Eliminer le travail des enfants via la protection sociale

Par Catherine Fiankan-Bokonga,

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Eliminer le travail des enfants via la protection socialeLe travail des enfants demeure une préoccupation majeure encore aujourd'hui

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et l’Organisation internationale du travail (Oit) viennent de publier un rapport conjoint à l’occasion de la 5e Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants organisée en ce moment en Afrique du Sud. Il conclut que les principales causes du travail des enfants pourraient diminuer si la couverture de la protection sociale était élargie. A ce jour, on compte 1,5 milliard d’enfants n’ayant accès à aucune allocation, tant familiale qu’en espèces. La pandémie de Covid-19 en cours, aggrave la situation puisqu’elle plonge tous les jours de nouvelles familles dans la pauvreté et ainsi, des millions d’enfants sont obligés de quitter l’école pour contribuer à assurer les besoins de leurs familles en travaillant.

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Rédigé par l’Unicef et l’Oit, le nouveau document présente les conclusions d’un certain nombre d’études menées depuis 2010. Ces dernières démontrent la manière dont la protection sociale réduit le travail des enfants et facilite la scolarisation, en aidant les familles à faire face aux chocs économiques ou sanitaires.

Protection sociale

Même si la protection sociale s’est améliorée ces dernières années, les progrès n’ont pas été suffisants. En 2020 et avant la pandémie, seuls 46,9 % de la population mondiale bénéficiaient effectivement d’au moins une prestation de protection sociale, tandis que la part restante, environ 4,1 milliards de personnes ne disposaient d’aucune protection. Dans le monde, 73,6 %, soit environ 1,5 milliard d’enfants âgés de 0 à 14 ans, ne reçoivent aucune prestation familiale ou allocation en espèces. Le Directeur général de l’Oit, Guy Ryder, a déclaré « qu’il existe de nombreuses raisons d’investir dans la protection sociale universelle, mais l’élimination du travail des enfants doit être l’une des plus convaincantes, étant donné son impact pernicieux sur les droits et le bien-être des enfants ».

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Travail des enfants

Plus de 160 millions d’enfants dans le monde, soit un enfant sur 10, âgés de 5 à 17 ans, sont toujours engagés dans le travail des enfants, et les progrès sont au point mort depuis 2016. Entre 2016 et 2020, le nombre absolu d’enfants astreints au travail a augmenté de plus de 8 millions, passant de 152 à 160 millions, parmi lesquels 79 millions travaillaient dans des conditions menaçant directement leur santé et leur sécurité. Début 2020, la prévalence du travail des enfants était de 21,6 % en Afrique, soit plus du double de la moyenne mondiale.
On estime que sans stratégies de mitigation, le nombre d’enfants qui travaillent pourrait augmenter de 8,9 millions d’ici à la fin de 2022, en raison de l’augmentation de la pauvreté et de la vulnérabilité.

Conséquence de la pandémie

Depuis l’apparition de la Covid-19, les pertes économiques et les chocs sanitaires subis par les ménages ont considérablement accru le risque de travail des enfants. Les fermetures d’écoles prolongées ont constitué un autre facteur de risque. Les ménages où les confinements ont provoqué une baisse des revenus du travail, ont mis leurs enfants à contribution pour s’en sortir. Les statistiques concernant l’Ouganda indiquent que la prévalence du travail des enfants est passée de 21 % à 36 % durant la crise. En Côte d’Ivoire, une étude portant sur 263 communautés a également révélé une forte augmentation du travail des enfants dans le secteur du cacao entre juillet et septembre 2020, par rapport à la même période de l’année précédente. En Égypte, des enfants ont été envoyés cultiver le coton et réaliser d’autres travaux agricoles.

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Recommandations

Les gouvernements disposent d’un éventail de politiques qu’ils peuvent déployer pour promouvoir la protection sociale. À l’échelle mondiale, les dépenses nationales consacrées à la protection sociale des enfants ne représentent que 1,1 % du Pib, tandis que les dépenses globales de protection sociale représentent 12,9 % du Pib. En Afrique, région qui compte la plus forte proportion d’enfants et qui a le plus besoin de protection sociale, l’équivalent de 0,4 % du Pib est dédié à la protection sociale des enfants. L’étude souligne que si les décideurs n’agissent pas de manière décisive, la pandémie de Covid-19, les conflits en cours, la pauvreté croissante et le changement climatique ne feront qu’accroître la prévalence du travail des enfants.
Une des recommandations formulées est d’étendre la protection sociale aux deux milliards de travailleurs de l’économie informelle ce qui aurait aussi pour effet de faciliter la transition vers un mode formel. L’Afrique, où le travail des enfants a augmenté durant la dernière période considérée, était la région qui affichait la plus forte prévalence de travail informel (85,6 %) en 2016. Les experts estiment que la mise en place d’un système intégré de prestations sociales tout au long du cycle de la vie permettrait d’obtenir un meilleur résultat.