Electrification par l’énergie solaire photovoltaïque: Un marché prometteur en quête de durabilité

Par Fulbert Adjimehossou,

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Panneaux solaires

Dans le futur, la filière de l’énergie solaire photovoltaïque pourrait peser lourd dans l’économie béninoise. Les entreprises profitent des opportunités du marché et des facilités accordées par l’Etat. Mais des défis restent à relever.

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Faustin Dahito totalise 35 ans d’expertise dans l’énergie solaire photovoltaïque. Aujourd’hui, dans son bureau à Cotonou, le président de l’Association interprofessionnelle des spécialistes en énergies renouvelables (Aiser) scrute l’horizon. « L’avenir est très prometteur pour le solaire. Les cadres politique et stratégique sont en place. La vision de l’Etat est déclinée », apprécie-t-il. A force de discuter avec celui qui fait partie des premiers à accompagner l’Etat sur les chemins du solaire, dans les années de la révolution, on comprend mieux ses motifs de satisfaction. «Quand nous parlions du solaire dans le temps, beaucoup de gens ne nous croyaient pas. Aujourd’hui, c’est complètement démocratisé. Nous sommes à l’âge du solaire», explique ce féru de cette matière.
C’est la réalité quand on se rend dans les boutiques de produits électriques ou que l’on voit trôner des installations photovoltaïques, même en ville, sur les toits des ménages. Les acteurs ont réussi à gagner progressivement la confiance des consommateurs. Cependant, très vite, la filière se découvre une épine dans les pieds : la qualité des équipements.
En effet, la clientèle a parfois un goût d’inachevé qui se justifie bien, selon Erwan Adoté, ingénieur en génie industriel, en fonction dans une entreprise d’énergies renouvelables. «Actuellement, sur le marché on a des équipements de qualité qui viennent d’un peu partout. Cependant, il y a aussi des composants peu recommandables qui parviennent à passer entre les mailles pour faire leur entrée sur le territoire national. Et si les populations sont trompées en douce, c’est parce qu’elles ne font pas appel aux spécialistes du domaine avant d’acheter les équipements ou de faire les installations », relève-t-il.

Le combat des normes

En réalité, ce ne sont pas les équipements de qualité qui font défaut sur le marché. Seulement, il vaut mieux se référer à des fournisseurs spécialisés pour éviter des désagréments, quelques semaines plus tard. L’assainissement du marché devient indispensable au risque de perdre la confiance des consommateurs.
« Toute nouvelle technologie a ses maladies de jeunesse. Néanmoins, des accompagnements sont en cours au niveau normatif. Avec l’Agence nationale de normalisation (Anm), nous avons procédé à la validation de beaucoup de normes. Il y a près de 400 normes d’énergies solaires que le Bénin a mises en route. Des travaux se font dans le même sens avec la Cedeao», rassure le président de l’Aiser.
La bataille pour sécuriser le marché s’est intensifiée ces dernières années. Un travail a été fait pour l’adoption d’une norme pour les kits solaires domestiques « Plug-and Play» de 0 à 350Wc au niveau régional. Dans le même temps, d’autres normes sont en cours de développement au niveau des mini-réseaux et sont d’application obligatoire au niveau national. Néanmoins, la qualité a un prix dont le ménage ne dispose pas forcément au point de miser, consciemment ou non, sur l’à-peu-près au niveau du marché.
Il faudra du temps et encore plus d’énergie pour changer la donne. Tel n’est pas le cas en ce qui concerne les projets. «Les équipements doivent être normés, certifiés par rapport à une certaine référence. Nous en tenons rigueur pour les projets stratégiques. Si ces normes ne sont pas au rendez-vous, les équipements ne sont pas validés. Les progrès que nous faisons au niveau national permettent de ne plus s’inquiéter. Je crois que le Bénin fait le nécessaire», insiste Faustin Dahito.

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Viser la compétitivité

Au Bénin, l’irradiation est en moyenne de 3,9 kWh/m².j au sud et 6,2 kwh/m².j au nord sur toute l’année, selon des études. Avec les besoins en énergie et les opportunités d’investissements, l’Etat a tôt fait de remettre à jour le cadre réglementaire. Le décret n°2018-415 du 12 septembre 2018 réglemente l’Electrification Hors Réseau et la Loi n°2020-05 du 1er avril 2020 révise le code de l’électricité qui se focalise sur les énergies renouvelables en son chapitre IX.
Cela va de soi surtout que le potentiel annualisé du marché ne cesse d’augmenter. « Nous voulons attirer les investisseurs privés vers le secteur. C’est pourquoi le gouvernement a mis en place des textes réglementaires. Le décret qui réglemente l’électrification hors-réseau est assez lisible pour les investisseurs privés. Le code de l’électricité offre aussi de nombreux avantages avec des facilités et des exonérations pour ceux qui veulent investir dans les énergies renouvelables», explique Oscar Chabi, directeur des Energies renouvelables et de l’Efficacité énergétique.
En son article 78.1, le nouveau code de l’électricité prévoit au profit des titulaires d’exploitations et leurs sous-traitants des exonérations de droits et taxes. De même, l’article 14 de la loi de finances de 2020 exonère les matériels et équipements de production de l’énergie solaire (photovoltaïques et thermiques) de la Tva ainsi que les accessoires d’installations à l’exception des onduleurs importés ou acquis au Bénin. En outre, il n’est pas question de laisser de mauvaises graines compromettre les investissements. « Si l’on n’est pas capable de contrôler, l’exonération de l’ensemble des équipements sera préjudiciable. Nous risquons d’exonérer ceux qui ne sont pas destinés aux énergies renouvelables. Les commerçants pourraient profiter des brèches », relativise le directeur des Energies renouvelables et de l’Efficacité énergétique.

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L’heure du réveil !

Tout n’est pas si rose, surtout pour les entreprises locales. Elles veulent surfer sur la volonté politique pour profiter des potentialités. Mais des embûches se dressent sur le chemin. « Il y a la réticence des systèmes financiers à développer des lignes de crédit à taux réduits pour permettre l’éclosion », se plaint Henock Gnanga, spécialiste des énergies renouvelables. Le président de l’Aiser renchérit : «Nous avons un gouvernement qui encourage par les textes et des mesures. Mais l’environnement du financement est un désert. Il faut un fonds souverain pour le développement industriel. Sinon, le jeune qui démarre son unité avec une brillance intellectuelle et technologique n’y arrivera pas», fulmine-t-il.
Pour d’autres, c’est aussi une question d’organisation. « On ne peut pas dire tout le temps que c’est la faute aux banques. Il y a un travail à faire au niveau des entreprises qui doivent se mettre en règle et disposer d’une base de données. Je propose que les entreprises fédèrent aussi leurs énergies », analyse Olou JP Koucoi, manager de Focus Energy.
Cependant, le débat est plus profond que ça. Dans son fauteuil, Faustin Dahito préfère ne pas trop rêver. Le président de l’Aiser ne voit pas d’un bon œil l’importation des équipements pour répondre aux besoins du marché. « Nous n’allons pas perdre le temps à importer les équipements. C’est vrai qu’il existe des technologies d’un certain niveau auxquelles nous n’avons pas encore accès. Mais nous devons avoir une assise dans le domaine de l’innovation et de la recherche. Nous n’allons pas passer la vie à importer après 61 ans d’indépendance. Nous devons en avoir honte. Nous devons nous réveiller et nous battre dans ce monde de compétition », note Faustin Dahito. Pour finir, il est moins optimiste : « Mais ma crainte est que ça ne porte qu’en faveur des étrangers ».
Il y a une certitude : la filière est en pleine maturité. Il ne reste qu’à dissiper les inquiétudes. Pour qu’elle soit profitable, la révolution solaire a besoin d’autres révolutions: celles de la disponibilité de compétences au niveau national, de la science au service du développement, d’un accès plus facile aux financements. Et peut-être ainsi, l’économie rayonnera.

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