Économie verte : le bambou, un pilier d’avenir

Par Fulbert Adjimehossou,

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A Cotonou, le bambou et ses dérivés ne courent pas les rues. C’est un bois qu’on ne retrouve, sous forme de meubles, que chez les artisans de la ville.
Artisan à Cadjèhoun, Seidou Sarré voit en cette espèce un trésor. « Le bambou crée un décor exceptionnel. Ça suscite l’attention. Quand les gens passent, ils s’arrêtent pour apprécier. Ceux qui ont vécu à l’extérieur connaissent la valeur de ce bois et viennent demander qu’on leur fasse des meubles avec. C’est vraiment résistant, si c’est bien fait », explique-t-il avec son accent ivoirien.
Cependant, il est difficile de retrouver le bambou, dans les forêts, même loin de Cotonou. Les artisans disent s’appuyer sur des producteurs pour s’approvisionner. « Je ne sais pas si les gens en produisent vraiment au Bénin, mais on fait la commande à Ouidah ou à Porto-Novo », renseigne Seidou Sarré.
En réalité, le bambou est une graminée susceptible de pousser sous presque tous les climats et sur les sols les plus pauvres. La multiplication par les graines, les rhizomes et le bouturage sont les trois modes possibles de multiplication. La multiplication par les graines n’est pas souvent utilisée, malgré un taux de germination très élevé de l’ordre de 90 %. Enracinée depuis des siècles en Asie, l’espèce prend de la hauteur dans certaines régions d’Afrique. Au Bénin, six espèces ont été identifiées. « Beaucoup croient que c’est un arbre. C’est une graminée. C’est comme du maïs. Le bambou peut pousser soit dans l’eau, soit sur la terre ferme »,
explique Dr Césaire Paul Gnanglè, maître de recherche du Cames, chercheur à l’Institut national de recherche agricole du Bénin (Inrab).

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Croissance rapide, des valeurs ajoutées

L’une des particularités du bambou, c’est sa croissance rapide. Certaines espèces peuvent gagner jusqu’à un mètre en quelques jours. Selon une fiche technique de l’Inrab, la récolte des tiges de bambou peut déjà se faire à partir de trois ans.
Toutefois, pour un meilleur rendement, attendre 5 à 6 ans est préférable. L’espèce est économiquement intéressante du fait qu’elle pousse vite, arrive rapidement à maturité et a un rendement élevé avec un taux de survie de 90 % en pépinière comme en milieu réel. « Ça croît très vite. En quatre à cinq ans, vous pouvez déjà le récolter », note Dr Césaire Paul Gnanglè, également point focal du Réseau international sur le bambou et le rotin (Inbar), une organisation intergouvernementale affiliée à l’Onu.
Ainsi, lorsque les espacements requis pour la plantation du bambou sont de 1,5 x 1,5 m, la densité tourne autour de 4 000 tiges/ha
et le rendement moyen est environ de 18 tonnes de tiges/ha/an pour une plantation arrivée à maturation. 1 000 tiges de bambou peuvent peser 4,5 tonnes en vert et 2,6 tonnes séchées à l’air. « C’est possible d’en faire une filière comme le coton et l’ananas. Les opportunités existent. Il faut que l’Etat s’y engage », insiste le chercheur. A l’en croire, l’espèce présente de nombreux atouts pour répondre aux défis environnementaux : « On peut produire les bois de bambou en quantité industrielle, au regard de sa croissance rapide. Son charbon ne salit pas. C’est léger et ça brûle correctement. Il n’y a pas de fumée. Le pouvoir calorifique est élevé ».

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Générateur d’emplois et de richesse

Le bambou est une espèce magique. Il peut être utilisé pour la fabrication de meubles, de certains bâtiments et toits, de revêtements de sol, de panneaux muraux, de plafonds, d’échafaudages, de cadres de portes et de fenêtres, ainsi que de stores. Dans les industries textiles, agroalimentaires et chimiques, le bambou participe à la fabrication de tissus, tee-shirts, vins, vinaigres, produits biochimiques et pharmaceutiques. Au Bénin, l’espèce est encore sous exploitée. Même dans le secteur de l’artisanat où elle est perceptible, beaucoup de défis restent encore à relever.
« La fabrication prend du temps parce que c’est de l’art. Si vous n’êtes pas nombreux, vous ne pouvez pas le produire en grande quantité », fait remarquer Seidou Sarré.
Dr Césaire Paul Gnanglè voit aussi une mine d’or pour le secteur de l’artisanat si des préalables sont réglés. « Si vous allez à Accra, il y a un centre où les artisans peuvent travailler le bambou. C’est une opportunité. Si les artisans sont formés à bien façonner le bambou et que les consommateurs y prennent goût, il n’y a pas de raison que ça ne booste pas l’économie locale », soutient-il avant d’ajouter : « C’est une espèce qui peut faire tout ce qu’on peut faire avec du bois. C’est possible de faire des carrés de bambou, des portes, des meubles. C’est démontré que le bambou est plus dur que le fer ». Le marché mondial du bambou est aujourd’hui en pleine expansion. Mais au-delà des atouts économiques, environnementaux et sanitaires, le bambou adoucit l’âme par la musique qu’il procure.