E-commerce: La révolution en marche

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Eric Mètinhoué est cash promoteur d’Eyastore.com, un site de vente en ligne qui permet d’acheter cash, à crédit ou achat-tontine. Depuis plus de quatre ans, ce jeune Béninois surmonte toutes les contraintes pour proposer à ses compatriotes des services de vente en ligne.
Son entrée dans le secteur a été progressive, mais tout aussi fulgurante. « Nous avons compris qu’il y avait un fort potentiel sur la vente en ligne et à distance, nous avons donc lancé en 2016 la marque Eya, exclusivement sur facebook.

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En 2018, on a lancé Eyastore qui a pour but principal au début de distribuer des produits technologiques. On s’est très vite rendu compte qu’il y avait un besoin sur plein de produits, donc progressivement, nous avons élargi nos offres à l’alimentaire, l’immobilier, la location de voitures, et bientôt l’assurance », détaille Eric Mètinhoué. Quatre ans après ses débuts difficiles, c’est aujourd’hui dans la posture d’un entrepreneur épanoui qu’il évoque la vente en ligne, les contraintes inhérentes à cette offre de service, mais aussi ses potentiels gains et avantages.
Si Eyastore.com est parvenu à s’imposer en peu de temps, c’est grâce au dynamisme de son équipe qui a dû batailler dur.
Eric Mètinhoué ambitionne de passer à au moins mille produits avant la fin du premier trimestre 2019. De l’alimentaire à l’ameublement en passant par le cosmétique, la bijouterie, les jeux, les fleurs, les matériaux de construction, l’électroménager… Plus rien ne sera laissé en rade, jure-t-il. « L’idée, c’est d’offrir le maximum de produits aux populations béninoises et aux étrangers et de développer de bons rapports avec les fournisseurs », insiste-t-il.
Dans cette ambition de valorisation et de mise en ligne des produits pour la vente, Eyastore.com entend « vraiment faire la promotion du made in Benin ».

Odjala.com, tout un marché !

Odjala.com, ce site qui tend à devenir l’une des plus grandes plateformes à proposer des articles divers et toutes sortes d’objets en ligne, a vu le jour par « un pur hasard », raconte avec émotion son fondateur, Afiss Bileoma, ingénieur en informatique.
« J’avais un rendez-vous business important et je devais traverser le Nouveau pont qui enjambe le marché Dantokpa. Il y avait un bouchon terrible tel que mon compagnon et moi sommes allés en retard à notre rendez-vous. Au retour, en reprenant par le marché et en réfléchissant, nous nous sommes rendu compte que ce marché qui draine tant de monde n’était pas en ligne. Nous avons alors décidé de digitaliser plusieurs boutiques de ce marché et le succès a été immédiat. Nous nous sommes rendu compte que des gens pouvaient acheter dans ce marché sans venir au Bénin et qu’au lieu des e-commerce locaux, on pouvait faire du e-commerce transfrontalier», explique-t-il. Ce rêve devenu réalité dure depuis trois ans et s’impose en référence dans le domaine de la vente en ligne. Odjala qui veut dire grand marché en yoruba n’a pas mis du temps à s’imposer et à satisfaire sa clientèle. « Au départ, nous pensions juste mettre le marché Dantokpa en ligne », rappelle Afiss Bileoma.
En seulement trois ans, cette plateforme a permis à beaucoup de personnes de commander de nombreux produits ou articles et de les recevoir dans les délais. Inspiré du modèle Ali baba, Odjala.com connait actuellement une phase de maturité qui lui permet de générer des ressources propres. Mais pour y arriver, il a fallu à ses fondateurs batailler dur et surtout gagner la confiance des acheteurs.
C’est surtout la diaspora africaine qui peut jubiler de l’avènement d’une telle plateforme. 70% des ventes vont en sa direction.
« Nous sommes très friands du made in Africa. C’est notre spécialité », laisse entendre Afiss Bileoma. En dehors de la diaspora africaine, il y a la clientèle locale et une frange d’acheteurs américains et européens très intéressés par les produits africains.

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Activité à risque

Entreprendre dans un secteur comme le commerce en ligne est tout sauf une petite aventure. Déjà, il n’est pas facile de gagner la confiance des clients, mais il faut en plus s’entourer des garde-fous pour contrecarrer les assauts des hackers et autres cybercriminels à l’affût et qui peuvent faire couler tout l’investissement et le système mis en place. Unanimement, tous les acteurs interrogés conviennent des risques, sans pour autant se laisser emporter par quelque crainte.
Afiss Bileoma évoque pour sa part deux difficultés majeures. « Il faut maîtriser la chaîne de transport et assurer un paiement efficace », indique-t-il. Pour lui, les plus gros risques dans cette activité sont liés à ces deux difficultés. Après quoi, il mentionne les problèmes liés à la cybercriminalité. Pour Amanda Djamba, informaticienne dans une institution privée de la place, « en matière de vente en ligne, les Béninois sont très réticents en raison de la cybercriminalité ».
Même si aujourd’hui certaines plateformes de vente en ligne parviennent à instaurer la confiance avec la clientèle, cela ne se concrétise qu’au bout de lourds sacrifices, laisse-t-elle entendre. Pas étonnant qu’en général, les Béninois ne demandent à payer que quand le produit est livré et ses caractéristiques vérifiées. Pour se tirer d’affaire, Murielle Alapini, consultante sur les questions de technologie et d’informatique, propose de « mettre en place des systèmes et mécanismes pour assurer la qualité et la quantité ».
Le commerce en ligne n’est pas un jeu d’enfant. En plus de trouver les astuces pour convaincre les acheteurs à leur faire confiance, les plateformes doivent amener les promoteurs des produits à adhérer à cette innovation. Il faut trouver le mécanisme pour dissiper les craintes à chaque niveau avant de se tirer d’affaire. Cette partie du puzzle est particulièrement difficile à démêler. « Certains promoteurs, dès qu’ils ont vu ce que nous faisons, sont venus spontanément vers nous. Mais il a fallu aussi faire la cour à d’autres pour les amener à se décider. Nous sommes allés vers certains les démarcher », indique Eric Mètinhoué. Mais, « Certains fabricants ne comprennent pas toujours et pensent que ce qui importe pour nous, c’est de gagner de l’argent. Non», se désole-t-il.

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Briser le plafond de verre

La plupart des acteurs sont unanimes sur la nécessité de sensibiliser les potentiels clients pour mieux ouvrir les horizons à ce type de commerce. « Il faut éduquer, sensibiliser et rassurer la population.
Il faut leur faire comprendre que vendre en ligne n’est pas synonyme de ‘‘gay-man’’ (cybercriminel), nous sommes des commerçants et disposons d’un siège social », plaident-ils. En somme, il ne leur est pas facile de faire valoir qu’ils sont des entreprises sérieuses, en tout cas dignes du nom.
Pour Afiss Bileoma, ce type de transaction est avantageux à plus d’un titre. Assis dans son canapé, on peut commander un produit de n’importe où et l’avoir à temps. Mais le e-commerce au Bénin est encore embryonnaire, nuance Murielle Alapini. « Nous avons des offres de biens et services utilisant les réseaux sociaux. Quand on parle de e-commerce réel, il faut des plateformes dédiées avec des systèmes de paiement bancaire électroniques (paiement par carte bancaire surtout) », argumente-t-elle.

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Josué F. MEHOUENOU