Dr Jacques Vigan, du service de néphrologie au Cnhu-Hkm: « Une cinquantaine de générateurs sont commandés pour les malades dialysés du Bénin »

Par Désiré GBODOUGBE,

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Fidèle à son Programme d’action, le gouvernement a décidé de doter l’Unité de dialyse du Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga (Cnhu-Hkm) de Cotonou d’une cinquantaine de générateurs et de créer d’autres centres sur tout le territoire national pour la prise en charge adéquate des malades dialysés du Bénin.

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La Nation : Quel est l’état des lieux de l’Unité de dialyse du Cnhu-Hkm aujourd’hui ?

Dr Jacques Vigan : L’Unité de dialyse du Cnhu est un grand centre d’hémodialyse. Elle dispose de 22 générateurs d’hémodialyse. Ce qui signifie que nous pouvons brancher jusqu’à 22 patients à la même heure. Nous avons une équipe médicale composée de cinq néphrologues et un personnel paramédical en nombre raisonnable. Ce qui fait qu’il est difficile de gérer les absences pour diverses raisons.
Mais la demande est forte et dépasse même les capacités de l’unité. Chaque année, le nombre de patients augmente. La capacité de l’unité est atteinte depuis plus d’un an. Ce qui fait que les nouveaux patients qui arrivent sont orientés vers les centres privés. Ces problèmes ont été discutés avec le ministère de tutelle qui les a pris à bras-le-corps. Des propositions ont été faites, discutées et validées par l’autorité. L’unité a aujourd’hui plus de 200 malades dialysés. Ce qui est déjà énorme. Sur un générateur, nous pouvons prendre trois malades par jour et trois à cinq nouveaux patients arrivent par jour. Et dans la plupart des cas, ce sont des malades qui arrivent en insuffisance rénale chronique et pris en charge par l’Etat.

Pourquoi l’Etat doit-il prendre en charge ces malades dialysés?

Il y a deux centres privés à Cotonou. Il y a « Unidial » situé à Tokpa-Hoho et le centre «Longue vie » situé à Godomey, tous deux reconnus par l’Etat. La prise en charge est la même que celle de l’unité du Cnhu. Globalement, il ne doit pas y avoir de problème par rapport à la prise en charge.
Mais, l’Etat doit prendre en charge ces malades parce que c’est une affection très coûteuse. L’insuffisance rénale chronique fait partie des affections assez coûteuses classées par l’Organisation mondiale de la Santé (Oms) puisqu’elle apparait comme un problème de santé publique. Lorsqu’on évalue le coût du traitement de l’insuffisance rénale chronique, le fonctionnaire moyen ne peut seul y faire face. Les premières estimations font état d’environ un million de francs Cfa par mois par patient. Raison suffisante pour que l’Etat accompagne et garantisse la prise en charge quasi complète. Le Bénin a rendu effective cette gratuité avant beaucoup d’autres pays. D’ailleurs, ces pays citaient le Bénin en exemple pour réclamer le même traitement de leurs gouvernants.

Pourquoi assiste-t-on parfois à des remous malgré ces efforts de l’Etat ?

Ce qui se passe est qu’il y a un problème lié à la gestion de ces prises en charge. Le nombre de patients augmente alors que les outils nécessaires pour mieux gérer ne sont pas mis en place. A un moment donné, on a eu beaucoup de patients et comme on n’a pas les outils pour mieux les gérer, quantifier, faire les factures de façon conséquente, on a continué avec l’ancienne formule qui n’est plus adaptée. Du coup, les autorités administratives, voyant le montant des factures grimper, ont cherché à mieux comprendre la gestion. Ce qui a entraîné le sous payement de l’hôpital. Et quand il n’y a pas d’argent, c’est difficile d’approvisionner le centre en matériel. Il faut commander et avoir des prévisions régulières pour trois mois. Sinon, vous serez en rupture. Et si l’on commande par voie aérienne, ça revient plus cher. Il faut alors une régularité de payement pour assurer correctement cette gestion. J’avoue qu’on faisait certaines choses qui ne sont pas du goût de l’Etat qui a commandité des audits répétés pour vérifier l’authenticité des factures. Il faut retenir que, lorsqu’on n’a pas un système d’archivage fiable, les coûts des prises en charge ne sont pas toujours tracés.
Or, quand un malade souffrant de l’insuffisance rénale chronique commence la dialyse, il ne peut plus arrêter. Sinon, une à deux semaines en moyenne, il meurt. Ce sont les difficultés que l’on rencontre dans la prise en charge et le suivi de ces patients. Mais actuellement, l’Etat fait de son mieux pour mettre les outils en place. Ainsi, une cinquantaine de générateurs sont commandés dont une vingtaine pour le Cnhu, une dizaine pour le centre de Porto-Novo et également pour le centre d’Abomey en cours d’ouverture, sans oublier Parakou aussi. Le matériel sera réparti dans ces centres qui seront également dotés de néphrologues et de personnel médical.

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Les efforts de l’Etat suffisent-ils à résoudre le problème de prise en charge des dialysés au Bénin ?

Nous saluons déjà l’Etat pour l’accompagnement de tous les jours, d’une part, et pour avoir pris à bras-le-corps les problèmes des dialysés, surtout dans l’extension du centre du Cnhu d’autre part. Nous devons aussi saluer la création de nouveaux centres dans le pays pour qu’il n’y ait plus de malades laissés-pour-compte. Toutefois, il reste encore à faire. Nous obtenons le soutien de certaines associations déjà et nous invitons toutes les bonnes volontés à venir en appui à ces personnes qui en ont besoin.
Le Bénin peut demeurer une référence en matière de prise en charge des patients insuffisants rénaux chroniques en leur octroyant la prise en charge, en simplifiant les procédures et aussi en mettant en place des mécanismes pour le suivi de la gestion de la prise en charge.
De façon pratique, les insuffisants rénaux chroniques étaient considérés comme des évacués sanitaires dans les centres. Donc, lorsque nous recevons un malade qui souffre d’insuffisance rénale chronique au Cnhu, nous faisons une observation médicale que nous lui remettons et qu’il va déposer au ministère de la Santé. Le Conseil de la santé siège et étudie les dossiers comme tout malade à envoyer à l’étranger. C’est à l’issue de ce processus que le conseil accorde la prise en charge. Avant, c’était un devis qui est envoyé à l’Etat et le patient commence à bénéficier des soins avant que l’avis du conseil soit émis. C’est cette approche qui a évolué aujourd’hui. Je voudrais rassurer nos patients que nous travaillons pour leur bien-être et que le gouvernement de Patrice Talon veille au grain.

Qu’entend-on réellement par insuffisance rénale ?

D’entrée, clarifions qu’il y a insuffisance rénale aiguë et insuffisance rénale chronique. L’insuffisance rénale, c’est le fait que les reins deviennent de plus en plus incapables d’enlever les déchets de l’organisme, de débarrasser le sang des déchets qui s’y accumulent. Elle est dite aiguë lorsqu’elle s’installe de manière brutale, et donc a plus de chance d’être corrigée. Elle est dite chronique lorsqu’elle s’installe de manière progressive et irréversible et dans ce cas, elle évolue à long terme et entraîne une perte progressive des fonctions du rein, conduisant un jour à la dialyse.

Comment le patient peut-il reconnaitre que son malaise est lié à l’insuffisance rénale ?

Il n’y a pas malheureusement de signe caractéristique ou propre à l’insuffisance rénale. Il y a plutôt une série de signes qui peuvent alerter le malade s’il est attentif. Un signe très marquant surtout pour l’insuffisance rénale aiguë. Ce sont les problèmes liés à la quantité d’urine émise et qu’on appelle anomalie de la dure aise, c’est-à-dire le volume d’urine émis en 24 h. Donc, les problèmes liés à cette maladie sont soit que le malade n’urine pas du tout, soit la quantité d’urine émise est très faible, très peu, voire du tout pas. On parle généralement de zéro goutte urine émise. Ça peut, par exemple, alerter le patient ou bien encore l’urine est très foncée ou bien elle contient du sang, du pus très foncé. Donc, les modifications du volume d’urine et sa présentation peuvent orienter le malade dans le cas d’insuffisance rénale aiguë.
Pour ce qui concerne l’insuffisance rénale chronique, elle est vraiment insidieuse et ne se manifeste pas. Elle n’a pas de signe particulier. Le malade peut uriner normalement pendant longtemps, et le plus souvent d’ailleurs, l’insuffisant rénal chronique urine contrairement à l’insuffisant rénal aigu qui peut garder l’urine pendant 24 h. On peut ne pas avoir une anomalie de volume ou de couleur ou de quantité d’urine. Mais il y a d’autres signes qui peuvent alerter, c’est-à-dire que le sujet se sent de plus en plus fatigué. Il a la nausée, il n’a pas envie de manger, il vomit, il peut avoir une insomnie ou pas. Ces signes sont assez suffisants pour amener à consulter. Mais habituellement, on peut prendre ça à tort pour d’autres maladies. Car, ces signes n’orientent pas directement vers le rein. On peut penser d’abord à un problème digestif puisque le malade vomit, il n’a pas envie de manger. Seul le spécialiste peut écouter le malade et explorer certains signes qui peuvent orienter vers l’insuffisance chronique. Dès que certains signes sont détectés et qu’on ne voit pas un contexte aigu, l’on peut rechercher d’autres anomalies. C’est le cas par exemple, d’un jeune qui n’a pas d’antécédent de prostate et qui n’a pas bu de l’alcool la nuit, mais qui se lève quatre, cinq, ou six fois, la nuit pour aller uriner et, ceci, pendant six mois, un an. Lorsqu’on prend un malade comme ça et qu’on l’examine, il y a d’autres signes que le spécialiste peut rechercher en examinant ses yeux, sa peau ou en appréciant son haleine. On dit en terme technique « ça sent l’urine ». Le spécialiste va aussi chercher des anomalies fines qui peuvent être banalisées par le malade. Or, quand le spécialiste rassemble certains éléments, il peut conclure que ce malade est en train de faire une insuffisance rénale chronique. Ce qui pousse à la demande d’une prise de sang pour chercher les marqueurs d’atteinte de l’insuffisance rénale. Dès que ces résultats arrivent et confirment, on organise vite la prise en charge des patients.

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Pour un profane, le volume d’urine doit être lié à la quantité d’eau consommée. Ce qui n’est pas le cas ici. Quelles sont alors les causes réelles de l’insuffisance rénale ?

Les causes sont multiples. Dans le cas de l’insuffisance rénale aiguë, les causes partent, d’abord, du paludisme, des infections et de l’accouchement difficile. Par exemple, les femmes qui accouchent et qui saignent beaucoup. Ce tableau peut se compléter par d’autres causes. En ce qui concerne l’insuffisance rénale chronique, les trois premières causes chez les malades au Bénin sont liées à l’hypertension artérielle, après, vient le diabète et troisièmement viennent certaines maladies spécifiques aux reins qu’on appelle les néphropathies glomérulaires chroniques. En outre, il y a d’autres causes qu’on peut citer comme les maladies génétiques. La polykystose rénale, par exemple, est une maladie qui se caractérise par la formation de nombreux kystes dans les reins. Ils sont gros et volumineux et peuvent se former soit dans les deux reins, soit dans d’autres organes comme le foie ou les poumons. Une femme peut l’avoir dans les ovaires. Ce qui peut être à la base de la formation de kystes. Donc les causes sont multiples.

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A quoi peut s’attendre une personne atteinte d’insuffisance rénale dans l’un ou dans l’autre cas ?

Quelqu’un qui a une insuffisance rénale veut guérir comme tout malade. Ce qui est légitime. Lorsque c’est une insuffisance rénale aiguë, on doit guérir. C’est un défi pour tout médecin néphrologue. Ça peut nécessiter des perfusions, des transfusions sanguines, des antibiotiques, des médicaments spécifiques et aussi la dialyse. Un patient qui souffre d’insuffisance rénale aiguë peut bénéficier de deux, trois à quatre séances d’hémodialyse le temps que les reins reprennent normalement leurs fonctions. Le plus souvent, l’évolution est favorable et le malade récupère.
Quant au patient souffrant d’insuffisance rénale chronique, il attend la guérison. Malheureusement, il ne peut l’être. Il ne peut pas retrouver la totalité des fonctions de ses reins. Souvent, c’est difficile à accepter pour les patients. C’est comme quelqu’un qui souffre de l’hypertension ou du diabète. Il va vivre avec. La première étape est d’accepter la maladie. Tant qu’il n’a pas accepté, toute la prise en charge organisée derrière n’est pas suivie parce que pour lui, il veut guérir. Encore que certains vendeurs d’illusions peuvent lui proposer de le guérir. De ce fait, le malade est partagé entre le doute et la guérison. Ce qui amène parfois un malade dépisté à échapper au suivi des soins pour revenir plus tard avec une insuffisance rénale chronique terminale. Car il y a cinq stades pour l’insuffisance rénale chronique. Ce qui fait que s’il suit bien les soins, il peut venir au stade terminal 15 à 20 ans après. Alors que dans le cas contraire, il peut arriver à ce niveau en deux ou trois ans. L’insuffisance rénale chronique est une maladie sévère qui nécessite beaucoup de moyens alors que le sujet n’en dispose pas.

Qu’est-ce qui cause l’insuffisance rénale chronique ?

La première cause de l’insuffisance rénale chronique est l’hypertension artérielle. Beaucoup utilisent maladroitement les médicaments de l’hypertension. Ils prennent dans la crise et une fois que la tension se normalise, ils abandonnent. De même, beaucoup n’ont pas l’hygiène de vie qui convient. Deuxième cause, c’est le diabète. Dans la volonté de guérir, on se lance dans tous les traitements préjudiciables aux reins. Troisième cause, ce sont les glomérulonéphrites chroniques qui sont des maladies classiques qui touchent principalement les reins. On peut évoquer également des causes comme la polykystose, des maladies de système qui touchent également les reins.

Pensez-vous qu’on peut éviter cette maladie de par nos comportements ?

La réponse est oui. On peut éviter certaines maladies qui conduisent à l’insuffisance rénale chronique parce qu’on connaît les principales causes. Donc, si la prise en charge de ces pathologies est bien organisée, l’on peut contrôler un peu le nombre de sujets souffrant de l’insuffisance rénale chronique. C’est pourquoi les spécialistes travaillent en étroite collaboration avec les services de diabétologie et de cardiologie. Ces spécialistes ont beaucoup de patients en commun. Aujourd’hui, il faut une éducation du malade. On parle d’éducation thérapeutique qui amène le malade à changer de mode de vie. Ces malades doivent éviter certains aliments dont les conserves très riches en sel, le tabac, l’alcool. Ils doivent éviter de faire de l’automédication. Nous déconseillons la phytothérapie traditionnelle.