Développement des marchés financiers: Des experts en quête de choix stratégiques et de nouveaux modèles

Par Kokouvi EKLOU,

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Débattre des défis de la croissance par les marchés de capitaux dans un contexte où la tendance des investissements directs étrangers est à la baisse, particulièrement en Afrique et au ralentissement des chaînes de valeurs mondiales. C’est ce à quoi se sont attelés des acteurs du marché financier de la sous-région à la Conférence internationale sur le développement des marchés financiers qui a pris fin ce mardi 11 février à Abidjan en Côte d’Ivoire.

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Initiative de la Banque mondiale et de Société financière internationale (Ifc), le Programme conjoint de développement des marchés financiers (J-Cap) a convié à sa première conférence internationale sur le développement des marchés financiers plus de 350 experts et décideurs du monde entier pour échanger autour des défis de la croissance par les marchés de capitaux.
Cette rencontre a permis à Mamadou Ndiaye, président du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés régionaux (Crepmf), de faire savoir que le J-Cap est une initiative du groupe de la Banque mondiale visant à renforcer l’engagement de l’institution en faveur du développement des marchés financiers locaux. Le partenariat entre l’institution qu’il préside et la Banque mondiale traduit, selon lui, une volonté commune d’accompagner le développement du marché financier régional, en vue d’une meilleure contribution au financement des économies de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Ce programme, assure-t-il, s’inscrit en droite ligne de la vision des autorités de l’espace déclinée à travers les nouvelles priorités du marché financier régional et qui, à terme, devait permettre d’accroitre et de diversifier l’offre de financement en faveur des économies de ces Etats. Avec le Programme J-Cap, le Conseil régional de l’épargne, publique et des marchés régionaux entend renforcer la protection de l’épargne, mais également l’attractivité et la compétitivité du marché régional, afin de préparer au mieux l’intégration prochaine des places financières ouest-africaines.
La conférence organisée autour du thème ‘’Investir pour la croissance’’ est une occasion pour explorer de nouvelles opportunités d’investissement et d’affaires pour l’espace sous régional, identifier les difficultés et contraintes rencontrées sur d’autres places, mais également pour discuter de solutions innovantes et adaptées à la zone.

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Des idées innovantes à explorer

En abritant la Conférence internationale sur le développement des marchés financiers, la Côte d’Ivoire, selon son premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, traduit tout l’intérêt que les autorités de l’Uemoa, dont la présidence de la Conférence des chefs d’Etat est assurée par le président Alassane Ouattara, attachent au développement des marchés de capitaux. « Il ne fait aucun doute que ces marchés sont, par excellence, un levier important de la croissance économique de nos Etats », indique-t-il, saluant les initiatives des Partenaires techniques et financiers et leur appui constant au développement du marché financier régional et à l’amélioration de sa contribution au financement des économies de l’Union. Notamment le groupe de la Banque mondiale pour ses efforts en faveur du développement de l’industrie financière dans la sous-région et le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (Crepmf), acteur majeur du développement du marché des capitaux dans la zone.
Les synergies d’actions ayant abouti à la mise en place du Programme conjoint de développement des marchés financiers (J-Cap) qui vise la création d’un marché performant des obligations d’État, le développement des marchés des actions et des obligations de sociétés, l’expansion, la diversification de la base des investisseurs, et une meilleure contribution des fonds de pension au financement de l’économie, ont été entre autres appréciées par le premier ministre ivoirien.
« Cette conférence est le lieu de faire converger les réflexions sur les problématiques de croissance de nos économies à travers les outils de financement par le marché financier», indique-t-il. Soulignant par ailleurs que « la mobilisation d’une épargne importante et durable constitue un impératif majeur pour le développement de nos économies, confirmant le lien étroit entre l’épargne et le taux de croissance économique des Etats, à travers notamment le taux d’investissement ».
Adama Coulibaly, ministre de l’Economie et des Finances de la République de Côte d’Ivoire, à sa suite, notant la transformation structurelle du marché régional à l’avènement du programme J-Cap, a fait une rétrospective des incertitudes qui caractérisaient il y a peu l’environnement des marchés de capitaux.
« En 22 ans d’existence, notre marché financier régional a su s’accommoder avec des économies d’endettement et de faible valeur de productivité, dans un contexte mondial marqué par l’envolée des prix des denrées alimentaires, des produits pétroliers, des turbulences financières ayant induit une récession économique dans les pays développés et la décélération de la croissance économique dans les pays émergents », fait-il observer.
Au regard des tensions commerciales persistantes entre certaines puissances et des incertitudes économiques au sein de la zone Euro relatives au Brexit, les prévisions mondiales de la croissance en 2020 restent, à son avis, pessimistes. Il en ressort que les marchés africains devraient gagner en attractivité en 2020, tandis que les tendances mondiales seront plus que jamais en contradiction avec les intérêts des entreprises internationales, projette-t-il.
Ce qui lui laisse croire que «une plus grande intégration régionale, à travers notamment l’opérationnalisation efficace de la zone continentale de libre-échange africaine, le rapprochement des marchés financiers de la Cedeao, ainsi que l’avènement de la monnaie unique Eco, constitueront pour notre zone un contrepoids bénéfique au nationalisme économique croissant dans le reste du monde ».
Des opportunités se profilent donc à l’horizon, et « il nous appartient de nous préparer pour en tirer le meilleur profit», admet-il.
Dans ce contexte de crise, la dynamique suscitée par les réformes sous l’impulsion du programme J-Cap a de quoi donner le sourire au président du Conseil des ministres de l’Union monétaire ouest-africaine, par ailleurs ministre de l’Economie et des Finances du Bénin, Romuald Wadagni.
« Le montant des ressources levées en 2019 a atteint un nouveau cap de 1 620,2 milliards de F Cfa. Ce record porte ainsi le volume total des ressources levées par le marché financier régional à fin 2019 à 7 500 milliards de F Cfa dont environ 40 % ont permis de financer les infrastructures des Etats membres », se satisfait-il. En dépit de la fragilité des marchés, le président du Conseil des ministres de l’Umoa estime que des signaux encourageants sont notés avec une normalisation de l’activité sur certains des marchés affectés par la crise.
Un affaiblissement de l’activité économique et une baisse des taux d’intérêt appellent à une réorientation vers une politique monétaire plus accommodante.
La conférence réunissant les experts et décideurs,
espère-t-il, permettra aux milieux financiers de jeter les bases d’un marché de capitaux à long terme, financé par l’épargne des ménages et permettant la distribution de la croissance des économies auprès des populations.
Il est donc essentiel, juge-t-il, d’adopter des politiques communautaires structurelles, visant à améliorer la compétitivité et l’inclusivité de la croissance, pour réduire la vulnérabilité aux chocs extérieurs, constituer des coussins d’amortissement, stimuler une croissance tirée par le secteur privé et pérenniser sa dynamique.
Il importe d’agir conséquemment, tout en opérant des choix stratégiques et en élaborant de nouveaux modèles de financement.

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