Éditorial de Paul Amoussou : L’éducation sexuelle

Par Paul AMOUSSOU,

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Éditorial de Paul Amoussou

«Il est difficile de fermer les yeux sur les 200 Béninoises qui meurent chaque année des suites des complications des avortements non sécurisés et sur les centaines d’autres qui, chaque année en sortent mutilées à vie.»

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Cet argumentaire du ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin face aux députés est effarant, mais bien à propos. Et il est difficile de s’y montrer indifférent, car il met en relief les dégâts des avortements opérés par les faiseurs d’ange et autres.
Dans son exhortation à voter les dispositions nouvelles réglementant l’interruption volontaire de grossesse, à travers la loi N° 2021-12 relative à la modification de la loi N° 2003-04 du 3 mars 2003 sur la santé sexuelle et la reproduction, il a su trouver les points d’ancrage, les mots justes pour exposer sur l’acuité du problème. Une question de santé publique face à laquelle la puissance publique ne pouvait se permettre de faire la politique de l’autruche, car faire comme si de rien n’était, c’est faire un choix irresponsable. Et l’on sait qu’il n’est pas dans l’Adn du gouvernement actuel de faire l’option de la démission, de reculer face à la difficulté, quitte à prendre l’opinion nationale, voire internationale à rebrousse poil pour mieux triompher d’elle à terme. En l’occurrence, ce n’est pas simple de choisir de légiférer sur une question aussi sensible que l’interruption volontaire de grossesse, dans une société comme la nôtre où ‘’vidôlé’’, l’enfant est pourvoyeur de plus-value. Une société qui, plus est, se veut puritaine…puritaine de façade et, sur la question, voue aux gémonies toute hardiesse libérale.
Aussi, fallait-il un certain courage politique pour gratter le vernis de l’hypocrisie ambiante, entendue et attendue comme on l’observe actuellement.
Hypocrisie car l’avortement, sujet très sensible mais surtout tabou, ne le devient plus lorsqu’il interpelle directement: du fait de l’inconduite ou de l’égarement d’une enfant, trop jeune pour porter une grossesse, ajouté à cela les cas de viol ou d’inceste …Les consciences et croyances se dissipent vite lorsqu’on se trouve directement concerné, partagé entre le choix d’interrompre et de faire porter à son terme une grossesse à une enfant dont ni le corps ni les facultés ne sont encore aptes à l’éventualité de la gestation qui, dans le cas de la loi béninoise, ne peut être d’ailleurs interrompue que dans des conditions rigoureusement bien déterminées. C’est dire que la législation actuelle est opportune et est loin d’être la porte ouverte à toutes les libertés avec la gestation. Que ses détracteurs lui opposent leur foi, cela va de soi. Mais bientôt 50 ans après la loi Simone Veil, c’est la vision pragmatique de celle-ci qui a résisté au temps. Tout comme la détermination de Robert Badinter à bannir la peine de mort de l’arsenal juridique français contre vents et marées il y a de cela 40 ans.
Cela étant, comme l’exprime bien Benjamin Hounkpatin, « Prenons la loi, mais éduquons ! Eduquons ! Eduquons !». Et il a là-dessus aussi raison. Une éducation sexuelle bien portée par les parents au profit d’une génération qui s’intéresse précocement au sexe, rendrait inutile le contenu de la loi qui fait actuellement débat.

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