Dix ans après son décès: Le ministre Richard Adjaho plus vivant que jamais !

Par La Redaction,

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Le vendredi 18 décembre 2009, le Bénin perdait un de ses cadres émérites : M. Richard Adjaho rendait l’âme au Chhu à Cotonou. Grand Commis de l’Etat et travailleur acharné, il a laissé dans l’administration publique l’image d’un homme décidé à faire changer les choses et à faire restaurer la compétence, la rigueur professionnelle et la bonne gouvernance. Toutes choses toujours d’actualité au Bénin, dix ans après son rappel dans la Demeure de l’Eternel…

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Richard Kokou Adjaho n’est plus un nom qu’on présente aux cadres béninois. Discret, sérieux, efficace et grand travailleur, il s’est vite révélé aux autorités du Bénin comme un fonctionnaire compétent. Très attaché aux règles de la bonne gouvernance, il a servi avec loyauté et disponibilité notre pays dès 1978 après ses études supérieures en France. D’abord directeur des études et de la planification au ministère des Finances sous le ministre Isidore Amoussou, j’ai appris à le découvrir et à l’apprécier, à partir de 1984 en sa qualité de directeur général du ministère du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme. A ce poste, sous la révolution et le régime du Prpb, Richard Adjaho a connu trois ministres : messieurs Gado Guiriguissou, Soulé Dankoro et Amos Elègbè. Ce n’est pas pour rien qu’au sortir de la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation de Février 1990, le Premier ministre de la transition M. Nicéphore Soglo le nomma au poste de ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme.

Travailleur acharné et déterminé

Avant d’occuper ce poste ministériel, M. Richard Adjaho s’est préoccupé de l’avenir du Bénin, son pays qu’il aimait tant. Rappelons qu’en 1989, la situation politique et économique du Bénin était préoccupante : salaires, pensions et bourses universitaires non payés pendant sept mois. Opposants au régime du Prpb arrêtés et emprisonnés ; droits de l’homme bafoués ; répressions élargies aux étudiants et enseignants en grève ; débrayage au niveau de l’administration publique et risque de guerre civile, car la tension est palpable à tous les niveaux, avec les militants du Parti Communiste du Bénin, à travers leurs comités de lutte et d’action, un peu partout au Bénin.
A partir d’Octobre 1989, à plusieurs reprises, M. Richard Adjaho nous invitait (journalistes et autres communicateurs) à réfléchir sur la situation de notre pays et nous demandait d’appeler les populations à la non-violence, aux manifestations pacifiques et à préserver la paix. Richard Adjaho s’inquiétait de la situation nationale qui se détériore et insistait sur la nature pacifique du peuple béninois. Nous devons tous, disait-il « travailler avec assiduité, rigueur, abnégation, discipline et volonté, pour sortir le Bénin de la misère, de la pauvreté et du sous-développement…». Il m’invitait régulièrement chez lui pour des échanges sur notre pays, sur ses problèmes, les réformes nécessaires pour une administration performante. J’ai trouvé en lui un homme qui adore le travail bien fait, la discipline administrative et la rigueur professionnelle. Il insistait sur le fait que « les Béninois n’aiment pas travailler, accordent trop de temps aux distractions, au laisser-aller, aux provocations inutiles et au travail bâclé… ».

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Le pionnier de la décentralisation au Bénin

Au lendemain du Renouveau Démocratique au Bénin et après son passage à la tête du ministère du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, le président Nicéphore Soglo lui confia le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, poste qu’il occupa de 1991 à 1993. Il m’a fait appel à ses côtés pour que je m’occupe de la communication du ministère, en qualité d’Attaché de presse. Pendant trois ans, j’ai appris à mieux connaître l’Homme qu’il était, très assidu au travail, à la rigueur qu’il incarnait, à tous moments et partout. Avec lui nous avons sillonné le Bénin pour remettre les policiers et les forces de sécurité publique au travail, les élus locaux face à leurs responsabilités et à la gestion saine des affaires locales. La tâche n’était pas du tout aisée : il fallait convaincre les responsables des associations de développement et les populations sur le bien-fondé du découpage territorial et le choix des Chefs-lieux des nouveaux départements. Entre Dassa, Savè, et Savalou, entre Kétou, et Pobè, entre Adjoboun, Bonou et Dangbo, c’est ‘’la guerre des paroles, des provocations et autres invectives verbales’’.
Le ministre Richard Adjaho, à plusieurs reprises, devait apaiser les uns et les autres, réconcilier les cœurs brisés. Il parlait de « convivialité, de fraternité entre citoyens d’une même région et d’un même pays, d’harmonie entre familles déchirées, à cause du découpage territorial et des exigences liées à la décentralisation ».
Je n’ai jamais travaillé autant dans ma vie de fonctionnaire. Sa rigueur est implacable ; sa détermination pour réussir tout ce qu’il entreprend est totale ; son succès quotidien…
Oui, c’est le ministre Richard Adjaho qui m’a sincèrement redonné le goût du travail bien fait, la détermination pour réussir une activité entreprise, la volonté d’aimer son pays, l’amour pour la patrie, toutes qualités qu’il a fait partager avec tous ses collaborateurs. On ne s’ennuie jamais en compagnie du ministre Richard Adjaho!
Pour mieux expliquer les enjeux de la décentralisation au Bénin, il a fait publier deux ouvrages de qualité : « la Décentralisation au Bénin, en Afrique et ailleurs dans le monde » paru en 2002 et « La question de la tutelle de l’Etat sur les collectivités locales» publié en 2004.

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Une grande perte pour le Bénin

Mal conseillé par un de ses collaborateurs qui l’a amené à prendre des parts dans une institution publique (ce qui est interdit par notre Constitution), le ministre Adjaho devait quitter le gouvernement en 1993 pour occuper le poste très envié d’Ambassadeur du Bénin près la France.
Là, il s’est battu pour améliorer les relations de coopération entre Paris et Porto-Novo, surtout dans les domaines de la décentralisation, de l’enseignement supérieur, de la formation technique et professionnelle, sans oublier la coopération culturelle. De retour au Bénin en 1996, il a poursuivi ses recherches et son combat pour une décentralisation apaisée et dynamique. Il a pensé diriger la municipalité de Cotonou pour mettre en pratique les nombreuses expériences accumulées dans le domaine. Mais il devait faire face à la candidature du président Nicéphore Soglo à la Mairie de Cotonou.
Militant actif du parti politique la Renaissance du Bénin, Richard Adjaho a occupé le poste de deuxième adjoint au président-maire Nicéphore Soglo. Ami personnel du couple Soglo, Richard Adjaho était de tous les combats que menait son parti pour élargir ses bases. Ses relations se sont détériorées progressivement avec les responsables de la Renaissance du Bénin.
Mais ses expériences dans plusieurs domaines sont sollicitées avec l’avènement au pouvoir du président Boni Yayi. Grand Commis de l’Etat, ministre plusieurs fois, Ambassadeur et militant politique, le Bénin continue de pleurer un de ses dignes fils en la personne de Richard Adjaho, grand ami des journalistes. Ses nombreux échanges avec le monde de la presse étaient soutenus par son épouse, la charmante Agnès Avognon Adjaho, actuelle Ambassadrice du Bénin en Italie et près la Cité du Vatican.
Après la mort du ministre, de l’Ambassadeur Richard Adjaho, c’est une grande perte pour le Bénin et pour la Renouveau démocratique. Je ne l’oublierai jamais pour tout ce qu’il m’a donné comme enseignements de la vie. Qu’il se repose en paix ! Qu’il protège sa ravissante épouse et ses quatre enfants, dans la paix et le bonheur !…

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Par Constant AGBIDINOUKOUN (Coll. extérieure)