Dr Aliou Djialiri au sujet de l’Intelligence artificielle : « Les pays qui louperont le coche de cette révolution auront tort »

Par Ariel GBAGUIDI,

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Dr Aliou DjialiriDr Aliou Djialiri au sujet de l’Intelligence artificielle

Tout le monde en parle et toutes les entreprises veulent être au rendez-vous de la quatrième révolution industrielle : l’Intelligence artificielle (Ia). Celle-ci couvre tous les secteurs d’activités et demeure un processus qui permet de booster les capacités de production à travers, entre autres, l’automatisation des tâches excessivement complexes ou répétitives. Dr Aliou Djialiri, médecin et acteur de l’Ia, revient ici sur l’importance et les enjeux de cette discipline pour le développement.
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La Nation : De nos jours on parle de plus en plus de l’Intelligence artificielle (Ia). Qu’est-ce que c’est, et à quoi cela sert concrètement ?
Dr Aliou Djialiri : L’intelligence artificielle (Ia) est un processus d’imitation de l’intelligence humaine qui repose sur la création et l’application d’algorithmes exécutés dans un environnement informatique dynamique. En termes clairs, c’est la discipline qui regroupe l’ensemble des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables d’imiter l’intelligence humaine. Le but de cette discipline, c’est d’abord l’augmentation de la capacité de production de l’homme et ensuite l’amélioration du confort et de l’environnement de ce dernier.
Quels sont les champs d’application de l’Ia, ses branches ou ses métiers ?
L’intelligence artificielle est une discipline transversale qui peut s’appliquer à tous les domaines et à tous les secteurs d’activités :
l’agriculture, la médecine, la mécanique, les finances, la communication, l’armée, la littérature, etc. Les branches de l’Ia sont, entre autres, le Machine leraning, le Deep learning, la Robotique, la Domotique, l’Electronique embarquée. Je ne voudrais pas prendre le risque de me mettre à dresser une liste des métiers de l’intelligence artificielle parce que c’est une discipline qui est en pleine évolution et dont personne ne saisit encore exactement les contours. Il y a quelques années, l’on se limitait aux data analysts, data scientists, data architects, concepteurs de robots intelligents et autres mais aujourd’hui, les métiers de l’Ia vont au-delà de ça puisque ce ne sont là que des métiers liés au volet technique de la discipline. Il y a bien d’autres dimensions qu’il est désormais important, voire nécessaire de prendre en compte. On parle aujourd’hui d’analyste financier en Ia, de juriste en Ia, et que sais-je encore ? En réalité, il faut le concours de tous ces spécialistes pour la réussite d’un projet Ia.
En quoi l’Ia constitue une opportunité pour les pays en voie de développement comme le Bénin ?
L’avènement de l’Intelligence artificielle est ce qu’on peut considérer aujourd’hui comme la quatrième révolution industrielle. Elle s’annonce plus foudroyante que toutes les trois autres réunies. Tous les pays qui, aujourd’hui, vont louper le coche de cette révolution, auront tort demain. Car, ils auront raté la dernière chance pour le développement. La bonne nouvelle est que contrairement aux précédentes, cette révolution est à la portée de tous les pays, étant donné qu’elle est basée essentiellement sur l’exploitation des données. Que vous soyez au Bénin, en Chine ou aux Etats-Unis, vous avez la possibilité de mieux vous découvrir, d’améliorer votre quotidien et d’accroître vos capacités de production… tout cela à partir de l’analyse des données qui vous sont propres. En partant du même principe, nous pouvons penser et concevoir des produits de l’Intelligence artificielle adaptés à nos propres réalités et à nos besoins qui, faut-il le rappeler, ne sont pas ceux des autres. Tous les pays peuvent tirer parti des opportunités que présente l’Ia. Grâce à elle, on peut développer des applications pour accroître le rendement des cultures agricoles ou assurer leur commercialisation. Ce sont autant de choses qui pourraient nous permettre de confirmer notre indépendance et de rattraper notre retard en matière de développement, comme il existe déjà des systèmes de tutorat alimentés par l’Intelligence artificielle qui aident de jeunes étudiants à rattraper des cours dans plusieurs pays africains.
Certains estiment que l’Ia vient mettre fin à certains métiers, et par conséquent entraînera des milliers de chômeurs. Êtes-vous du même avis ?
L’Intelligence artificielle est une science qui draine dans son sillage des enjeux économiques et sécuritaires importants. Il y a généralement deux inquiétudes que soulève l’avènement de cette science : le risque de la destruction de l’espèce humaine et celui de la destruction des emplois. C’est pour éviter le premier risque que l’Ia n’est pas et ne doit pas être l’affaire uniquement des mathématiciens, des informaticiens, des data scientists et autres techniciens. Pour la seconde inquiétude, il est clair que l’Intelligence artificielle va supprimer certains types d’emplois mais dans le même temps, en créera d’autres.
On entend dire que les programmeurs et informaticiens vont disparaître
Dans le cas des programmeurs et informaticiens, l’Ia  ne vient pas mettre fin à leur règne. Au contraire, elle va renforcer peut-être davantage leur présence parce que la programmation et l’informatique sont dans une certaine mesure les bases de l’Ia. En définitive, ce que l’Ia fera, c’est tout au plus, changer le paysage des emplois en remplaçant des anciens métiers par des nouveaux. Une étude réalisée par le cabinet britannique Pwc estime, par exemple, à 7 millions le nombre de jobs que va faire disparaître l’Ia, dans l’espace Union européenne, à l’horizon 2030 et à 7,2 millions le nombre de nouveaux emplois qui seront créés dans la même zone. Il faut déjà que les jeunes sachent orienter leurs études en tenant compte des nouveaux paradigmes du marché de l’emploi modelé par cette science qu’est l’Intelligence artificielle.
Sous d’autres cieux, l’Ia fait partie du programme scolaire national. Le Bénin a-t-il les atouts et moyens nécessaires pour vraiment promouvoir l’Ia dans les écoles ? Si oui, citez-nous quelques-uns de ces atouts et moyens 
La définition du contenu des programmes scolaires est une question de politique. Il en est de même pour l’introduction de  l’Ia dans l’enseignement. Si l’Etat béninois a la volonté d’insérer l’enseignement de l’intelligence artificielle dans le programme scolaire national, il y arrivera. Et on sent que le gouvernement du président Patrice Talon est animé par cette volonté. L’initiative du programme Learn en est l’expression manifeste. Quant aux moyens, il existe sans doute des centaines d’ingénieurs, de techniciens en informatique et des titulaires de licence en mathématiques formés dans les différentes universités publiques comme privées. Certes, ils ne sont déjà pas tous spécialisés en Ia, mais ils ont déjà les bases en mathématiques et en programmation. Il faut les solliciter et les soumettre à un programme intensif de formation en Ia. Cette formation des formateurs pourra donc donner les ressources humaines nécessaires  (professeurs d’Ia des lycées et collèges) pour le programme scolaire. C’est le plus important : la disponibilité des ressources humaines. Le reste (matériels et connexion internet, notamment) suivra. La société civile a également un rôle important à jouer en matière d’incitation et d’accompagnement de l’Etat. L’organisation, courant juillet-août 2021 dernier, de la première édition de l’Ecole d’été sur l’intelligence artificielle (Eeia) par la Fondation Vallet et l’Ong Bénin Excellence s’inscrit dans cette logique.
Il ne suffit pas d’intégrer l’Ia dans le programme scolaire pour que le rêve soit réalisé. Selon vous, quelle stratégie le Bénin pourrait-il mettre en place pour aiguiser l’appétit de ses apprenants afin qu’ils deviennent des indomptables en Ia, ce qui permettra au pays de faire partie des meilleurs en Afrique dans le domaine d’ici quelques années ?
L’Etat, ce sont des hommes, des techniciens et des spécialistes de toutes sortes de questions et donc de l’Ia aussi. L’Etat béninois envisage certainement  l’élaboration de sa propre stratégie Ia avec le ministère du Numérique et certains acteurs de la société civile. Nous pouvons faire des propositions qui pourraient inspirer en temps opportun. Il faut déjà que le gouvernement continue sur la lancée de la digitalisation du pays. Ensuite, il faut créer un environnement économique et juridique favorable aux start-up intervenant dans des projets d’application liés à l’Ia. Créer les conditions favorables à leur développement (réduction des taxes, exonération partielle ou complète des impôts sur les achats d’équipements et de matériels). Créer ou encourager la création des incubateurs de start-ups. Cela permettra de mettre en synergie les ressources. Pour passer à une dimension plus importante, il faudra faire la promotion des métiers du numérique et de l’Ia en leur réservant une place de choix au cours des recrutements.
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