Dr Marcel Ayité Baglo, Dg/Abegief: « Le terrorisme naît de la marginalisation des espaces frontaliers »

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La création de l’Agence nationale d’aménagement du territoire (Anat) réjouit le directeur général de l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (Abegief). C’est un pas important vers le développement harmonieux et équilibré de l’espace national, notamment des zones frontalières, pour éviter le terrorisme, nous a expliqué Dr Marcel Ayité Baglo, à la faveur de l’installation, la semaine dernière, des membres du Conseil national d’aménagement du territoire (Cnat).

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La Nation : Monsieur le directeur général de l’Abegief, qu’est-ce qui explique la situation peu reluisante dans laquelle se trouvent nos zones frontalières ?

Dr Marcel Ayité Baglo : C’est l’absence de l’aménagement du territoire qui fait que les zones frontalières sont actuellement dans la situation où elles sont. En fait, l’aménagement du territoire est un développement équilibré de tout le territoire. Malheureusement, en tout temps, les politiciens pensent aux zones urbaines, là où il y a concentration de populations, là où les gens votent. Ils ne pensent pas aux endroits où il y a les richesses. Or, la plupart de nos richesses pour le développement se trouvent sur les frontières. Le fer est à Loumbou-Loumbou et à Madécali ; l’or est à Perma, qui sont des zones frontalières. Même le coton vient en grande partie de Banikoara qui est une commune frontalière. C’est pareil pour les ignames et autres. Malheureusement, on utilise les richesses produites par ces zones pour développer une petite partie du territoire national. Cela crée des disparités. Et ces disparités, c’est partout en Afrique, en l’occurrence dans les zones frontalières où souvent, les chefs d’Etat ne savent pas si c’est chez eux ou si c’est chez les voisins. Les uns et les autres se renvoient la balle et personne ne fait rien. C’est ce qui amène le terrorisme.

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Expliquez-nous le lien entre les disparités et le terrorisme ?

Le terrorisme naît de l’insatisfaction de certains, du sentiment d’abandon que les citoyens ont, surtout quand ils réclament et l’on ne leur donne rien. Ils se révoltent et quand on envoie la police pour réprimer, les révoltés deviennent des radicalisés. Et, quand ceux qui n’aiment pas le pays viennent leur dire qu’ils ont les armes à leur fournir pour se venger, ils acceptent et deviennent des terroristes. Donc, le terrorisme naît de la marginalisation des espaces frontaliers, de l’absence de l’Etat aux côtés des populations de ces zones. C’est pour cela qu’à travers l’aménagement du territoire, nous devons remettre la présence de l’Etat dans l’espace et surtout remettre l’utilité de l’Etat, en amenant aux populations des zones frontalières le minimum vital : l’eau, la santé, la route, l’école, l’électricité. Toutes les zones où il y a du terrorisme, ce sont des zones où l’Etat n’est pas présent.

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Que fait votre agence pour prévenir une pareille situation au Bénin ?

Avant qu’on ne prenne service, il y a des zones entières où il n’y a pas de point d’eau et les populations doivent faire près de huit kilomètres, alors qu’en ville, il y a de l’eau partout et malgré ça, on veut en donner plus. Les gens n’ont pas d’électricité. On s’est dit là où l’on ne peut pas avoir d’électricité conventionnelle, il faut mettre de l’énergie solaire et on a mis des panneaux solaires. Vous voyez, par exemple, à Fidjrossè à Cotonou, les lampadaires solaires font face aux lampadaires conventionnels ; pendant ce temps, une bonne partie du territoire est dans le noir. C’est cela que l’aménagement du territoire doit pouvoir corriger. C’est pour cela que je me réjouis de l’installation du Conseil national d’aménagement du territoire (Cnat). Toutefois, n’est pas le Cnat qui nous rassure ; mais c’est la création de l’Agence nationale d’aménagement du territoire (Anat) parce que c’est la cheville ouvrière qui doit pouvoir mettre en œuvre toute la politique orientée par le Cnat. C’est pour cela que tout le processus-là est une victoire pour le gouvernement et nous tenons à l’en féliciter. Nous pensons que c’est maintenant que le développement équilibré commence. Il faudra dès à présent contrôler tout le budget de l’Etat et dire à chaque ministre qu’il a le devoir de réduire le fossé qu’il y a entre les espaces frontaliers et les autres espaces, en ce qui concerne son secteur. Sinon, on fera appel aux terroristes.