Elimination des fluides frigorigènes frelatés : bataille corsée en faveur de la couche d’ozone

Par Fulbert Adjimehossou,

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Les fluides frigorigènes frelatés sont toujours présents sur le marché, avec leurs risques. Et la bataille contre ces produits destructeurs de la couche d’ozone est renforcée du côté du ministère du Cadre de vie et du Développement durable (Mcvdd).
En réalité, nombreuses sont les entreprises importatrices de gaz réfrigérants qui ne respectent pas les exigences en la matière. « 36 entreprises de vente de fluides frigorigènes ont été visitées dans 13 villes. Aucune d’entre elles n’est en règle. Près de deux tonnes de fluides frigorigènes de plusieurs marques en bonbonnes comme en cannettes ont été retirées », confie Yvette Gauthé, épouse Boko, point focal national Ozone au Mcvdd.
En effet, les premiers systèmes de réfrigération ont eu recours à des fluides naturels tels que l’éther, le dioxyde de carbone et l’ammoniac, voire l’air tout simplement. Dès la fin du XIXe siècle, les scientifiques travaillent à l’utilisation de nouveaux réfrigérants. Les chlorofluorocarbones (Cfc), dont le R-12, entrent en ligne de compte, mais ne tarderont pas à révéler leur capacité à nuire à la couche d’Ozone. Les hydrochlorofluorocarbones (Hcfc) dont le R22 sont sollicités, mais se révéleront eux aussi nuisibles. Une fois dans les équipements, ces fluides frigorigènes ont un pouvoir de réchauffement très élevé. «Lorsque nous prenons un appareil frigorifique, il a trois parties : La première est mécanique, la seconde est électrique et l’autre qui est frigorifique contient les fluides. Ces fluides ont évolué de génération en génération. Lorsque nous prenons un réfrigérateur qui utilise le R134-a, le pouvoir de réchauffement est de l’ordre de 1300 alors que pour le R600-a il est de 4. Il y a une grande différence », explique Richard Affadonougbo, spécialiste des questions de froid.
Ainsi, en raison de la capacité de ces gaz à détruire la couche d’ozone et à réchauffer la planète, la communauté internationale a décidé de la réduction et de l’élimination totale de ces substances, de génération en génération. Le dernier amendement au protocole de Montréal est celui de Kigali, signé au Rwanda le15 octobre 2016. Il est entré en vigueur depuis le 1er janvier 2019. « Les études ont montré qu’en réduisant ces substances Hfc, nous réduisons de 0,4°C le réchauffement climatique », martèle Yvette Gauthé épouse Boko.

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Nuisibles, mais en vente …

Après avoir éliminé le R-12 ou le chlorofluorocarbone (Cfc), le Bénin a mis le cap sur les hydrochlorofluorocarbones (Hcfc) ou le R-22. « Pour cette deuxième génération de gaz, le Bénin est déjà à plus de 60 % de son élimination. Suivant le calendrier établi, nous allons éliminer totalement ces gaz en 2023. Nous allons élaborer le calendrier d’élimination de la troisième génération pour en finir avec les gaz nocifs de la couche d’ozone», renseigne le point focal national Ozone au Mcvdd.
Cependant, nombreux sont les tenanciers de boutiques qui passent outre la réglementation régissant l’importation, la commercialisation et la distribution des Hcfc, Hfc, et autres réfrigérants. Il est fait obligation aux entreprises de disposer d’un agrément du Mcvdd. Mais beaucoup continuent d’exercer dans l’illégalité. « Avec le ministère du Commerce, nous avons commencé une campagne conjointe de contrôle d’agrément et de sources d’importations de ces gaz. C’est toujours en cours. Si vous n’arrivez pas à justifier votre source d’approvisionnement, on vous retire les produits », précise-t-elle. Certaines entreprises procèdent même au mélange des produits achetés chez les importateurs agréés avec ceux d’autres qui ne sont pas agréés.

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En amont comme en aval

Dans cette bataille pour la préservation de la couche d’ozone, la responsabilité des frigoristes et des consommateurs est aussi engagée, à divers degrés. Parce que d’une part, au cours de la maintenance, les techniciens qui manipulent lesdits équipements sans l’outillage requis lâchent ces substances dans l’atmosphère. «Le fluide circule dans une tuyauterie. Si ces tuyauteries sont bien réalisées, en principe, on ne devrait pas avoir ces substances dans l’atmosphère. Les climatiseurs ne devraient donc pas être un danger pour l’environnement, si les normes sont respectées. Mais au fil des années, il y a de ces réfrigérants qui se retrouvent au niveau de l’atmosphère à cause des fuites », fait remarquer Richard Affadonougbo.
D’autre part, du côté des consommateurs, la course aux équipements d’occasion accentue les risques. « Non seulement ces réfrigérateurs polluent l’environnement, mais l’efficacité énergétique est moins élevée. Vous dépensez un peu moins, mais vous consommez beaucoup plus d’énergie après. Il faut aller vers des équipements modernes qui contiennent des fluides alternatifs, c’est-à-dire les hydrocarbures », souligne-t-il. Il y a lieu qu’aussi bien le consommateur que le technicien soient au même niveau d’information.
Dans le cadre de la Journée mondiale de l’Ozone, le 16 septembre 2021, le Mcvdd prévoit de former tous les acteurs de la chaîne d’acquisition des équipements de froid et de climatisation sur les nouvelles normes. C’est un pas dans un contexte de Covid-19, où la conservation des vaccins au froid et les équipements utilisés méritent une attention particulière.