Dérèglement climatique au Bénin: Les agriculteurs contraints à innover pour survivre

Par Fulbert Adjimehossou,

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Agriculture

Les effets néfastes du changement climatique font désormais partie du quotidien des producteurs béninois. Ce qui pousse certains à recourir à des solutions innovantes pour y faire face.

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Paul Agblo ne veut plus endurer les caprices des saisons. La quarantaine, cet agriculteur a préféré installer sur son site de maraîchage à Houakpè-Daho, commune de Ouidah, un dispositif de quatre forages alimentés par l’énergie solaire et des groupes électrogènes. Avec ce mécanisme, l’eau coule à flots, quand il le faut, même en période de sécheresse. « Cette année, nous avons trop souffert de la rareté des pluies. Et quand elles ont été de retour, c’était encore de trop pour nos cultures. Les forages et ce panneau solaire m’aident beaucoup pendant les poches de sècheresse. Car, plus il fait chaud, plus les ravageurs se développent pour nous créer des ennuis », confie-t-il.
Très connu dans cette localité située à plus de 40 km de
Cotonou, cet agriculteur a les yeux ouverts sur tout. Au cours de ces rondes sur le site, il suit de près le comportement des plants de tomates repiqués, un produit qu’il cultive en alternance avec le maïs et la pastèque. « J’ai fait le repiquage des plants, il y a deux semaines. Mais la concentration des pluies pendant cette période les a endommagés. C’est pourquoi je suis en train de refaire », précise Paul Agblo.
En réalité, au Bénin, le secteur agricole contribue à 28 % du Produit intérieur brut (Pib), avec une part de 77 % des exportations. Cependant, il est tributaire des perturbations climatiques, avec des bouleversements du calendrier cultural.

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Anticiper sur les risques

Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui, comme Paul
Agblo, sont contraints de bousculer les habitudes dans les champs. Mais faute de conseils adéquats et par défaut de moyens, certains ne parviennent pas et subissent de plein fouet les effets du dérèglement climatique. « Les producteurs ne devraient pas être surpris des longues séquences sèches observées de mars à mai 2021 et qui leur ont été préjudiciables. Puisque nous l’avions annoncé. Si c’est le cas, c’est parce que l’information n’a peut-être pas atteint tout le monde, malgré la vulgarisation qui a été faite à notre niveau », fait remarquer Boris Anato, directeur de la Prévision météorologique à Météo Bénin.
Pour cet ingénieur en météorologie, l’anticipation et le recours aux conseils agricoles doivent entrer dans les habitudes des producteurs. « C’est nécessaire pour éviter, par exemple, les pertes de semis et les retards de croissance du fait du stress hydrique. Les conseils agricoles ne sont pas seulement utiles quand il y a un déficit. Il faut savoir s’adapter, quand les prévisions saisonnières annoncent une pluviométrie de trop, par un choix judicieux des variétés », insiste Boris Anato.

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Les Tic dans les champs

Ainsi, faciliter l’accès à l’information agro-climatique, surtout en langues locales, devient un challenge pour créer la résilience. C’est ce qu’a compris Donald Tchaou, Ceo de la start-up Tic-Agro Business Center. Ce génie des Tic passe le clair de son temps dans l’Atacora à faciliter l’accès aux informations sur les bonnes pratiques via des solutions numériques. « Notre système de messagerie vocale permet au producteur de recevoir des messages vocaux en langues locales, sur plusieurs thématiques dont celles relatives aux changements climatiques. Son téléphone sonne, il décroche comme un appel pour écouter le message », explique Donald Tchaou pour qui 50 000 producteurs sont touchés par an via cette messagerie.
Il n’est donc plus question de continuer avec les itinéraires techniques d’antan. C’est une certitude avec les bouleversements climatiques. « On ne doit pas attendre un bâton magique pour créer la résilience. Il faut informer les producteurs sur les prévisions pluviométriques et les recommandations claires en termes de date de semis et du type de variété de semence (cycle court ou cycle long) pour améliorer le rendement », insiste-t-il. En revanche, le recours aux Tic dans le secteur agricole ne peut s’étendre à une vitesse de lumière. La capacité des producteurs à se les approprier, l’accès à l’énergie et la connectivité à internet entrent en ligne de compte. « Nous sommes obligés de développer des solutions applicables aux téléphones simples », précise-t-il.
Les technologies ne peuvent d’ailleurs pas à elles seules créer la résilience dans le secteur agricole. Marc Vivien Sewaï, Ingénieur agronome oriente les producteurs vers la maitrise de l’eau. « Si vous n’arrivez pas à maîtriser l’eau, vous ne pouvez plus faire l’agriculture dans la durée. Quand il y en a en abondance, il faut la stocker pour l’irrigation. Il faut des retenues d’eau, des barrages, des motopompes pour ceux qui ne sont pas loin d’une source d’eau», recommande ce spécialiste du génie rural. Aucune mesure d’adaptation n’est donc de trop. « C’est juste une question de moyens », prévient Paul Agblo.