Edition 2020 de la fête de l’igname: Un 15 août sans manifestations à Savalou !

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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Ce samedi 15 août, Savalou n’a pas célébré la fête de l’igname. Une première depuis que cette fête a été instituée. Le palais royal de Savalou est scellé par le tribunal, et les rues et places publiques destinées à accueillir les festivités sont désertes. Le marché de la ville peine à s’animer. Même l’église Notre-Dame de l’Assomption de Savalou qui était toujours pleine à craquer tous les 15 août était bien clairsemée ce samedi, malgré la présence de l’évêque du diocèse de Dassa, Mgr François Gnonhossou.

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La crise sanitaire et le conflit au sein des familles royales ont eu raison de la fête des Savalois ! Cette année, le palais royal de Savalou, point de convergence des ressortissants qui ont l’habitude de venir fêter le 15 août, est fermé. L’ambiance est aussi loin d’être à la fête.
Aucune âme n’y est présente et aucune cérémonie ne s’y déroule. Sur l’esplanade extérieure du palais, des animaux déambulent, broutant les petites herbes qui poussent sur l’interstice des pavés. D’autres ont préféré les portes du palais pour y prendre du repos.
Plus près, les scellés posés sur la porte d’entrée principale du palais pour en interdire l’accès aux membres de la famille royale renseignent sur l’un des motifs de cette morosité qui règne sur les lieux.
Dans les habitations voisines, c’est l’indifférence. Chacun va et vient comme si de rien n’était. La crise sanitaire et le conflit fraternel entre les lignées royales ont désormais mis entre parenthèses la tradition jusque-là respectée à Savalou.
Non loin du palais royal, le marché de Savalou ne présente aucun signe de célébration du 15 août. Contrairement aux années antérieures, l’on pouvait compter du bout des doigts le nombre de vendeurs d’igname. Les rares tas du vénéré tubercule dans certaines allées du marché sont cédés à de prix prohibitifs. Le tas de six petits tubercules est cédé à 2000 f et ceux légèrement charnus à 5000 f les six.
A l’église, la messe bien que célébrée par l’évêque de Dassa, Mgr François Gnonhossou, n’a pas connu l’affluence des années antérieures.

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Activités ordinaires

Dans la plupart des quartiers, les populations vaquent à leurs activités des jours ordinaires. Un tour dans certains quartiers comme Assègbo, Vedjamè, Vodjè, Gbaffo, Houèdo et Zongo finit de convaincre que l’ambiance morose du palais rejaillit sur toute la ville. Loin du palais, la Place des fêtes de la ville qui accueille annuellement la foire du 15 août est déserte. Les exposants qui venaient de Cotonou, de Porto-Novo, de Lokossa et même des pays voisins comme le Burkina, le Niger, le Togo et la Côte d’Ivoire ne sont pas au rendez-vous. Cette année, seule une petite buvette qui occupait les lieux use de la musique comme pour briser le silence de cimetière qui pèse sur la ville. Car tout comme d’autres communautés amies, les ressortissants de Savalou n’ont pas fait le déplacement cette année.
Denis Z. Madjèdet, agent des Eaux et Forêts à la retraite et responsable d’un petit commerce au quartier Vodjè à Savalou, tente d’expliquer la situation :
« Nous sommes touchés en plein cœur par cette crise sanitaire qui nous a conduits à une crise économique. De toute ma vie, c’est la première fois que je vois Savalou dans cet état un 15 août. C’est à présumer que nous sommes sortis fraîchement d’une guerre qui a tout détruit. C’est bien triste. Et, je vous assure que les conséquences sont encore à venir. Nous n’en sommes qu’au début ». Le sexagénaire raconte avec amertume, son ressenti de la crise qui vient remettre en cause ses espoirs.
Pour Roger G., gérant d’un hôtel situé au contournement de Savalou, c’est un cauchemar. Il montre une vraie soif de raconter ce qu’il vit actuellement. « Vous ne me croirez pas si je vous dis que je n’ai eu que deux clients pour passer la nuit, celle du vendredi à samedi 15 août. Deux clients à 15 août, je n’ai pas dormi. C’est incroyable ! Où va le monde ? Et tout est désormais hypothéqué », confie-t-il, l’air déboussolé

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