Droit et équité: Le pouvoir judiciaire bousculé

Par Paul AMOUSSOU,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Droit et équité: Le pouvoir judiciaire bousculé


Fraternité-Justice-Travail. Telle est la devise du Bénin. Qu’en est-il dans nos vécus de tous les jours et qu’en déduire, au regard de l’actualité ces jours-ci qui n’est pas sans rappeler ces fondamentaux ?

LIRE AUSSI:  Projet « Assurance pour le renforcement du capital humain »: La phase pilote du volet Assurance maladie bientôt mise en œuvre

Fraternité s’entend que tous les Béninois appartiennent à la même fratrie et ont le même legs, l’unique, en l’occurrence le Bénin, en lien avec ses traditions, us et cultures, terroirs, etc. A ce legs, tous les Béninois ont droit, en toute équité. Cette indispensable équité est le soubassement de la justice dont l’autre socle reste la légalité, c’est-à-dire la loi, en plus de l’égalité qui suppose que tous les Béninois sont justiciables au même titre au regard de la loi. Nul n’est au-dessus de la loi, défend d’ailleurs un principe cardinal de droit.

La loi est le déterminant

D’où l’allégorie de la Justice et du droit, symbolisée par la déesse Thémis dans la mythologie grecque et Justitia dans la mythologie romaine : elle est généralement représentée avec une épée ou un glaive à la main, symbole du châtiment pour le ‘’fautif’’, une balance dans l’autre, pour l’équilibre qu’elle maintient pour une juste application de la loi, et les yeux bandés en signe d’impartialité, de présomption d’innocence jusqu’à ce que preuve de culpabilité soit établie. Et ce, que vous soyez portefaix ou orfèvre !
Si l’on considère certaines affaires qui font l’actualité en raison des personnalités mises en cause et du lot de commentaires qui y sont associés, cette perception n’est pas la chose la mieux partagée. Du moins, si l’on considère le cas Antoine Dayori ou encore le cas Sébastien Ajavon, tous deux sont appelés à s’expliquer devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Le premier, mis sous mandat de dépôt en dépit de sa proximité avec le pouvoir actuel a sacrifié à cet exercice ce mardi 2 octobre sans remous, et le deuxième doit plancher devant le Criet demain jeudi en citoyen libre pour s’expliquer sur des choses que la justice entend tirer au clair relativement à la sale affaire ‘’18 kg de cocaïne’’ qui a défrayé la chronique il y a quelques mois. Mais non pas sans remous et des commentaires tendant à remettre en cause le bien-fondé d’une simple convocation. Existe-t-il des éléments nouveaux dans cette affaire ? L’opinion sera édifiée à ce propos demain jeudi.
Le sieur Sabi Sira Korogoné, quant à lui, s’étant illustré dans une trouble affaire récemment à Nikki, en ce qui le concerne, a dû répondre des griefs retenus contre lui ce mardi devant la justice qui, en définitive, le retient en détention. Non sans les commentaires les plus tendancieux. Ainsi frappe pourtant le glaive de la justice. Et, Justitia, cette personnification allégorique de la force morale qui sous tend le système légal, ne connaît personne, ni manant ni croyant  vu qu’elle a les yeux bandés ! Et frappe, dirait-on, au son de la violation constatée à la loi ! Perdre cela de vue, c’est ouvrir la porte à toutes sortes de déviances, et de nature à fragiliser un pouvoir sans lequel point de démocratie : la justice. Il faut donc condamner, de ce fait, cette propension de certains Béninois, dont des leaders d’opinion ou assimilés, à récuser la justice, pour peu qu’un politique ou quelque personnalité qu’ils affectionnent, ait maille à partir avec l’appareil judiciaire. Il n’en faut pas plus en général, pour que cette dernière soit traitée de tous les noms d’oiseau, qualifiée de justice inféodée. Et les magistrats, du simple fait d’être saisis d’affaires mettant en cause des personnalités dites de l’opposition, sont voués aux gémonies, accusés d’être aux ordres, à la solde du pouvoir exécutif qui, si l’on s’en tient au cas Dayori, envoie au bagne également ses supporters ? Rien n’est plus dénué de sens.

LIRE AUSSI:  Retrait de Takuba du Mali : Goïta presse la France, Macron intransigeant

Des intouchables

Tout laisse croire qu’au sein d’une même République, il existe des intouchables, à savoir les privilégiés qui ne doivent jamais répondre de leurs fautes. Et d’autres citoyens, de seconde zone, eux accessibles à la sanction judiciaire. Le voleur de poule est châtié, mais le richissime est absout, ainsi que la vénérable personnalité, ou l’éminence politique. Non pas du fait qu’il serait innocenté, mais au nom de son seul statut, en raison seulement de ce qu’il représenterait. Ou mieux encore, parce que son fan club fait du tapage pour qu’il échappe à la justice ou bénéficie d’elle un traitement de faveur. Cette approche de la justice, est l’iniquité même. Et ne saurait prévaloir dans un Etat de droit.