Dr Ir. Paul Houssou à propos de l’extraction de l’huile rouge: « Il faut améliorer les procédés et la performance des équipements »

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Docteur-ingénieur, chercheur en agroalimentaire et chargé de recherche du Cames, Paul Houssou est le chef du Programme technologie agricole et alimentaire (Ptaa) de l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab). Il nous parle dans cet entretien des acquis et des perspectives sur la transformation des fruits de palme en huile rouge et autres dérivés au Bénin.

La Nation : Quel point peut-on faire à ce jour des recherches dans le domaine de la transformation des fruits de palme au Bénin?

Dr Ir. Paul Houssou : Beaucoup de travaux ont été développés sur l’amélioration variétale et sur les aspects de production sur le palmier à huile (Elaeis guineensis). C’est une plante oléagineuse très importante pour la population béninoise pour ses multiples usages, notamment sur le plan alimentaire et économique. On peut l’exploiter des feuilles jusqu’aux racines. L’huile rouge extraite des fruits de palme est présente dans les plats au quotidien. Mais très peu d’actions ont été menées dans le domaine de la transformation des fruits de palme en huile rouge, principal produit dérivé de cette plante cultivée au Sud et au Centre du Bénin. Cependant, des études diagnostiques ont été faites sur les pratiques de transformation des fruits de palme en huile rouge et des analyses de la qualité physique effectuées sur quelques échantillons représentatifs d’huile de palme collectés chez les producteurs.

Que révèlent les résultats à propos des procédés de transformation ?

Il est noté une mécanisation à petite échelle de la plupart des opérations pénibles entrant dans la transformation des fruits de palme en huile rouge communément appelée ‘’zomi’’, et qui constituent un goulot d’étranglement pour les acteurs que sont les transformateurs. Ils utilisent, pour la plupart, des technologies traditionnelles ou artisanales peu performantes.
Nous avons noté six différentes pratiques de transformation utilisées par les acteurs. Il y a le séchage des fruits avant cuisson sans déshydratation de l’huile après extraction ; le séchage des fruits avant cuisson et avec déshydratation de l’huile après extraction ; la fermentation des fruits après cuisson et extraction avec la presse ‘’Dékanmey’’ manuelle. Il y a aussi un procédé sans séchage, ni fermentation mais avec déshydratation de l’huile après extraction avec la presse ‘’Dékanmey’’ manuelle, ou avec la presse ‘’Dékanmey’’ motorisée. A ces pratiques, s’ajoute la chaîne de transformation industrielle complète de production d’huile rouge qui est encore peu développée.

Ces pratiques garantissent-elles la qualité de l’huile ?

Les actions de recherche ont permis de noter une variabilité de la qualité des huiles rouge produites en termes de couleur, de densité, d’odeur. Il y a la non-standardisation des pratiques de transformation : elles varient d’une localité à une autre. Un point critique pouvant affecter la qualité de l’huile de palme a été identifié, notamment le développement des moisissures sur les fruits lors du séchage et de la fermentation après cuisson. Au finish, l’huile peut ne pas être de bonne qualité à cause de la possibilité de contamination par les mycotoxines qui sont susceptibles de causer l’intoxication ou le cancer.

Quelles sont les perspectives de la recherche sur la transformation ?

La transformation des fruits de palme en huile rouge et autres dérivés constitue une véritable activité génératrice de revenus et de création d’emplois pour les acteurs tels que les jeunes et les femmes dans les zones de production. Mais les efforts de recherche doivent se poursuivre afin de mettre à la disposition de ces acteurs, des technologies appropriées pour mieux valoriser la transformation des fruits de palme en huile rouge et autres produits dérivés.
Il convient d’améliorer les procédés et la performance des équipements de transformation pour une extraction optimale de l’huile rouge, d’évaluer la qualité mycologique de l’huile rouge produite afin d’élucider la possibilité de contamination par les champignons (aflatoxine ou autres)et d’indiquer aux transformateurs les pratiques adéquates. Il faut également évaluer au niveau des acteurs l’aptitude technologique des nouvelles variétés produites à la production de l’huile rouge ou d’autres dérivés plus valorisants.Il est aussi question de renforcer les capacités des acteurs sur les technologies appropriées mises au point par la recherche.