Dr Félix Kouelo Alladassi sur la production de maïs : « Il faut choisir des semences certifiées »

Par COMLAN ERIC,

  Rubrique(s): Actualités, Environnement |   Commentaires: Commentaires fermés sur Dr Félix Kouelo Alladassi sur la production de maïs : « Il faut choisir des semences certifiées »

Dr Félix Kouelo Alladassi

C’est déjà la grande saison pluvieuse et les producteurs misent gros sur le maïs, principale culture céréalière du Bénin. Dr Félix Kouelo Alladassi, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences agronomiques de l’Uac et maître de conférences des Universités du Cames, donne des conseils pour améliorer le rendement.

LIRE AUSSI:  Code électoral: La Cour constitutionnelle valide les nouvelles dispositions


La Nation : Peut-on encore semer du maïs en ce début du mois de mai ?

Dr Félix Kouelo Alladassi : Pour la grande saison de pluies de cette année, le semis du maïs a commencé. A la date d’aujourd’hui (3 mai, ndlr), on ne peut pas dire qu’on est en retard. Ça dépend de la variété. Au sud, si on doit encore semer, on doit préférer des semences de cycle court, des variétés de trois ou de deux mois et demi. En semant en avril, on privilégie les variétés de cycles moyen et long. Aujourd’hui, on peut toujours semer le maïs, mais des variétés de cycle court. Les producteurs peuvent s’approvisionner auprès des Agences territoriales de développement agricole (Atda) et des agriculteurs semenciers qui disposent des semences certifiées. Aux dernières nouvelles, les semences certifiées sont toujours disponibles à des prix abordables.

Pourquoi faut-il recourir à des semences certifiées ?

L’agriculteur qui utilise les semences certifiées obtient un taux de levée important, allant jusqu’à 99 %. Le minimum, c’est 95 %. Alors que celui qui prélève des semences dans la dernière récolte ou qui va en acheter au marché aura un taux de germination de 70 %, voire 50 %.
Ensuite, celui qui utilise des semences certifiées a un taux de levée uniforme. Les plants auront une énergie germinative importante pour les semences certifiées. C’est dire qu’ils auront une grande vitesse de croissance au début. Alors que ce n’est pas le cas pour l’agriculteur qui a recours à des semences non certifiées.
En plus, le potentiel de rendement des semences certifiées est plus élevé. Si je sème une variété de trois mois, tous les plants auront le même cycle. J’aurai l’avantage de faire une récolte groupée. Alors qu’au marché, j’aurai un mélange de variétés et dans mon champ, il y aura des plants qui seront déjà prêts à être récoltés pendant que d’autres seront encore à la floraison. La récolte devient dans ce cas difficile. Le rendement aussi est faible par rapport à celui qui a utilisé des semences certifiées.

LIRE AUSSI:  Usage du numérique dans l’agriculture: Acma2 outille des jeunes leaders d’Adjohoun et des Aguégués

Les variétés de cycle court sont-elles adaptées au contexte de poches de sécheresse ?

La saison a évolué déjà. Sinon, que ce soit les semences de cycle court ou de cycle long, ça ne pose pas de problème. La gestion des poches de sécheresse n’est pas uniquement liée aux cycles végétatifs. En début de saison des pluies, je peux utiliser des semences de cycle long. Mais là, à travers les pratiques agricoles, on peut gérer au mieux les poches de sécheresse en faisant par exemple des semis étalés dans le temps. Mais quand je suis déjà vers la fin de la période de semis, pour rattraper la saison, il faut des semences de cycle court.

Comment faut-il alors gérer par la suite les poches de sécheresse ?

Premièrement, il faut revoir la densité des semis. Des études sont en cours pour voir quelle densité il faut pour augmenter la couverture des plants par rapport au sol. Cela va permettre de diminuer l’évapotranspiration du sol et augmenter sa capacité à retenir l’eau. Là, même en période de poche de sécheresse, il y aura l’humidité dans le sol. Des études sont en cours pour des recommandations dans ce sens. L’autre astuce, c’est le paillage. Lorsque l’agriculteur fait le défrichement de sa parcelle, il ne ramasse pas et ne les brûle pas. L’agriculteur laisse les résidus sur place et fait le semis. Ces résidus permettront au sol de garder l’humidité et de ne pas perdre assez d’eau sous l’effet du soleil.
Pour gérer aussi les poches de sécheresse, il y a le semis étalé dans le temps. Après un premier semis, si les pluies se font rares après et que les plants risquent d’être affectés, je reprends le semis.
Une autre option, ce sont des variétés développées par des généticiens qui tolèrent la sécheresse. Au nord du pays où l’agriculture est plus intégrée à l’élevage, on peut utiliser du fumier au pied des plants pour leur permettre de garder l’humidité du sol.

LIRE AUSSI:  Production des données du secteur agricole: Formation des formateurs des agents du recensement national de l’agriculture

D’aucuns misent sur des plantes qui couvrent le sol, comme le mucuna. Qu’en est-il ?

Par rapport au mucuna, c’est un système qui se fait en deux temps. Soit vous mettez le mucuna pendant la grande saison. Puis, vous laissez cette plante de couverture s’installer complétement sur la parcelle et on met le maïs sur les résidus la saison suivante. Ce qui permet de garder l’eau.
L’autre technique est de semer le maïs et quelques semaines après, mettre le mucuna. Au moment où le maïs tend vers la floraison, le mucuna commence par s’installer et permet au sol de garder l’humidité. Il donne des éléments nutritifs comme l’azote aux plants de maïs. Après la récolte, vous laissez continuer pour semer du maïs à nouveau sur les résidus l’année suivante. Il y a d’autres plantes comme le pois d’Angole.

Comment faire pour avoir un bon rendement ?

Celui qui veut dépasser le rendement paysan doit acheter des semences certifiées. Le choix de la variété doit dépendre de la zone agroécologique et de la période de semis. Si le producteur choisit une variété de cycle long, il doit le faire vite en début de saison. Si c’est une variété de cycle court, il va accuser un peu de retard par rapport au démarrage de la saison des pluies.
Ensuite, il faut respecter la densité de semis, mettre en place un système de gestion des poches de sécheresse. Il n’est pas interdit d’apporter des engrais minéraux. Mais, pour ce qui concerne ces engrais, l’apport se fait lorsque la plante en a besoin. Il faut l’apporter en quantité recommandée avec un mode d’épandage recommandé. Le désherbage doit être au rendez-vous. Il faut utiliser des biopesticides pour lutter contre les ravageurs et les maladies. Et je crois que, dans ces conditions, le producteur fera une bonne récolte. Il faut respecter les itinéraires techniques et choisir de bonnes semences.