Elevage de porcs en milieu lacustre : la biosécurité, une solution pour contenir la peste porcine africaine

Par Joel TOKPONOU,

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Elevage de porcs en milieu lacustre au Bénin, La biosécurité, une solution pour contenir la peste porcine africaine

Dans la panoplie des solutions qui s’offrent pour contenir la peste porcine africaine figure en bonne place la biosécurité. Pour cela, éleveurs et autorités locales ont un rôle à jouer, selon une étude de l’Ecole polytechnique d’Abomey-Calavi.

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Une solution à l’expansion de la peste porcine africaine qui sévit dans les milieux lacustres de plusieurs pays dont le Bénin : la biosécurité. Elle vient du Béninois Dr Ignace Ogoudanan Dotché, chercheur au Laboratoire de Biotechnologie Animale et de Technologie des Viandes du Département de Production et Santé Animales de l’Ecole polytechnique d’Abomey-Calavi (Epac). C’est le fruit de ses recherches intitulées : Comment concevoir la biosécurité des élevages porcins des milieux lacustres du sud Bénin pour réduire le risque de maintien et de dissémination de la peste porcine africaine?? Cette étude prend en compte les trois types d’élevage de porc que sont l’élevage en claustration totale, l’élevage en claustration partielle et l’élevage en liberté.
« La peste porcine africaine est une maladie qui est déjà présente sur toute l’étendue du territoire. Elle ne peut plus être circonscrite et nous ne disposons pas de vaccin pour protéger les porcs. Le renforcement de la biosécurité dans les élevages reste le moyen de lutte qu’on peut proposer aux éleveurs », informe Dr Dotché. Seulement, nuance-t-il, la présence d’eau en milieu lacustre fait que les mesures classiques de biosécurité nécessitent des adaptations afin d’être applicables dans les élevages de cette zone.
« Les mesures de biosécurité à mettre en œuvre dans ce milieu exigent des actions de la part des éleveurs, mais aussi des autorités locales. Les éleveurs des trois types devraient ainsi traiter les ressources alimentaires utilisées et éviter de jeter les cadavres dans l’eau du fleuve et dans l’environnement. Les sous-produits agricoles et les restes d’aliments utilisés dans l’alimentation des porcs doivent être suffisamment chauffés afin d’inactiver le virus », recommande l’étude.
De plus, il est déconseillé aux éleveurs d’utiliser les fourrages dans les endroits occupés par l’eau de crue pour nourrir les porcs. Et selon l’auteur de la recherche, « les pédiluves utilisés dans les élevages sur terre ferme ne peuvent pas être utilisés en milieu lacustre?; il faudrait que les éleveurs lacustres construisent des boites à pédiluve amovibles à fixer à l’entrée des logements des porcs ».

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Tenir compte des spécificités

D’autres recommandations de la recherche, si elles sont bien suivies par les éleveurs en milieu lacustre, pourront leur permettre de mieux protéger leurs porcs contre ce mal qui fait des ravages. Surtout qu’ils vivent dans un environnement particulier. « La limitation des contacts entre l’élevage et le matériel roulant, souvent recommandée dans les mesures de biosécurité classiques, est irréalisable en milieu lacustre, car pour avoir accès à l’élevage pour la distribution d’aliments, la vente des animaux, le nettoyage de la loge, etc., l’éleveur doit accéder jusqu’à l’entrée de l’élevage en claustration (partielle et totale) avec sa pirogue. Il faudrait alors désinfecter régulièrement ce matériel multi-usage”, conseille Dr Dotché.
Egalement, les éleveurs utilisant la claustration partielle devraient temporairement supprimer la liberté saisonnière en cas de foyers de peste porcine africaine déclarés dans le voisinage. Ceux utilisant la conduite en liberté devraient passer, en cas de ces foyers, à la claustration partielle améliorée, c’est-à-dire sans liberté des porcs.

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La partition des élus locaux

En dehors des éleveurs, les élus locaux ont une partition à jouer dans la mise en œuvre de la biosécurité afin de sauver les porcs de la peste africaine. « L’apport des autorités locales pourrait être de mettre en place des fosses à cadavres pour centraliser les animaux morts afin d’empêcher les éleveurs de manipuler les porcs morts de la peste porcine africaine et de jeter leurs cadavres n’importe où », renseigne le chercheur. Ils pourraient également, selon lui, assurer la fourniture de chaux vive pour chaque dépôt dans la fosse. Puis, au cas où les fosses se révèleraient inefficaces, elles pourraient être remplacées par les bacs d’équarrissage. En agissant ainsi, les autorités contribueraient aussi à la résolution des problèmes de santé publique associés à la dégradation des cadavres jetés dans l’environnement.
« Les difficultés souvent observées au niveau des mesures de biosécurité sont le manque d’ajustement de ces mesures à la situation réelle, aussi bien dans leur conception que dans leur mise en œuvre effective. C’est pourquoi les mesures proposées ici après analyse de nos résultats devront être discutées avec les éleveurs et les autorités locales avant de pouvoir constituer la base de futures mesures de biosécurité et afin de réunir toutes les conditions de leur application », conclut Dr Dotché?

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