Dr Horace Degnonvi, spécialiste en épidémiologie : « Omicron est tellement contagieux… »

Par Fulbert Adjimehossou,

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Dr Horace Degnonvi, spécialiste en épidémiologieDr Horace Degnonvi

Le coronavirus n’est pas prêt de disparaître avec les mutations qui ne cessent d’être enregistrées. Spécialiste en épidémiologie et en médecine préventive, Dr Horace Degnonvi, également chercheur au Centre hospitalier universitaire (Chu) d’Angers en France et au Centre inter facultaire de formation et de recherche en Environnement pour le Développement durable (Cifred) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), analyse la menace et donne des conseils sur comment vivre avec la Covid-19 en 2022.

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Qu’est-ce qui pourrait justifier les multiples mutations du coronavirus ?

Dr Horace Degnonvi : Tous les virus, y compris le Sars-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19, mutent avec le temps. La mutation est un phénomène naturel. La plupart des mutations n’ont que peu ou pas d’incidence sur les propriétés du virus. Cependant, certaines mutations peuvent affecter les propriétés du virus et influer, par exemple, sur la facilité avec laquelle il se propage, la gravité de la maladie qu’il entraîne ou l’efficacité des vaccins, des médicaments, des outils de diagnostic ou des autres mesures sociales et de santé publique. Toutefois, en pleine pandémie, le terme « mutation »
prend une tournure autrement plus inquiétante. Les virus mutent et évoluent lorsqu’ils infectent les cellules d’un hôte et se répliquent. Les transformations ainsi apportées au code génétique du virus peuvent l’aider à passer plus facilement d’un humain à l’autre ou à échapper aux défenses de notre système immunitaire. À ce jour, les mutations du Sars-CoV-2 ont donné naissance à des variants qui imposent, aux yeux de la communauté scientifique, de redoubler d’efforts pour freiner la propagation du coronavirus.

Que sait-on aujourd’hui d’Omicron ?

Le 26 novembre 2021, l’Oms a désigné le variant B.1.1.529 comme variant préoccupant, sous l’appellation Omicron, suivant ainsi l’avis de son Groupe consultatif technique sur l’évolution du virus Sars-CoV-2. Cette décision se fondait sur les éléments de preuve présentés au Groupe consultatif selon lesquels Omicron présente plusieurs mutations susceptibles d’avoir un impact sur son comportement, par exemple, sur la facilité avec laquelle il se propage ou sur la gravité de la maladie qu’il provoque. Des chercheurs en Afrique du Sud et dans le monde entier mènent des études pour mieux comprendre de nombreux aspects du variant Omicron et continueront à partager les résultats de ces études dès qu’ils seront disponibles. Toutefois, à l’heure actuelle, nous pouvons résumer ce que l’on sait actuellement sur Omicron en ces points.
L’expérience sud-africaine et britannique, et les études conduites au Royaume-Uni permettent désormais à la communauté scientifique d’en savoir plus sur le variant Omicron. L’intrusion d’Omicron sur la scène mondiale bouleversée depuis deux ans par la pandémie de la Covid-19 a une nouvelle fois changé la donne. La circulation galopante du virus sur la planète, dopée par Omicron, n’incite pas exactement à un relatif optimisme. La dernière souche de la Covid-19 est ainsi devenue, à la veille du nouvel an, majoritaire parmi les infections. Et celles-ci s’emballent : chaque jour, le peloton des néo-contaminés dépasse les 200 000 personnes.
Seulement, si la haute contagiosité d’Omicron et sa supériorité sur celle de Delta sont indéniables, sa moindre gravité l’est également. Les expériences sud-africaines et britanniques, où le variant s’est diffusé en premier lieu, ainsi que les études en provenance de ces pays permettent à la fois d’imaginer avec plus de netteté les courbes qu’il suivra partout ailleurs. Et de mieux connaître sa nature.
Le suivi d’Omicron, identifié en novembre seulement, ne présente pas assez de recul pour offrir une lumière complète sur son objet. Toutefois, la communauté scientifique n’a plus peur de faire part de quelques certitudes le concernant. Nous pouvons dire ainsi que c’est un variant, moins virulent, avec moins de formes sévères du Covid-19 (que Delta).
Les «données britanniques» arrêtées au 31 décembre se rapportant aux analyses conduites par l’Agence de sécurité sanitaire locale et le département de biostatistique de l’Université de Cambridge ayant porté sur plus d’un million de patients révèlent que 528 176 sont touchés par le variant le plus récent, et 573 012 souffrant de son prédécesseur.
Leurs conclusions établissent en effet que le risque d’hospitalisation avec Omicron est le «tiers» de ce qu’il est avec Delta. L’agence de sécurité sanitaire britannique va plus loin : «Dans cette analyse, le risque d’hospitalisation est plus bas dans les cas Omicron pour les infections symptomatiques comme asymptomatiques après deux et trois doses de vaccin, avec une réduction de 81 % du risque d’hospitalisation après la troisième dose comparé aux cas d’Omicron chez les non-vaccinés.»
On note aussi une diminution, selon une fourchette de 31 à 45 %, du risque d’admissions en réanimation dans le cas d’Omicron par rapport à Delta. En résumé, il est beaucoup plus contagieux que le variant Delta, mais avec une sévérité moindre. Cette contagiosité se traduit par le fait que le nombre de malades contaminés double tous les deux jours, alors que c’était 12 à 15 jours avec le variant Delta. Il a une capacité à recontaminer les personnes ayant déjà eu la Covid-19, même les personnes ayant une des formes sévères de la maladie.

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Quelles sont les bonnes nouvelles alors ?

La première bonne nouvelle est qu’il y a une diminution de la sévérité du virus, estimée aujourd’hui de 50 à 80 % par rapport à Delta.» La seconde bonne nouvelle est paradoxalement nourrie par sa vaste et inquiétante diffusion, cette tendance se confirmera naturellement au fil des contaminations. Omicron est tellement contagieux qu’il va toucher toutes les populations du monde. Il pourrait entraîner une immunité renforcée et on sera tous plus armés après son passage. Mais l’abaissement de la virulence d’Omicron n’est pas seulement conjoncturel. Il a aussi des racines plus directement médicales. Plusieurs études menées par des équipes de chercheurs réputés viennent de montrer que le variant Omicron se multiplie moins bien dans les cellules pulmonaires.
Mais les zones d’ombre commencent également à se dissiper autour de la question de la contagiosité d’Omicron. C’est vraisemblablement sa capacité d’échappement immunitaire davantage que sa contagiosité intrinsèque qui explique sa plus grande transmissibilité.
Du fait des nombreuses mutations sur sa protéine de surface appelée spicule (c’est-à-dire la pointe par laquelle le virus pénètre l’organisme), Omicron contourne très efficacement la protection vaccinale ou celle conférée par une infection au Sars-CoV-2. Je terminerais par un dernier point encourageant à savoir que la durée d’incubation est plus courte, de l’ordre de trois jours au lieu de quatre à cinq avec Delta.
En résumé, si les variantes précédentes provoquaient des vagues en forme de Kilimandjaro, celle d’Omicron en Afrique du Sud ressemble davantage à l’escalade de la face nord de l’Everest : elle retombe aussi vite qu’elle est montée. Et cela est une très bonne nouvelle pour la communauté scientifique, les autorités ainsi que la population. Toutefois, n’oubliez surtout pas que le virus est fortement transmissible et que le banal «écoulement nasal» est un concentré potentiel d’Omicron qui risque par exemple d’assaisonner vos plats à tout moment.

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Comment vivre donc avec la Covid-19 en 2022 ?

Je pense qu’au prime abord, sans pour autant être dans le déni, il faudra cesser d’avoir peur. Mais attention, ne pas avoir peur ne signifierait guère banaliser le virus. Le virus qui a causé la pandémie n’est pas prêt de disparaître. Il faudra donc, notamment, surveiller l’arrivée de nouveaux variants, faire progresser les traitements, ajuster les mesures sanitaires, et peut-être instaurer des doses de rappel du vaccin. Voici ce à quoi on peut s’attendre.
Pour finir, je dirai que notre arme à l’heure actuelle est la vaccination. Selon les données disponibles, la dose de rappel renforce le niveau de protection face au risque de forme grave, à hauteur de 90 %.
Le variant Omicron étant très contagieux, il faudra continuer d’appliquer les gestes barrières pour limiter sa transmission.
Je demanderais à toute la population béninoise de suivre à la lettre les recommandations du ministère de la Santé qui fait beaucoup dans la lutte contre cette pandémie sous le leadership du Pr Benjamin Hounkpatin, bien évidemment dans la vision de Son Excellence Patrice Talon, président de la République du Bénin.