Éditorial du 18 Juin 2021: Responsable (politique)de tout, coupable de rien !

Par Paul AMOUSSOU,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Éditorial du 18 Juin 2021: Responsable (politique)de tout, coupable de rien !


Je suis responsable de tout, mais coupable de rien. Telle est la ligne de défense qui parait être celle de Nicolas Sarkozy dans ce qu’on appelle le procès Bygmalion, relatif au dépassement du plafond des dépenses lors de sa dernière campagne présidentielle. Ce faisant, il s’inspire de Moussa Traoré, l’ancien chef d’Etat malien, qui ne s’est reconnu dans aucun des faits à lui reprochés lors de son procès par suite de sa déchéance du pouvoir.

LIRE AUSSI:  Réformes dans le secteur économique: Le Fmi apprécie le respect des engagements pris par le Bénin

On le sait, l’ancien chef de l’Etat français est empêtré dans une kyrielle d’affaires judiciaires et a déjà écopé d’une condamnation ferme de prison, sous réserve de l’appel qu’il a interjeté. Mais quoi qu’il en soit, de loin le fond le plus intéressant de cette histoire reste que sa qualité d’ancien chef d’Etat ne l’absout pas d’ennuis judiciaires, de répondre, autrement dit, de faits qui lui sont reprochés devant les instances judiciaires.
Sous les tropiques, encore aujourd’hui, un ancien ministre, a fortiori un ancien président de la République est intouchable, on ne saurait même évoquer une affaire judiciaire le concernant sans qu’il ne soit question de chasse aux sorcières, sans que ses supporters ne crient au scandale.

Heureux que Patrice Talon œuvre pour rendre réversible une telle situation, car Dieu sait que des cadavres traînent dans les placards de nombreux dirigeants en Afrique y compris au Bénin, qui manœuvrent pour rester impunis. Il s’agit bien souvent de faits de mauvaise gouvernance, de prévarication, d’atteinte à la sûreté de l’Etat, etc. Mais la loi qui en la matière prévaut se veut celle du silence. Touche pas à l’ancien ministre ou ancien président ! Quand bien même aucune disposition légale n’offre une telle immunité. En somme, du deux poids, deux mesures, inacceptable au regard d’une justice digne du nom, car le citoyen lambda peut être condamné pour ses forfaits et les politiques eux non ! Les dynamiques politiques qui ont eu cours le veulent ainsi et l’emportent sur toute autre considération :
lorsqu’on reproche des faits à un politique, il aime bien à se réfugier derrière le bouclier politique, immunité de fait. Ce qui est un parfait scandale. Tous les politiques crient à l’instrumentalisation et se plaignent de l’indépendance de la justice, selon leurs intérêts et accommodements du moment.
L’événement qui a mobilisé toutes les attentions hier en Côte d’Ivoire interpelle les consciences à ce propos et doit mobiliser les juristes qui doivent se pencher sur le cas Laurent Gbagbo, condamné par son pays à 20 ans de prison, et qui échappe à la justice internationale, faute de preuves. Qui blâmer, en l’occurrence ? La justice interne ou celle de la Cpi ? Toujours est-il qu’il est retourné en Côte d’Ivoire, sous les vivats de ses supporters, en dépit de cette condamnation pour laquelle aucune grâce n’est encore prononcée ! Sans doute, en raison de son statut politique …

LIRE AUSSI:  Réformes dans le secteur économique: Le Fmi apprécie le respect des engagements pris par le Bénin