Dr Raïmi Kpossou au sujet de l’Hépatite: « La vaccination dès les premières 24 h de vie est capitale »

Par Fulbert Adjimehossou,

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« L’hépatite ne peut plus attendre ». La communauté internationale se préoccupe des impacts de la Covid-19 sur les efforts d’élimination de cette infection. Dr Raïmi Kpossou, en fonction à la Clinique universitaire d’Hépato-gastroentérologie du Cnhu-Hkm insiste sur la vaccination et dévoile d’autres priorités.

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La Nation : Que peut-on comprendre par hépatite?

Dr Raïmi Kpossou : L’hépatite est une inflammation liée à un facteur exogène qui va s’attaquer au foie. On distingue des hépatites dues à des virus. Dans ce cas, on parle d’hépatite virale. Il existe cinq types principaux: les hépatites A, B, C, D et E. En dehors des virus, d’autres agresseurs peuvent entrainer des inflammations au niveau du foie. Il s’agit de l’alcool (hépatite alcoolique), des médicaments (hépatite médicamenteuse), la surcharge en graisse (stéatohépatite). Il y a aussi l’ingestion de tisanes détruisant le foie. Parmi les virus, les hépatites B et C posent le plus de problèmes. Ils peuvent persister dans l’organisme pendant plus de six mois et engendrer une hépatite chronique qui peut causer la mort, car évoluant vers la cirrhose et le cancer de foie. La cirrhose rend le foie cicatriciel, fibreux et perturbe son fonctionnement.

Quelle est aujourd’hui l’incidence des hépatites B et C au Bénin ?

L’hépatite B touche un Béninois sur 10. L’hépatite C touche environ 4 % de la population. Cependant, il y a beaucoup de personnes atteintes qui s’ignorent parce que la maladie est souvent silencieuse. Il y a un intérêt à faire le dépistage. Ce qui ne se fait pas couramment parce qu’il n’y a pas de centre de dépistage gratuit comme c’est le cas du Vih. Il faut donc que les personnes même se prêtent volontiers, avec leurs moyens, au dépistage pour connaître leur statut.

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Depuis octobre 2020, les nouveau-nés sont vaccinés dans les 24 h de vie. Pourquoi?

C’est une vraie avancée. En effet, la vaccination contre l’hépatite B se faisait déjà chez les enfants. C’était possible à six semaines de vie avec trois doses dans le cadre du Programme élargi de vaccination. Mais pendant la fenêtre de six semaines, l’enfant peut être contaminé à la naissance. La transmission de la mère à l’enfant et la transmission à bas âge entrainent plus de forme chronique de cancer et de cirrhose. C’est en vaccinant dans les 24 premières heures de vie que l’on peut réduire ce risque-là. Quand l’enfant contracte le virus de l’Hépatite B, ça passe à la chronicité dans 90 % des cas. Et il va mourir de cirrhose ou de cancer vers l’âge de 20 ans ou 30 ans. Alors que quand l’adulte contracte la maladie, il ne la garde que dans environ 5 à 10 % des cas. C’est pour ça que notre Etat a fait l’effort d’instituer cela et c’est systématique.

La réticence constatée autour des vaccins dans un contexte de Covid-19 ne plombe-t-elle pas cette mesure ?

Je ne crois pas que ça soit pour autant le cas avec l’hépatite B. C’est un vaccin ancien, sécurisé, efficace à plus de
95 %, qui prévient la cirrhose et le cancer de foie. C’est le premier vaccin à pouvoir empêcher la transmission mère-enfant. Par contre, la Covid-19 a beaucoup plus focalisé les énergies en termes de finances. Vous imaginez qu’il faut acheter des vaccins à administrer gratuitement à la population, doter les hôpitaux d’équipements de protection. Ça demande un effort financier important pour le gouvernement et le ministère de la Santé. Il y a certains programmes qui ont des financements extérieurs. C’est le cas du programme de lutte contre le Vih/Sida, la tuberculose, et le paludisme. Mais pour le moment, les hépatites n’ont pas cette mobilisation financière. C’est l’Etat béninois même qui finance. Donc, s’il y a des besoins dus à la Covid-19, forcément ça se fait ressentir au niveau du Programme de lutte contre les hépatites. C’est pour cette raison que l’Oms a sonné l’alerte pour dire que les hépatites ne peuvent plus attendre. Elles continuent, malgré la Covid-19, de tuer une personne toutes les 30 secondes dans le monde. Les actions doivent être orientées vers l’élimination d’ici 2030, c’est-à-dire réduire la survenance de nouveaux cas d’hépatites virales de 90 % et la mortalité de 65 %.

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En dehors de la vaccination dans les 24 heures de vie, que faut-il faire d’autre pour éliminer tôt les hépatites B et C ?

Notre gouvernement a fait des efforts en mettant en place la vaccination dans les premières heures de vie. Ce qui est une avancée notable. Mais ce n’est pas la seule option pour prévenir la transmission mère-enfant. Il y a la nécessité de dépister l’hépatite B chez les mères au plus tard le 6e mois de la grossesse. Celles qui sont négatives doivent être vaccinées et celles qui sont positives doivent être évaluées. Si elles ont une forte charge virale, on leur donne un traitement pour empêcher qu’elles transmettent le virus durant la grossesse à leurs enfants. Il y a un processus en cours pour combiner le dépistage du Vih/Sida, qui est actuellement gratuit chez les gestantes avec celui de l’hépatite B et de la syphilis. Ceci s’inscrit dans le but de la triple élimination de ces infections comme indiqué par l’Oms. Ça va se faire progressivement.

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L’objectif est d’éliminer ces infections d’ici 2030. Est-ce possible ?

Il faut garder espoir. Pour cela, il faut beaucoup d’efforts collectifs. Ça implique les médias, les Organisations de la Société civile pour les campagnes de proximité, les professionnels de la santé à tous les niveaux et surtout un engagement politique fort pour mettre dans le budget des moyens pour les hépatites.