Deux cents ans après son sacre: Les Houégbadjavi honorent le grand roi Guézo

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Le Ministre de la Culture lors du lancement des manifestations du Bicentenaire du Roi GUEZO

La cité historique d’Abomey a rassemblé tout ce qu’elle avait de beau, de grand et même de sacré, samedi 3 novembre dernier pour rendre hommage à l’un des illustres souverains du royaume du Danhomey. Deux cents ans après son sacre, Sa majesté Guézo est encore présent dans les esprits.

Difficile de se frayer un passage au palais royal de Gbècon-Hounli, samedi matin dernier. Bondé de monde, le lieu est difficile d’accès et, malgré cela, une foule immense s’empresse d’entrer à l’intérieur de ce palais qui, pour la circonstance, présente un look plutôt attirant. Les couleurs s’annoncent depuis le seuil avec l’érection de part et d’autre de deux nouvelles statues en hommage à la bravoure du roi. 

Neuvième occupant du trône de Houégbadja, le roi Guézo a régné de 1818 à 1858. Quarante ans de pouvoir durant lesquels le souverain a marqué la vie de son peuple à travers des actions fortes dont le tout premier a été l’unité qu’il a instauré. Le prince Guédézo Man sigbé a accédé au pouvoir dans un contexte de division et de fragilité de l’union et de la fraternité. Il s’est donc donné pour priorité de réconcilier toutes les parties en conflit, d’où son emblème : la jarre trouée qu’il invite chaque fils et chaque fille du royaume à boucher de ses doigts afin qu’elle puisse contenir de l’eau. Deux cents ans après ces évènements, ses descendants ont voulu l’honorer.
Pour le président du comité d’organisation du bicentenaire du sacre du roi Guézo, Daah Miminvo Yamongbè Guézo, « c’est un devoir de mémoire, une commémoration tant attendue par les Houégbadjavi ». Il vante les mérites d’un souverain-développeur. « Les empreintes de son règne sont encore visibles dans maints domaines », salue-t-il. A son actif, huit glorieuses qui ont changé le visage et le fonctionnement du royaume dont il a pris le trône avec fureur, ayant appris que son frère avait vendu sa mère comme esclave.
Il a opéré une rupture par rapport à l’ancien ordre, en révisant la constitution, en engageant des réformes sur les plans économique, politique et social et en réorganisant l’armée. Toujours à son actif, la promotion du genre par la restauration d’une armée régulière de femmes pour défendre le royaume et son économie. Il a aussi assuré l’indépendance du royaume qu’il a libéré de la domination étrangère par la cessation du paiement des tributs au royaume d’Oyo. Il s’est montré aussi très actif dans le domaine agricole en important plusieurs cultures du Brésil.

Grand artisan du développement

Pour développer le palmier à huile par exemple, il avait fait de sa plantation une obligation et de vastes périmètres étaient entretenus et valorisés par son peuple. Les plantations inexploitées ou mal entretenues étaient retirées à leurs possesseurs et confiées à des paysans actifs et travailleurs. Il avait aussi fait obligation à chaque famille de planter un palmier à huile à la naissance d’un fils. Autant d’actions qui justifient la grande mobilisation notée, samedi dernier à Abomey pour lui rendre hommage.
Prince de paix, artisan de la réconciliation du royaume, « il avait aussi un sens très poussé de l’amitié », assure Daah Miminvo Yamongbè Guézo. Raison sans doute de la forte présence des cours royales à la célébration du bicentenaire de son sacre. En dehors de la forte délégation venue de Ouidah, on pouvait noter aussi la présence des princes et princesses de Djougou venus avec des instruments sacrés du palais. Le roi Toffa de Porto-Novo, les palais royaux de Savè, Dassa, Pobè, Kétou et des têtes couronnées du Nigeria étaient aussi de la partie, aux côtés des princes, princesses, Assiata, Nan, Zinkpoton et autres dignitaires d’Abomey. Plusieurs officiels ont aussi fait le déplacement pour assister à cette célébration, dont le ministre en charge de la Culture et du Tourisme, Oswald Homeky. Celui-ci reconnaît les nombreuses qualités de ce souverain, condensées à travers une exposition dont le vernissage a eu lieu au terme des manifestations officielles. Comme il est de tradition, vingt-et-un coups de canon ont été tirés au cours de la cérémonie.
Dimanche 4 août, Abomey s’est levé à nouveau sous un soleil rempli d’hommages au roi Guézo, à travers des offrandes et la purification des palais.

Louanges et honneurs au roi

Les princes et princesses, les personnalités, touristes et autres invités qui ont effectué le déplacement du palais royal de Hounli ont été replongés dans l’ambiance du royaume d’antan, à travers des tableaux culturels qui ont fasciné plus d’un. Cette parade s’est ouverte par la prestation des amazones. Plus de deux cents ans après la réforme du roi Guézo qui a consisté à donner à ce corps d’élite féminin ses lettres de noblesse, le comité d’organisation des festivités a décidé de lui rendre hommage, à travers une prestation du groupe des amazones de Djègbé. Certes, il s’agissait d’une simple démonstration, mais elle n’est pas sans rappeler la bravoure, l’engagement, la hargne de vaincre, la détermination et la rage de ces femmes guerrières sur qui le Danhomey pouvait compter, et à qui il doit bien de ses victoires sur les royaumes ennemis.
Autre instance de vénération du roi, la parade des Guézovissi. En quelques minutes de prestation, elles sont parvenues à faire revivre à l’assistance les actions d’éclat du roi. Pancartes en main avec l’inscription « grâce à Guézo », elles portaient dans de petits paniers remplis de divers produits agricoles introduits dans le royaume, ou promus et développés sous le roi. Suivra une série de louanges et de panégyriques toujours en l’honneur du même roi, le tout sur le rythme Akonhoun. Bien d’autres rythmes se succéderont aussi pour chanter la bonté de l’illustre souverain. Aux pas cadencés des danseurs dont les gestes et l’expression des corps ont suscité les ovations du public du fait des déhanchements valorisant les postérieurs des Nan (nom donné aux femmes du royaume), le tout sous le regard admiratif et médusé du public qui en voulait chaque fois un peu plus. Le « Gblô » de Sinwé, le « Vihoun » de Tindji, le « Assandjèhoun » de Sonou, le « Hwisodji » de Djimè, le « Gokou » de Singbodji … et autres rythmes, chasse gardée des familles royales, ont été tour à tour exécutés devant la foule. Pour mettre en exergue une autre qualité du roi Guézo, notamment l’amitié, le « Adjogan » de Porto-Novo et le « Kaka » se sont aussi invités à la fête.

Patrice Talon comme le prince Guézo en 1818 ?

Le roi Guézo et le président de la République auraient plusieurs points de similitudes, ont témoigné plusieurs intervenants à la cérémonie d’ouverture des festivités prévues dans le cadre du bicentenaire du sacre de ce « grand roi ». Le premier, c’est le maire de la ville d’Abomey, Dah Sèmiliko Alomangba, plus connu sous le nom de Blaise Ahanhanzo Glèlè à l’état civil. Pour ce descendant du roi Guézo, les deux dirigeants se ressemblent par l’introduiction de la notion de la rupture dans le mode de gestion des affaires de la cité. Sur les plans économique et politique, leurs actions présentent bien des similitudes aussi. Le préfet du département du Zou, Firmin Kouton, pense pour sa part que « le président Patrice Talon est le Guézo des temps modernes ». Comme le roi réformateur Guézo, il présente le chef de l’Etat comme « une chance pour le développement ». Plus de deux cents ans après le sacre de ce roi dont les actions ont positivement marqué la vie des habitants de la cité de Houégbadja, il estime que le chef de l’Etat « est un exemple de dignité nationale ». Si en son temps, le roi Guézo a fait fi de toutes les contestations pour se consacrer aux actions à même d’induire le développement dans le royaume de Danhomey, deux centenaires après, il demeure convaincu que le président Patrice Talon est aussi sur cette voie. Autre élément de similitude, les cultures-socle de l’action économique. Le coton et le palmier à huile ont été au cœur de l’engagement économique du roi Guézo. Le président Patrice Talon lui est un magnat de l’or blanc. Il s’y est établi et y a fait fortune avant même son ascension au palais de la Marina. Pour ce qui est du palmier à huile, il ne compte pas le laisser en rade. Pour preuve, il vient de siffler la fin de quatorze années de crise au niveau des coopératives agricoles qui avaient pour mission d’en promouvoir la culture et le développement.

J.F.M.