Drame: Cette vidéo ne montre pas des djihadistes calcinés par la foudre

Par Ariel GBAGUIDI,

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Depuis mercredi 3 août dernier, une vidéo transférée de nombreuses fois sur l’application WhatsApp fait croire que des djihadistes sont morts brulés vifs par la foudre dans un village du Burkina Faso. Mais en vérité, il s’agit de la vidéo d’un drame survenu en Tanzanie, il y a trois ans.

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Des djihadistes sont-ils vraiment morts calcinés par la foudre que des populations d’un village du Burkina Faso ont attirée sur eux alors qu’ils s’apprêtaient à les attaquer ? L’information parait surréaliste, mais c’est bien ce que tente de faire croire une publication vidéo de 29 secondes devenue virale sur l’application WhatsApp depuis mercredi 3 août dernier.
On y voit une trentaine de personnes mortes calcinées au milieu d’arbres et de motos qui ont totalement brûlé et dont les restes sont visibles au sol. Plus loin, se trouve un camion-citerne renversé qui est en feu. A l’intérieur du cordon de sécurité établi, s’activent des secouristes et des hommes en uniforme dont des sapeurs-pompiers. Certains se déplacent avec des brancards en main et d’autres donnent ou suivent des consignes. Derrière eux, se trouve un véhicule anti-incendie des sapeurs-pompiers. L’on voit aussi de nombreuses personnes amassées le long du périmètre de sécurité, observant le déroulement des opérations de constat et d’enlèvement des corps.
La légende expliquant le contenu de la vidéo mentionne ce qui suit : « Burkina hier, les djihadistes sont arrivés dans un village pour encore commettre leur forfait sans compter sur la puissance des populations. Celles-ci ont envoyé la foudre et les djihadistes ont été calcinés comme ce que vous voyez sur cette vidéo». Le texte fait ainsi croire que les corps calcinés sont ceux des djihadistes venus attaquer des populations burkinabè. Ce qui n’est pas vrai.

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Vidéo provenant de la Tanzanie

Une recherche effectuée avec Google Lens a permis de retrouver des articles de presse illustrés avec des photos identiques aux images de la scène macabre dans la vidéo publiée. On y retrouve un compte-rendu du journal français Le Monde publié mercredi 14 août 2019. La photo d’illustration de l’article a été prise après l’enlèvement des corps. Elle montre nettement le camion-citerne en feu, et les restes des arbres et motos brûlés.
Des recherches avancées permettent de retrouver le premier article publié par le journal français au sujet du drame. La photo utilisée, ici, est plus vive. Elle fait voir cinq pompiers à l’œuvre face à une épaisse fumée dégagée par des flammes, un camion-citerne en feu, des corps totalement calcinés et des arbres et engins à deux roues brûlés. Toutes ces photos sont semblables aux images de la vidéo publiée.
Au sujet du drame, Le Monde renseigne qu’il s’agit de l’explosion d’un camion-citerne accidenté, samedi 10 août 2019, dans la ville de Morogoro en Tanzanie. Le bilan du drame s’est alourdi à 85 morts à la date du mercredi 14 août 2019, ont écrit Jeune Afrique et plusieurs autres organes de presse. « Les victimes sont principalement des conducteurs de moto-taxi et des habitants qui étaient accourus pour récupérer du carburant qui s’échappait de la citerne », rapporte Le Monde qui a épinglé une vidéo enregistrée avant l’explosion dans l’article. On y voit effectivement une horde de personnes parmi lesquelles des conducteurs qui ont garé leurs motos et véhicules non loin. Tous s’étaient alors massés sous des arbres en train de récupérer le carburant renversé sur le sol, dans des bidons et autres récipients. Devant ces personnes, se trouvait le camion-citerne tombé sur le côté, et qui a explosé après. Sur Youtube et les réseaux sociaux, on retrouve d’autres vidéos enregistrées sous plusieurs angles avant, pendant et après l’explosion.
Si la vidéo provient de la Tanzanie, y a-t-il quand même eu des djihadistes foudroyés en Afrique ou ailleurs ? Les recherches effectuées dans ce sens n’ont abouti à aucun résultat.

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Verdict

La publication partagée sur l’application WhatsApp, depuis mercredi 3 août dernier, est une infox. La vidéo provient de la Tanzanie et non du Burkina Faso. De plus, elle a été déplacée de son contexte.
En clair, il ne s’agit pas de djihadistes morts calcinés par une foudre que des populations d’un village burkinabé auraient attirée sur eux au moment où ils voulaient les attaquer.