Endométriose : Les vraies faces d’une ennemie silencieuse

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Endométriose : Les vraies faces d’une ennemie silencieuseL’endométriose, ce mal féminin méconnu

Encore ignorée de bon nombre de gens dans la société, l’endométriose est une maladie à risque pour ses victimes. Elle met en jeu la vie de la femme qui en souffre au regard de ses manifestations et conséquences.

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Elle n’est pas encore connue de tous, mais elle brise la vie de plusieurs femmes en sourdine ici et ailleurs. Les victimes de l’endométriose, les pays en comptent de plus en plus. «Dix femmes en âge de procréer sur cent, (soit près de deux cents millions) en souffrent dans le monde », révèle le professeur Justin Dénakpo, chef de la Clinique universitaire de gynécologie obstétrique de Cotonou (Cugo).
Maladie gynécologique causée par la présence de cellules de l’endomètre en dehors de l’utérus, l’endométriose touche les femmes en âge de procréer, c’est-à-dire à l’apparition effective des règles (puberté) et à leur disparition définitive (ménopause).
Le Bénin ne dispose pas encore de données fiables concernant la maladie au niveau de la population en général. Toutefois, l’endométriose est une pathologie qui est de plus en plus prise en charge dans les formations sanitaires de la place, notamment à la Cugo au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga à Cotonou.
Ses symptômes les plus courants sont les douleurs et des règles irrégulières. L’endométriose ne fait aucun cadeau à ses victimes. « La patiente est programmée pour souffrir à une période de son cycle. Lorsque la maladie évolue, les douleurs deviennent permanentes et insupportables. Sans oublier la diminution de la qualité de vie liée aux douleurs aiguës, à la fatigue, à la dépression, à l’angoisse, à la lassitude, à la faible estime de soi, et à l’infertilité. L’endométriose peut faire gonfler le ventre d’une femme pendant ses menstrues. Dans d’autres cas, elle peut créer l’insuffisance rénale », détaille prof. Justin Dénakpo.
Les douleurs sont caractéristiques de l’endométriose. Innocentia Alladagbé, présidente de l’Ong EndoEspoir, en sait beaucoup. Elle est encore la proie de cette maladie. Son émotion intacte dans la voix en cet après-midi du lundi 28 mars 2022 trahit la douleur qui la ronge au fond d’elle.
« 10 à 20 % environ des femmes en âge de procréer sont sujettes à l’endométriose. Près de la moitié de celles qui se plaignent de douleurs récurrentes dans le bas-ventre en sont des victimes. Dans cette catégorie, certaines n’auront jamais d’enfants, d’autres peuvent subir des complications pouvant conduire à la mort», révèle-t-elle.
Elle s’attarde sur le calvaire des victimes : « L’endométriose cause d’énormes douleurs. Elle affecte aussi la santé psychique de la victime qui, sans une prise en charge radicale, a parfois l’impression de perdre la raison au point d’avoir envie de se donner la mort afin d’abréger ses souffrances ».

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Douleurs pelviennes chroniques

L’endométriose se manifeste par des douleurs pelviennes chroniques. Sur la question, le professeur Justin Dénakpo développe une longue liste de notions scientifiques. Il évoque notamment des douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie profonde), des difficultés pour uriner (dysurie), la présence de sang dans les urines (hématurie).
Il y a également des signes digestifs, notamment des douleurs lors de la défécation et du sang dans les selles ou encore des saignements anormaux, des règles trop abondantes ou prolongées avec leurs corollaires comme l’anémie, la fatigue, les écoulements de sang par le nombril pendant les menstrues (l’endométriose du nombril). On note également les selles lors des menstrues, les douleurs cycliques et permanentes lors des règles (l’endométriose du rectum), l’urine trop fréquente en petite quantité avec du sang, des douleurs thoraciques exacerbées au moment des règles avec des difficultés respiratoires (endométriose pulmonaire), la dégradation des trompes, les difficultés à avoir une grossesse.
Les facteurs de risque sont énormes et prennent notamment en compte les facteurs génétiques. La maladie est transmissible de mère en fille, par les cycles menstruels, l’arrivée précoce des premières règles, l’infertilité, les anomalies de l’appareil génital, la consommation de la viande rouge, la baisse de l’immunité.
Contrairement à ces facteurs de risque, il existe quelques éléments protecteurs susceptibles de renforcer l’état de santé des victimes tels que l’allaitement maternel, la consommation de fruits et de légumes verts.
Mais au-delà de ces conseils nutritionnels, la lutte contre l’endométriose doit être acharnée pour sauver des générations. « Au-delà du nombre de personnes touchées, c’est également une maladie grave de par les douleurs qu’elle inflige aux patientes. Ces douleurs sont invalidantes chez 70 % des patientes atteintes de l’endométriose symptomatique», renseigne le chef de la Cugo.

Le sexe, une torture

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Les répercussions psychologiques et sociales ne sont pas moins considérables. « Elles sont marquées par l’absentéisme à l’école et au travail, la baisse de rendement scolaire et la baisse de productivité au travail, l’impact sur la vie sexuelle qui amène la femme à éviter les rapports sexuels », poursuit-il.
Ce que confirment des spécialistes selon qui, le sexe n’est pas toujours une partie de plaisir pour la femme souffrant de l’endométriose. Elle peut ressentir des douleurs pendant ou après les rapports sexuels. Cette situation l’amène à avoir la phobie et le dégoût des rapports sexuels.
L’endométriose peut également mettre en jeu la vie de la femme qui en souffre, notamment dans sa forme dite de l’endométriose profonde. « Ce sont aussi les règles trop abondantes et des répercussions sur la capacité de la femme à avoir une grossesse», explique le chef de la Cugo.
Dans certains cas, ces complications peuvent être redoutables. Elles peuvent toucher les poumons, le cœur, les reins et provoquer le cancer de l’ovaire. Le professeur Justin Dénakpo redoute également son caractère sournois, car elle sait dribbler. « L’endométriose sait tromper les praticiens et ces derniers aussi en ont une mauvaise connaissance », se désole-t-il.
Sauf que dans le cas d’espèce, tous les signes ne trompent pas. Certains indiquent bien des pistes. Les douleurs atroces pendant les menstrues en sont une. Pour le chef de la Cugo, ces douleurs peuvent évoquer une pathologie concernant l’endométriose. Dans ce cas, elles sont vives, intenses.
« Ces douleurs peuvent être progressives ou s’aggraver dans le temps au fur et à mesure que la maladie évolue. Elles peuvent devenir permanentes et s’aggraver par les changements de position. Elles sont plurielles »,
soutient le professeur Justin Dénakpo qui dévoile que les autres formes de la maladie sont l’endométriose cutanée, l’endométriose cardiaque, l’endométriose des yeux….
Une lueur d’espoir apparaît tout de même au bout du traitement. Aussi redoutable qu’elle soit, l’endométriose n’entraîne pas systématiquement la mort. « Les lésions de la maladie se propagent comme les métastases d’un cancer. L’endométriose est donc douloureuse comme un cancer dont on ne meurt heureusement pas », rassure-t-il.

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Traitement difficile

Pour autant, son traitement n’est pas aisé. C’est une maladie difficile à traiter. « Le vrai traitement, c’est la suppression des ovaires. Ce sont les ovaires qui alimentent la maladie, et il faut castrer la victime. Mais c’est souvent difficile lorsqu’elle n’as pas encore connu la maternité », avertit-il.
Dans ces conditions, interviennent la prise de médicaments, le soutien psychologique, les traitements chirurgicaux dont le type d’intervention de la chirurgie est fonction de la localisation de la maladie.
Innocentia Alladagbé, prési-dente de l’Ong EndoEspoir, en sait beaucoup du traitement. Selon elle, le palliatif définitif à ces douleurs réside dans la décision la plus difficile que puisse prendre une femme, surtout quand elle n’a pas encore connu la joie de la maternité. Cette solution, « c’est de créer la ménopause de façon artificielle et anticipée, soit par des moyens médicamenteux, soit plus radicalement, en supprimant les ovaires à l’occasion d’une opération chirurgicale », explique-t-elle.
A ces traitements, le professeur Justin Dénakpo ajoute la coopération médicale assistée pour améliorer la fertilité, la médecine alternative et la médecine traditionnelle. Des traitements hormonaux. Il s’agit de mettre les ovaires au repos afin qu’ils cessent d’alimenter la maladie.
L’utilisation des antidouleurs compte aussi pour soulager les patientes. Ces médicaments sont utilisés par paliers. « Le palier 1 est utilisé pour les formes modérées de la maladie. Lorsque la maladie s’installe correctement, il existe des antidouleurs des paliers 2 et 3. Le palier 3 est utilisé pour traiter les douleurs liées au cancer, indique le chef de la Cugo.
Prise de médicaments et divers traitements médicaux pour soulager les douleurs certes, mais l’endométriose n’a pas non plus pour vocation de s’éterniser dans la vie des victimes.
Selon certains spécialistes, ses symptômes devraient cesser à l’arrêt des règles, donc à la ménopause, car les douleurs proviennent de la desquamation de l’endomètre. Ce soulagement est observé chez la majorité des femmes lors de la ménopause qui s’accompagne d’une disparition progressive des symptômes. Un soulagement définitif au bout de plusieurs années de tortures. La prévention vaut donc la peine.