Elimination des compétitions continentales interclubs: Le vrai niveau du football béninois à nouveau révélé

Par Maurille GNASSOUNOU A/R Borgou-Alibori,

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Pour le compte de la présente campagne africaine de football au niveau des clubs, Coton Fc de Ouidah et les Buffles du Borgou n’ont pas pu franchir l’étape des préliminaires. Le championnat national peine à être compétitif et le football béninois est loin d’être vendable.

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A peine le stade des préliminaires des compétitions africaines au niveau des clubs, que Coton Fc de Ouidah et les Buffles Fc du Borgou ont déjà rangé leurs maillots et crampons dans les placards. Pourtant considérés comme les clubs qui imposent leur suprématie au niveau du championnat national, leurs adversaires ne se sont même pas gênés pour faire d’eux une simple bouchée. Ce fut un naufrage collectif pour les deux représentants béninois.
Pour rappel, en Ligue africaine des champions, Coton Fc n’a pas fait le poids devant l’Asec Mimosas de la Côte d’Ivoire qui n’avait rien d’un foudre de guerre, si ce n’est sa réputation d’antan. Battus (1-2) lors de la manche aller au stade Général Mathieu Kérékou à Cotonou, les protégés du président Lionel Talon n’ont pas réussi la « remontada » au stade de Yamoussoukro, une semaine après Incapables de réaliser l’exploit, ils ont été logiquement battus (0-2). Avec les Buffles Fc du Borgou en Coupe de la Caf, ce fut le comble. Ils se sont fait éliminer par la modeste formation du Fc Kallon de la Sierra Leone, (0-1) à l’aller, à Cotonou, puis (0-3) au retour, samedi 17 septembre dernier à Monrovia. Un club qui a accepté de remplacer au pied levé celui régulièrement qualifié, mais s’étant désisté pour des raisons financières.

L’éternel recommencement

Une nouvelle fois, voilà les clubs béninois incapables de vaincre le signe indien. Ils quittent précipitamment les compétitions continentales interclubs. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne serait pas surprenant que l’on revive la même situation lors de la prochaine campagne africaine, avec les représentants béninois. Pour éviter l’éternel recommencement, une prise de conscience s’impose. Il urge de diagnostiquer le mal. Pourquoi les clubs béninois ne parviennent souvent pas à passer le cap des préliminaires lors des compétitions africaines ?
En effet, avec cette élimination de Coton Fc de Ouidah et des Buffles Fc du Borgou, c’est le vrai niveau du football béninois et de son championnat qui, une nouvelle fois, vient d’être révélé. Pour se permettre de défier leurs homologues, les clubs béninois ont encore du chemin à parcourir. Les performances réalisées par les Ecureuils du Bénin, à travers leurs qualifications aux phases finales des Coupes d’Afrique des nations Tunisie 2004, Ghana 2008, Angola 2010 et surtout Egypte 2019 où ils ont atteint les quarts de finale, ne sont que l’arbre qui cache la forêt. En témoignent le format actuel du championnat et son organisation avec 36 clubs qui ne sont pas de nature à arranger la situation. Aujourd’hui, il n’est plus facile de faire la part des choses entre les clubs de première, de deuxième et de troisième divisions. Tous se retrouvent ensemble dans la même compétition. Ce sera pour quel résultat et quel challenge ? Pendant que des clubs comme Loto Popo, As Cotonou, Coton Fc, Energie Fc, Dadjè Fc sont désormais gérés par des sociétés sportives, la Jsp, Réal Sport, Damissa Fc, Tonnerre Fc de Bohicon, Béké Fc de Bembèrèkè, Panthères Fc de Djougou, Sitatunga Fc, Requins Fc, Jak, Avrankou Omnisports, Union Sportive Baboni, Hodio Fc, Dynamique Fc de Djougou, Dynamo Fc de Parakou, Soleil Fc et autres n’en ont pas. Ils ne survivent que grâce aux maigres moyens de leur président, de leur mairie, des personnes de bonne volonté et de la subvention de l’Etat. Dans ces conditions, comment vouloir que les chances soient égales ? Il ne pourrait en être autrement, si certains vont continuer à s’accrocher vaille que vaille, se contentant des moyens de bord ou d’expédients. On ne triche pas avec le haut niveau.

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Nostalgie

Conséquence, malgré la volonté politique de plus en plus manifeste aujourd’hui, rien n’a évolué. Il y a longtemps, l’époque où les clubs béninois étaient capables de réaliser des performances à l’occasion de ces compétitions continentales interclubs.
En effet, comment ne pas se rappeler l’exploit des Dragons de l’Ouémé qui n’ont échoué qu’aux portes des quarts de finale de la Coupe des clubs vainqueurs de coupe, en 1985, face au
National Al Ahly des Taher Abou-Zeid, grands vainqueurs de la compétition face aux Nigérians de Leventis United ? Contraints au nul (1-1) à Cotonou au match aller, ils ont craqué (0-4) au Caire, au retour. Au tour préliminaire, ils avaient d’abord fait d’une bouchée l’Atlético Malabo de la Guinée équatoriale (8-0) à l’aller et (2-1) au retour à Malabo. En seizième de finale, les Orange et noir ont battu (3-1) le Cs Imana du Zaïre à Cotonou et concédé une défaite (0-1) au retour à Kinshasa. Après avoir battu les Camerounais du Dihep di Nkam Yabassi (1-0) à Cotonou, c’est au bénéfice de la règle du but marqué à l’extérieur (2-1), qu’ils se sont qualifiés pour le tour suivant. En 1986, disqualifiés au même titre que leurs adversaires, Abiola Babes du Nigeria qu’ils avaient d’ailleurs battu au match aller à Cotonou (2-0), les Dragons aborderont une autre épopée de leur histoire l’année suivante. Victorieux en 16e de finale du Co Kakandé Boké de la Guinée (0-3) à Conakry et (1-4) au retour, à Cotonou, ils arracheront leur qualification en 8e de finale face à l’US Mbila Nzambi du Gabon, en remportant la victoire aux tirs au but (4-2). Les
Dragons l’ayant remporté au match aller (1-0), les Gabonais leur ont rendu la pareille (1-0) au retour, à Libreville. Face au Vital’O du Burundi en quarts de finale, c’est après s’être assuré une marge confortable pour la qualification (2-0) à Cotonou, qu’ils sont allés perdre (0-1) à Bujumbura. Ils verront leur rêve brisé en demi-finales par les Kényans de Gor Mahia. Contraints au nul (0-0) à la maison, ils ont perdu in extremis (2-3) au match retour, à Nairobi.
Disposant de moyens financiers importants avec des présidents très ambitieux à leur tête comme Séfou Fagbohoun et feu Moucharaf Gbadamassi, les Dragons de l’Ouémé pouvaient se permettre d’importer des joueurs talentueux à l’image des Opoku Nti, Francis Kumi, Peter Rufai, Georges Gormachi, Monday Odiaka, Papa Arko, Abedi Pele et autres. C’était aux côtés des frères Victor et Sylvain
Zèvounou, Hounguè Toudonou dit Patati, Raoul Zamba, feu Blaise Codjia, Pintos Moreira Côme, Aminou Rufaï.
Au niveau de cette compétition qui réussit le mieux au football béninois, commencera alors le passage à vide. Mais en 1990, ce sont les Requins de l’Atlantique de feu Imorou Soumaïla, Etim Oyobio, Expédit Dossou-
Gbété, Charles Ahouandjinou alias Tadjin, Thomas Agueh, qui se feront éliminer en 8es de finale par l’Us Ouakam du Sénégal. Ils ont perdu (0-1) au retour à Dakar, après avoir été contraints au nul (0-0) à Cotonou. En 16e de finale, les Awissi Wassa avaient barré la route aux Centrafricains de l’Olympique Réal.

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Des sursauts d’orgueil

Deux ans plus tard, ce sont les Pétroliers du Mogas 90 des Théodore Sossaminou, Lambert Sossa, Phampile Kolimey, feu Hubert Hangbé sous la houlette de leur entraîneur, feu César Dagba qui se signaleront. En matches préliminaires, ils éliminent Postel 2000 du Tchad. Après leur victoire (3-0) au match aller à Cotonou, ils ont concédé une défaite (0-2) à N’Djaména, au retour. Leur prochaine victime sera l’Etoile Sportive du Sahel de Tunis en 16es de finale. Ils ont obtenu leur qualification pour les 8es de finale au bénéfice de la règle du but inscrit à l’extérieur, (1-1) à Tunis, après leur explication du match aller (0-0) à Cotonou. C’est sans grandes difficultés qu’ils vont résoudre l’équation que l’Association sportive des Forces armées de la Guinée (Asfag) leur a posée. Ils ont fait 3-1 à l’aller, à Cotonou et 0-1 au retour, à Conakry. Ils seront éliminés en quarts de finale par le Daring Club Motema Pembe du Zaïre, (0-0) à l’aller à Cotonou et (0-2) au retour, à Kinshasa.
Pour la Coupe d’Afrique des clubs champions dénommée la C1 et lancée depuis 1964, ce n’est qu’en 1970, qu’elle enregistrera la participation d’une équipe béninoise, en l’occurrence celle des Forces armées dahoméennes (Fad). C’étaient les tours préliminaires, face au Stationery Stores du Nigeria. Battus (3-1) à l’aller à Lagos, ils ne réussiront pas à refaire leur retard à la maison, s’inclinant cette fois-ci (3-2). Devenus entretemps Adjidja Fc des Fap du Bénin, ils seront, en 1982, le premier club béninois à passer les tours préliminaires de cette compétition. Après avoir surpris l’As Police de la Mauritanie (2-0) à Nouakchott, ils se sont contentés d’un match nul (1-1) au retour. Cela, avant de se faire éliminer en 16es de finale par le Stella d’Abidjan de la Côte d’Ivoire (1-3) aussi bien à l’aller qu’au retour. En 1984, les Dragons de l’Ouémé atteindront les 8es de finale de cette compétition. Incapables de refaire leur retard de (0-3) accusé au match aller, ils ne se contenteront que d’une courte victoire (1-0), laissant le Mas Fès du Maroc filer en quarts de finale. Aux tours préliminaires et en 16es de finale, les Orange et noir ont disposé respectivement de l’Us Ouagadougou et du Réal de Bamako.
En Coupe Caf appelée C3 jusqu’à un passé récent, il n’y a rien à se mettre sous la dent, par rapport à la participation des clubs béninois. Pour eux, l’essentiel n’aura été que de participer. Ce n’est que l’Esae Fc de Clément Adéchian et Quentin Didavi qui créera la sensation en 2020. Après la phase des tours préliminaires, elle a joué la phase de groupe. Dans l’histoire du football béninois, c’était une première.
A quand ces sursauts d’orgueil ? A défaut d’une politique sportive nationale adéquate et d’une organisation conséquente au niveau des clubs, ce ne serait pas pour bientôt. Les Buffles Fc, tout juste à la fin du championnat, ont vu la majorité de leurs joueurs, à la recherche d’un mieux-être, partir. C’est à un mois de leur compétition, qu’ils ont dû reconstituer leur effectif. Quant au Coton Fc, il a remercié la plupart des joueurs qui lui ont permis de remporter le titre de champion. Outre les cadres de l’équipe des Buffles, il a également procédé à d’autres recrutements. Mais tout cela, pour quel résultat à l’arrivée ?

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Des efforts à consentir

Toujours est-il qu’aucun football ne peut se bâtir à partir d’une génération spontanée de pratiquants. L’accent doit être mis sur le travail à la base et la formation des formateurs et encadreurs. D’où l’importance d’une direction technique nationale au vrai sens du terme avec l’homme qu’il faut à la place qui lui convient.
Ainsi, qu’est devenue la convention du football des jeunes signée par le ministre des Sports, Oswald Homéky et le président de la Fédération béninoise de football, Mathurin de Chacus, avec la Fifa, il y a quelques mois à Zurich ? Le projet a pour objectif de valoriser le football béninois en général et celui des jeunes et des femmes en particulier. Il faisait suite au passage des émissaires de l’instance du football international, en décembre 2019, puis à la visite un an plus tôt du président Gianni Infantino au Bénin, dans le cadre de la mise en place du partenariat pour le football à l’école.
Toutefois, il est réconfortant de constater que le problème relatif à l’indisponibilité des infrastructures de qualité pour s’entraîner ne se pose plus avec acuité aux clubs. Le gouvernement de « la Rupture » du président Patrice Talon y a remédié, à travers la construction ou la réhabilitation de 22 stades à travers tout le pays. C’est tout à son actif?