commentaires, seuls les ministres proposés par le candidat à la présidentielle de 2016, Sébastien Ajavon sont visés et sortis du gouvernement.
Au cours de cette année 2017, en attendant qu’elle soit adoptée par les députés, la loi portant réforme du système partisan a fait grand bruit dans les formations politiques qui soutiennent les actions du président de la République. Pour les initiateurs de cette loi et ceux qui y adhèrent, c’est une loi qui viendra mettre de l’ordre dans le désordre observé au plan politique au Bénin.