Éditorial de Paul Amoussou : Ménageons nos certitudes

Par Paul AMOUSSOU,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Éditorial de Paul Amoussou : Ménageons nos certitudes

Editorial de Paul Amoussou du Journal La Nation

Questions sémantiques : un opposant en prison est-il de facto un détenu politique ? Tout opposant qui se soustrait à ses ennuis judiciaires pour aller se réfugier à l’étranger est-il un exilé politique de fait ?

LIRE AUSSI:  Elections législatives au Bénin: Les conclusions préliminaires de la mission de l'Union africaine

Si l’on obtient un double oui à ces interrogations, alors autant pour le voleur de poules de prendre une carte politique. Car alors, il s’avère, sous nos cieux, qu’il vaut mieux commettre des forfaitures en étant dans la fonction politique plutôt qu’être dans celle périlleuse de coupe-gorge ! Encore qu’un politicien peut bien vous couper la gorge et alléguer qu’il est victime d’un complot politique ! Voire s’en sortir d’un tel crime en tenant cette posture sans vergogne. C’est conscients de cette faille, notamment près de l’‘’opinion’’ que les politiciens se croient tout permis, vernis par l’immunité que leur procure leur position dans un système où la légalité n’est pas de règle.
Entendons-nous bien sur le sujet pour préciser qu’il n’est pas question ici d’amalgamer, de rejeter l’hypothèse de l’instrumentalisation possible de la justice par un pouvoir politique en vue d’éliminer ses adversaires du champ politique. Au Bénin comme ailleurs, une telle pratique, détestable, n’est pas exclue. Mais cela absout-il, pour autant, les politiciens de toute forfaiture ? Seraient-ils blancs comme neige ? N’arrive-t-il pas qu’ils se rendent coupables de faits répréhensibles ? Et faut-il continuer à les absoudre sans confession ?
Si l’on retient que depuis l’indépendance du Bénin, la bonne gouvernance n’est pas la chose la mieux partagée, ne peut-on nourrir, ne serait-ce que nourrir, à l’endroit de ceux qui ont été aux affaires, quelque appréhension d’avoir, comme on dit, des cadavres dans le placard ? Il serait exceptionnel de ne pas leur en trouver, avouons-le. Partant donc, on ne saurait soutenir que tous les acteurs politiques ayant fait le choix de vivre à l’étranger actuellement sont des ‘’exilés politiques’’ ou que tous ceux qui ont maille à partir avec la justice sont des ‘’détenus politiques’’. C’est alors trop vite aller en besogne et faire insulte à la justice de notre pays ainsi mis au banc d’un larbin corvéable ! Mauvaise approche.
Aussi, doit-on s’interroger sur la gymnastique par laquelle le président Talon va satisfaire aux « doléances » formulées par Boni Yayi mercredi dernier et relatives à des affaires judiciaires. De véritables patates chaudes que l’ancien président s’est fait le plaisir de refiler à son successeur, se donnant le bon rôle, disent les mauvaises langues, de celui qui demande un quasi-miracle à Talon. Car, passé le temps de l’euphorie d’une rencontre incontestablement de décrispation de l’atmosphère politique, vient celui de la réalité : comment gracier ou amnistier, seules pistes possibles, des gens qui, à l’exception de quelques-uns, se sont soustraits à la Justice de leur pays ? Aucun prix n’est assez élevé pour le vivre-ensemble. Et là réside le mérite des deux hommes, pour avoir surmonté leurs brouilles personnelles pour le Bénin. Aussi, beaucoup se laissent aller à croire au miracle quant aux doléances. Pas si simple à résoudre comme équation pourtant. A défaut de pouvoir les soigner, ménageons cependant nos certitudes.

LIRE AUSSI:  Diplomatie: Retour à Cotonou des Béninois bloqués au Koweït