Désinformation au Bénin : une étude dévoile les dessous de l’Infox

Par Fulbert Adjimehossou,

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Léonce GamaiLéonce Gamai propose la généralisation du fact-checking dans les organes de presse

On en sait un peu plus sur les facettes du phénomène des fake news dans l’espace Cedeao. Elles sont dévoilées par une étude du Centre pour la démocratie et le développement (Cdd West Africa). Le rapport sur le Bénin porte la signature de Léonce Gamai.

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Les infox au Bénin n’apparaissent pas au hasard. Le consultant formateur en média Léonce Gamai en a la certitude, après les recherches menées sur « l’écosystème des fausses informations au Bénin : une vue d’ensemble ». « Elles foisonnent beaucoup plus en période électorale, de tension et de crise (sanitaire, socio-politique et sécuritaire). Leurs création, (re) production et diffusion s’inscrivent dans des logiques bien définies, à savoir la bataille autour du pouvoir politique, l’expression d’une panique collective face à une crise ou une situation extraordinaire, l’expression d’une résistance quasi-collective ou d’une large partie de l’opinion à une action publique, etc. », souligne l’auteur.
Les travaux ont dévoilé, entre autres, les principaux acteurs de l’espace en ligne/hors ligne de l’écosystème de l’information et l’origine de leur légitimité, l’interaction entre l’écosystème des «fake news » en ligne avec les structures médiatiques et non-médiatiques, des exemples concrets et récents de l’impact des infox, et le rôle des acteurs externes dans leur formation.

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Une ampleur inquiétante

Les résultats renseignent que l’initiation et la diffusion des infox sont l’œuvre des milieux politiques, des utilisateurs des réseaux sociaux ainsi que de citoyens non présents en ligne. « Les infox circulent majoritairement à travers deux canaux que sont les réseaux sociaux et le bouche à oreille», précise Léonce Gamai. Même si les données collectées dans le cadre de l’étude ne permettent pas de mettre en évidence le rôle d’organisations étrangères dans la production et la diffusion de fake news à destination spécifique du Bénin, l’étude ne banalise aucun risque. «Peu importent la logique, les acteurs ou le canal, les infox sont des sources de menaces potentielles et permanentes pour l’ordre socio politique qu’elles ont d’ailleurs mis à mal au moins une fois pendant les cinq dernières années», fait-il remarquer. Il y a de quoi s’inquiéter, vu l’ampleur des infox au cours de la dernière décennie au Bénin. « Par exemple, les soulèvements meurtriers de mai 2019 à Cotonou ont été provoqués par une rumeur et des contenus mensongers diffusés sur les réseaux sociaux. D’autre part, la campagne de vaccination contre le Covid-19 se voit affaiblie par les fausses nouvelles qui circulent non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi hors ligne de bouche à oreille », déplore l’expert.

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Des recommandations

Deux réponses majeures ont été identifiées contre la propagation des fausses nouvelles au Bénin. Il s’agit de la répression et le fact-checking. « Sur le premier volet, les résultats de recherche indiquent que le droit béninois n’est pas muet sur la question. Mais il se pose, entre autres, un problème autour du champ d’application des dispositions répressives d’une loi comme le code du numérique. Sur le second point, il a été recensé plusieurs initiatives de fact-checking portées par des professionnels des médias et des organisations de la société civile. Même si elles ont contribué à atténuer l’ampleur des informations, les actions de vérification des faits présentent des limites. Le fact-checking est pratiqué de façon intermittente. Par ailleurs, très peu d’organes de presse s’y investissent », souligne-t-il. Alors, l’étude fait des recommandations pour contrer ce mal changeant et à multiples facettes. Entre autres, il y a la généralisation du fact-checking dans les organes de presse, l’éducation des populations aux médias et au numérique, la formation des nouveaux acteurs de l’information en ligne, le renforcement de la protection juridique des journalistes et professionnels des médias qui s’avèrent indéniablement le rempart contre les fake news.