Education et conscientisation à l’Association Marie-Mère de la foi audacieuse: Quand le ciel se dégage pour les filles et les femmes

Par Maryse ASSOGBADJO,

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L’Association Marie-Mère de la foi audacieuse (Cmmfa) offre un espace digne pour les filles et femmes en quête de repère. Education, sensibilisation, conscientisation, école de vie et cours d’éveil spirituel y sont offerts aux membres de la communauté et aux victimes d’abus de toutes sortes afin de leur permettre de faire face tant bien que mal aux périphéries de la vie. Une touche singulière au combat en faveur du genre au Bénin.

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Raïssa Aho, étudiante en année de licence, dégage une énergie qui force l’admiration. Enthousiaste et souriante, elle l’est. Pour celle qui regarde l’avenir avec assurance, sérénité et foi, la vie a repris du sens et du goût. Une nouvelle vie qui n’était pas gagnée d’avance pour elle. Son passé n’a pas été un long fleuve tranquille. Raïssa a connu des moments difficiles de vie de jeune fille. Mais aujourd’hui, ces pages sombres se sont définitivement fermées. Elle doit son bonheur à une actrice de l’ombre qui travaille sans relâche pour améliorer le quotidien des jeune fille: Adeline Eliel, à travers l’Association Marie-Mère de la foi audacieuse (Cmmfa).

« Depuis deux ans que j’ai intégré la communauté, j’ai l’impression que j’ai croisé enfin un amour dans ma vie qui ne me juge pas, parce que j’avais fait beaucoup d’erreurs par le passé », confie Raïssa, l’air serein.
L’Association Marie-Mère de la foi audacieuse travaille à briser le mur du silence qui empêche les filles de dénoncer leurs bourreaux, de s’affirmer et de se révéler. En son sein, convivialité et harmonie riment pour redonner de la confiance à la relève. Les filles sont éduquées aux valeurs de la vie. Celles, victimes de blessures psychologiques et morales, retrouvent le chemin de l’espérance. Ici, les filles désabusées et désespérées, voire celles abandonnées à la merci de violeurs et agresseurs sont récupérées et entretenues dans un espace assez naturel.
La vice-présidente de la Cmmfa et membre experte de l’Institut pour le plaidoyer en Afrique sur les questions de promotion et de défense des droits des jeunes filles, Adeline Eliel, que les filles appellent affectueusement ‘’maman’’ a fondé une famille idéale avec son époux ‘’papa’’ ainsi que les membres de la communauté. Tout est parti des séances de sensibilisation au profit des femmes pour l’harmonie au sein des foyers. Plus tard, elle réalise que le mal est très profond à la racine. D’où les cours d’éveil et de conscientisation au profit des filles.

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‘‘Talithakoumi’’ pour sauver les filles

L’initiative porte un sceau spirituel : « Talithakoumi », qui signifie ‘’jeune fille, lève-toi’’. Elle vise à rendre les filles indépendantes.
Aujourd’hui, elle apporte assistance, écoute et soulagement à des gens de tous horizons.
L’initiative s’inscrit dans une dynamique mondiale. « Nous voulons répondre à l’appel des Nations unies, qui en adoptant le 19 décembre 2011, la Journée internationale de la fille à travers la résolution 66/170, nous invitent à prendre conscience des difficultés réelles que vivent les jeunes filles », explique Adeline Eliel.
Elle fonde également ses motivations sur des fondements juridiques. « Il est important aujourd’hui d’éduquer les jeunes filles à la connaissance des lois qui les protègent afin qu’elles puissent participer aux décisions relatives à leur bien-être », soulève-t-elle.
Le dispositif d’accueil, d’écoute et d’orientation des filles de l’association renseigne bien sur ses aspirations. « Nous avons constaté que les filles ont besoin d’être écoutées, d’être entendues et accompagnées. Nous leur offrons un cadre pour les aider à mieux s’épanouir et à devenir des mères parce que la jeune fille est l’avenir de l’humanité », développe-t-elle.
Le travail de sensibilisation au profit des jeunes filles repose sur l’éducation dans toutes ses dimensions. « Nous intervenons dans plusieurs collèges catholiques ou non. Nous avons donc affaire à plusieurs religions. Le plus important n’est pas de brandir la religion, mais de prendre plutôt soin de l’être humain en lui montrant sa part de responsabilité dans sa propre éducation, et dans le développement de la nation », nuance-t-elle.
Quoiqu’opérant dans la discrétion, son combat laisse des empreintes. En deux ans d’activités, Adéline Eliel a enfanté deux mille enfants. Un chiffre record qui montre l’ampleur des plaies à panser dans le rang des jeunes filles. Tant les phénomènes du harcèlement sexuel, des mariages forcés et précoces, des discriminations polluent leur vécu !
Maman Adéline est mieux placée pour épiloguer sur la question. « Le harcèlement sexuel provoque des blessures intérieures ; les victimes sont renfermées et étouffées, car elles sont violées et subissent encore le silence». Pire, dénonce-t-elle, les violeurs sont souvent présents dans le cadre de vie des victimes. « J’ai recensé des cas où les filles sont violées par leurs propres pères ; deux filles sur cinq sont victimes du harcèlement sexuel », dénonce-t-elle.
Le second problème auquel elle s’attaque, c’est l’irresponsabilité des parents. « Comment comprendre que des géniteurs refusent de payer la scolarité de leurs enfants ? », s’interroge-t-elle. « Les parents doivent prendre conscience de leur rôle. Une parole proférée sur un enfant est une semence, et la semence appelle toujours la moisson », indique-t-elle. Elle pointe d’un doigt accusateur ceux qui délaissent complètement leurs enfants.
Heureusement, l’Association Marie-Mère de la foi audacieuse aide à dénouer des nœuds !
« Aujourd’hui, je peux affirmer haut et fort que je suis à l’abri de certains pièges qui guettent les jeunes filles », sourit Raïssa Aho. « C’est une grâce pour moi de rencontrer cette communauté, sinon j’aurai pu commettre encore des erreurs plus graves », confie-t-elle. Sa sœur, Elodie Amoulé, n’en dit pas moins. C’est grâce à la Cmmfa qu’elle aussi a retrouvé ses marques.

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Diverses compétences à l’oeuvre

Les efforts de l’Association ne sont pas négligeables. Plusieurs compétences sont mises à contribution pour soigner les filles. Juristes, hommes spirituels, éducateurs, tous collaborent en faveur de leur bien-être. « Il faut saisir les juridictions pour soulager les victimes et punir les auteurs des abus ». Sauf que l’Association doit davantage s’armer de courage pour briser tous les cercles vicieux, tant ses efforts mettent à mal les intérêts des ‘’loups déguisés en sages’’.
«Les gens détestent la lumière, car elle vient mettre à nu tout ce qui se passe dans l’ombre », explique la vice-présidente de l’association. Elle poursuit : « Nous avons constaté la réticence de certains responsables d’établissements parce que les filles que nous éduquons ont pris conscience de ce qu’elles sont et ont commencé par fermer les portes à leurs bourreaux», apprécie-t-elle, convaincue que le chantier de l’émancipation des filles et des femmes est un pari gagné d’avance pour son association.
Le bonheur pour le couple Eliel et l’association, c’est d’avoir réussir à mettre en place une pépinière de jeunes filles capables de prendre la relève. Ayant pris conscience de leur chance, les filles n’hésitent pas, à leur tour, à prendre des initiatives afin d’impacter leurs milieux.
« Après que je me suis remise de ma situation, j’ai réalisé que beaucoup de filles sont aussi exposées. J’ai décidé de créer un blog afin de sensibiliser aussi mes sœurs et leur redonner confiance », souligne Raïssa Aho. Pour sa part, Elodie Amoulé, étudiante en banque, finance et assurance, mise sur la sensibilisation des jeunes filles afin de les outiller aux valeurs de la vie.
En perspective, la maman chérie des filles, Adéline Eliel, compte intégrer la gestion des menstruations dans les cours d’éducation sexuelle au profit des filles. Toutes choses qui concourent à la santé sexuelle et reproductive des adolescentes et jeunes.