Education inclusive : du potentiel sous le handicap

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Education inclusive : du potentiel sous le handicapSautez le verrou du handicap aux enfants, ils feront des exploits !

Au Bénin, la vie des enfants handicapés n’est pas aisée. Pourtant, beaucoup de ces enfants arrivent à franchir les barrières sociales grâce à leur intégration au monde scolaire. Des parcours inspirants susceptibles de motiver ceux que les communautés enferment dans l’enclos.

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Quand on rencontre pour la première fois, ce beau petit garçon de 5 ans, assis, au visage rayonnant et doux, entouré de ses camarades de classe, on est loin d’imaginer son parcours d’enfant ‘’mal accepté’’, du fait de son autisme et de son handicap physique. Pourtant, Exaucé est un enfant entier, une tête bien faite.
Après avoir pris son courage à deux mains, Chimène Dossou-Yovo, sa maman, décide finalement de le sortir de la ‘’cage’’ pour lui offrir une nouvelle chance : l’envoyer à l’école. Elle ne s’est pas trompée.
« J’ai réalisé que c’est parce que je l’enfermais à la maison que sa situation s’est aggravée», confie-t-elle, encourageant les crieurs publics à s’impliquer dans la sensibilisation des parents à l’éducation inclusive des enfants handicapés.
Depuis qu’elle a réussi cet exploit, Exaucé multiplie ses performances à l’école. « L’année dernière, il était incapable de piper mot. Cette année, c’est lui-même qui exprime librement ses besoins et arrive à imposer ses choix. Je trouve que l’éducation scolaire a favorisé ce grand changement », témoigne-t-elle.
Sa maîtresse Aubierge Agbalohoun témoigne : « Exaucé ne cesse de me surprendre par ses efforts. Il a beaucoup progressé avec le peu de temps que nous venons de faire ensemble. Il s’intègre correctement dans le milieu scolaire et est très motivé, parfois plus que toute la classe, surtout lors du cours d’Anglais. Je suis convaincue qu’il fera davantage de progrès ».
A l’instar d’Exaucé, Ariel L. Sagesse, Maélie, et Esaïe s’en sortent bien à l’école. Mais le cas qui force davantage l’admiration est celui de Charlie Dènon, portant une infirmité motrice cérébrale et titulaire d’un Master en Fiscalité. Et les exemples de ce genre sont légion. Autant qu’ils sont, ils vivent leur handicap à leur manière sous le regard social à la fois moqueur et affligeant, mais ils voient toujours la vie en rose lorsqu’ils sont entourés de leurs camarades de classe.

Accélérateur de transformation

Chaque enfant handicapé qu’on enseigne est un homme qu’on sauve. Leurs taux de réussite aux examens scolaires traduisent leur capacité à exceller lorsque les conditions favorables leur sont créées : 61,22 % d’admissibilité au Bepc 2021 au niveau des candidats aveugles amblyopes et sourds muets.
Chantal Gnanhoui, autiste et aujourd’hui animatrice à l’Ong Crysalide, revient de loin. Elle a obtenu la ‘’guérison’’ grâce à son intégration et surtout à l’éducation qu’elle a reçue de l’Ong. Débordante d’énergie, elle déploie aujourd’hui sa passion au profit de ses jeunes frères et sœurs. En dépit de la panoplie de formations reçues pour son épanouissement, elle se mord les doigts aujourd’hui pour avoir très tôt abandonné les bancs. Elle conçoit l’école comme un accélérateur de transformation pour les enfants handicapés. « A l’école, on acquiert de la valeur et de la considération. Priver un enfant de ce droit, c’est le priver de joie. Si j’avais été loin dans les études, mes parents auraient davantage été fiers de moi », conçoit-elle.
Toutefois, tout n’est pas perdu pour les enfants handicapés au Bénin. Tant qu’il y aura des promoteurs d’école favorables à l’éducation inclusive, l’espoir est permis.
En effet, Rosine Ahonlonsou Sogbossi, directrice de l’école inclusive ‘’Les Hibiscus’’, ne jure que par l’éducation inclusive au Bénin. Elle fait partie des rares promoteurs d’écoles de la place à offrir ce cadre d’apprentissage, qui prône le droit à l’éducation pour tous. Le travail de cette femme et de ses collaborateurs pluridisciplinaires depuis environ trois décennies est la preuve de l’attention à apporter aux enfants handicapés : psychiatres, psychothérapeutes, orthophonistes, kinésithérapeutes, enseignants, auxiliaires de vie scolaire (Avs), missions étrangères de spécialistes, tous sont mis à contribution pour répondre aux exigences des enfants à besoins spécifiques.
Une trentaine de cas (infirmité motrice cérébrale, autisme, déficience intellectuelle, trisomie 21,…) sont enregistrés dans l’établissement pour le compte de cette année. Cette école inclusive ne lésine pas sur les moyens. Sa promotrice est très enthousiaste à l’idée d’évoquer les parcours inspirants. « La plupart des cas que j’ai enregistrés poursuivent leurs études supérieures et d’autres suivent des formations professionnelles », dit-elle fièrement.
Toutefois, elle conçoit que la consécration viendra seulement lorsque le dernier enfant handicapé inscrit dans son établissement obtiendra son baccalauréat. Le combat continue donc pour cette dame de plus de la soixantaine.

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Rien ne vaut l’immersion

Sa détermination se justifie aux yeux de Georges Sériki, chef service insertion professionnelle à Handicap international Bénin. Selon lui, rien ne vaut l’immersion des enfants handicapés au sein des pairs. « Sans l’éducation, ces personnes sont des ressources humaines en moins pour la nation. A l’école, ils veulent imiter les bons réflexes de leurs camarades dits ‘’normaux’’. Ils sont instruits et épanouis », soutient-il.
Ce qu’approuve Bébette Fanou, chef service promotion des droits des personnes handicapées et du 3e âge au ministère des Affaires sociales et de la Microfinance. Pour elle, priver un enfant handicapé du droit à l’éducation, c’est le priver d’avenir. « Un enfant handicapé n’est pas une cause perdue. Il faut que les parents l’intègrent dans leur mentalité. Il suffit pour eux de se rapprocher des structures capables de les aider. Il y a plus de chance d’amélioration de cet enfant lorsqu’on le sort de son cercle fermé », indique-t-elle.
Handicap international suggère la formation des enseignants à l’outil de détection du handicap. « Beaucoup d’enfants sourds sont battus injustement du fait de leur handicap, parce que les enseignants ignorent leur situation », relève Georges Sériki.
Pour l’Unicef, les enfants en situation de handicap «courent des risques plus élevés de pauvreté tout au long de leur vie, en raison de leur exclusion de l’éducation. Une éducation inclusive de qualité, à long terme, peut réduire la dépendance à l’égard de l’État et stimuler leur capacité économique potentielle ».
La prise en compte des différents types de handicap dans les politiques publiques est un levier important que les pouvoirs publics doivent actionner. Aussi, faudra-t-il une transformation de l’environnement social et éducatif en permettant aux parents et aux enseignants d’accompagner l’éducation des enfants.
Théodule Bagan, président du réseau des Associations des personnes handicapées du Littoral (Raphal), insiste sur la prise en charge holistique des besoins spécifiques de l’enfant handicapé et des problèmes liés à son environnement. « La pédagogie utilisée, les curricula de formation et les supports de l’enseignement, l’attitude des enseignants, l’infrastructure scolaire ne sont pas toujours adaptés aux spécificités de ces enfants » relève-t-il.
Au surplus, préconise-t-il, « il faut évaluer les écoles pour voir si elles sont inclusives et mettre en place un plan d’intervention par rapport aux besoins spécifiques des enfants handicapés».
L’assainissement de l’environnement scolaire au profit des enfants handicapés repose également sur le respect des articles 2 et 23 de la Convention relative aux droits de l’enfant, du Code de l’enfant et la promulgation des décrets d’application de la loi N°2017-06 du 29 septembre 2017, portant protection et promotion des droits des personnes handicapées en République du Bénin pour faire évoluer les mentalités.

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Fermeté dans la loi

« Si la loi est ferme, les directeurs d’établissement ne pourront pas refuser d’enregistrer les enfants à l’école ». Mais cette option n’est pas définitive. « Ils peuvent accepter l’enfant handicapé et le jeter au fond de la classe, sans que ses parents le sachent. Dès lors, l’enfant se sentant rejeté, peut chercher à se défendre tout en devenant violent », développe Rosine Ahonlonsou Sogbossi pour montrer l’importance de la formation des enseignants dans la lutte contre la stigmatisation et la discrimination de ces créatures divines.
Dans ce cadre, elle suggère à l’Etat d’accorder des situations atténuantes aux femmes dont les enfants portent un handicap pour leur permettre de disposer de ressources pour la scolarisation de leurs enfants. « Certains parents doivent être à l’hôpital presque toutes les semaines du fait du handicap de leurs enfants. Cela les épuise financièrement au point où ils n’arrivent plus à faire face à l’éducation scolaire de leurs enfants », fait-elle observer.
Aussi rébarbative qu’elle puisse paraître aux yeux de certains, la sensibilisation ne doit pas être négligée. Des autorités insoupçonnées semblent encore donner peu d’importance à la situation des personnes handicapées au XXIe siècle.
« La première fois que je me suis rendue à la Direction départementale des Enseignements maternel et primaire (Ddemp), pour demander l’inscription d’un élève handicapé, on m’a presque ri au nez », se désole Rosine Ahonlonsou Sogbossi.
Pour que personne ne soit laissé sur le carreau à l’échéance des Objectifs de développement durable (Odd) en 2030, « tout le monde doit agir dans ce sens». L’éducation inclusive tenant compte du handicap doit être le défi ultime pour atteindre les objectifs.