Dr Karamatou W. Agbe à propos du contrôle des viandes de volaille importées: « Nous avons l’obligation de protéger la population… »

Par Ariel GBAGUIDI,

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L’alerte de l’Union européenne au sujet de la viande de dinde infectée aux salmonelles et en provenance d’un pays européen, n’a pas laissé indifférents bon nombre de citoyens. En réponse aux préoccupations diverses, Dr Karamatou A. Wabi Agbe, chef division Contrôle aux frontières à la direction de l’Elevage, rassure du dispositif de contrôle au port et conseille les populations.

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La Nation : Qu’entend-on par salmonelles et quel est son mode de transmission aux animaux ?

Dr Karamatou A. Wabi Agbe: Les salmonelles sont des bactéries du genre Salmonella enterica. Toutes les espèces animales peuvent être infectées par les salmonelles : les ruminants, les volailles, etc. Il y a deux modes de transmission : il peut y avoir des réservoirs, c’est-à-dire que ce sont d’autres animaux sauvages et domestiques qui sont porteurs de ce germe. Il y a l’homme qui est porteur de ce germe, et il y a aussi l’environnement. La contamination par ingestion d’aliment ou d’eau souillés par les déjections contenant les salmonelles est la plus fréquente. Les salmonelles sont sensibles aux désinfectants et à la chaleur. Donc, à travers un traitement thermique des aliments, l’effet pathogène du germe est réduit. Le plus souvent, les personnes infectées développent de la diarrhée, de la fièvre et des crampes abdominales dans un délai de 12 à 48 heures après l’infection. Et dans les 4 à 7 jours, la personne peut récupérer sans même un traitement. Je n’invente rien, c’est dans la littérature.
Depuis l’alerte de l’Union européenne, quelles sont les dispositions prises au niveau de votre structure pour renforcer le contrôle au port ?

Chaque fois que nous recevons une alerte, ça nous permet de redoubler d’ardeur au travail, et d’être toujours dans notre rôle de garant de la santé publique. Nous avons l’obligation de protéger la population dont nous faisons partie. Donc quand l’alerte vient, on renforce le contrôle au niveau du port et on ne s’intéresse pas seulement à un produit. L’alerte ne précise qu’un seul produit. Mais une fois qu’on la reçoit, on redouble de vigilance et on a notre regard sur tout produit venant du pays concerné. Donc, tous les produits venant de ce pays font objet de contrôle. C’est un contrôle de routine sauf que lorsqu’on reçoit l’alerte, on renforce la vérification au niveau du pays concerné et en même temps au niveau de tous les autres pays de provenance, parce que la viande de volaille importée ne vient pas d’un seul pays.

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Est-ce que le Bénin est suffisamment équipé pour détecter ce germe ?

Le Bénin est bien équipé pour détecter ce germe. On dispose de plusieurs laboratoires dont le Laboratoire central de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments qui est accrédité Iso 17025. Leur méthode de recherche des salmonelles est validée, ce qui leur a permis d’obtenir cette accréditation. Donc, le Bénin est suffisamment équipé pour détecter les salmonelles dans les viandes de volaille importées.

Lorsqu’un conteneur de viande de volaille arrive au port, quel est le processus de contrôle ?
Avant même que les produits ne soient embarqués, il y a tout un contrôle documentaire qui se fait. Ça veut dire qu’on n’embarque pas n’importe quoi pour le Bénin. Il faut d’abord avoir une autorisation d’importation. Donc, une fois que l’usager introduit son intention d’importer, la direction de l’Elevage délivre cette autorisation d’importation après un contrôle qui se fait sur le site de l’Organisation mondiale de la Santé animale. On vérifie l’état sanitaire du pays d’importation par rapport à certaines maladies à déclaration obligatoire. Lorsque ce travail préalable est concluant, on soumet ça à la signature du directeur de l’Elevage. Et il faut dire qu’il y a trois niveaux de contrôle dont deux avant que le directeur ne vérifie et signe le document. Donc, quand l’usager a cette autorisation, il embarque sa marchandise.

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On vérifie également sur la plateforme du Guichet unique du Commerce extérieur (Guce) si c’est un produit autorisé qu’il est en train d’amener. C’est quand ce contrôle documentaire est satisfaisant qu’on lui délivre à nouveau une autorisation vétérinaire de dépotage sans quoi, les inspecteurs douaniers ne vont pas liquider la marchandise. C’est une pièce préalable pour dire aux inspecteurs douaniers que les services vétérinaires de la direction de l’Elevage ont connaissance de cette marchandise destinée à la consommation. Et quand ils liquident la marchandise, les transitaires remplissent les formalités appropriées pour pouvoir positionner le conteneur. Et quand le conteneur est positionné, toutes les structures compétentes se réunissent pour faire l’inspection du conteneur. Donc, il n’y a pas que les vétérinaires qui font ce contrôle.

A notre niveau, quand le conteneur est ouvert on voit si le produit est apparemment sain (absence d’odeur, d’anomalie de couleur, etc.). A la suite, on prélève un échantillon pour analyser au laboratoire parce que les germes ne sont pas visibles à l’œil nu. Ce n’est qu’au laboratoire qu’on peut détecter s’il y a présence de germe dans un aliment qui de façon organoleptique et visuelle ne présente aucune anomalie. Donc, on consigne ce conteneur, on envoie l’échantillon au laboratoire et on délivre un certificat de consignation. Si le résultat est négatif, on libère le conteneur et les produits peuvent être mis en vente.

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Il y a eu peut-être des cas positifs !

Jusqu’à présent on n’a jamais eu de cas positif de viandes importées contaminées par les salmonelles. La norme, c’est l’absence totale de ce germe dans 25 grammes de produit. A l’heure où je vous parle, on n’en a pas reçu. Ça peut arriver demain mais jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de cas positif.
Au cas où le test serait positif, cette marchandise devient impropre à la consommation. Dans ce cas, nous délivrons un certificat d’insalubrité et la marchandise est totalement saisie. On procède ensuite à la destruction de cette marchandise tout en se conformant à la règlementation en vigueur parce que depuis le drame de Tori-Avamè, la destruction des avaries est rigoureusement encadrée par des textes. Ça ne se fait plus comme avant, et au Bénin on dispose actuellement de deux sites agréés pour la destruction des avaries.
Pour finir, je voudrais rappeler aux populations de toujours bien cuire les aliments avant de les consommer et de toujours respecter les règles d’hygiène élémentaires dans les ménages, car nos propres méthodes de conservation peuvent rendre les aliments sains, impropres à la consommation.