Energies renouvelables : du charbon avec des coques de cajou 

Par Fulbert Adjimehossou,

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Energies RenouvelablesLa Nouvelle Tribune

Des alternatives au charbon de bois, c’est ce qui manque le moins. Ingénieure des travaux en énergies renouvelables et systèmes énergétiques, Gisèle Abah a plus d’un tour dans son sac. La jeune chercheure mise sur la valorisation des coques de noix d’anacarde pour produire des briquettes de charbon. «L’innovation consiste à transformer les déchets organiques issus du secteur agricole et d’agro-transformation du Bénin en des briquettes de charbon.
L’idée est née du fait que les effets du changement climatique se font ressentir avec pour cause l’exploitation et l’utilisation des ressources fossiles, la déforestation », explique-t-elle.  En effet, au Bénin, selon les estimations,  la consommation de charbon de bois est de 0,19 kg par habitant par jour en milieu rural et 0,35 kg par habitant par jour en milieu urbain. Le charbon de bois est un résidu obtenu à la suite d’une conversion du bois après carbonisation. Mais les meules utilisées sont prédatrices des ressources du fait de leurs faibles rendements de carbonisation. Cela provoque une surexploitation des ressources forestières ligneuses.
L’une des alternatives trouvées est donc le charbon vert. Le processus consiste à récupérer des résidus agricoles ou de la biomasse renouvelable qu’on ne peut pas valoriser autrement et à les transformer en briquettes, utilisables de la même manière que le charbon de bois. Le mécanisme prend en compte la carbonisation des végétaux en continu et la pyrolyse, une technique écologique de production de combustible qui permet de valoriser les sous-produits végétaux.

Réduire le déboisement

Et pour la transformation des coques de noix d’anacarde en charbon vert, il a été question d’extraire le baume et de sécher les coques de noix d’anacarde. La carbonisation des coques à 500°C a été aussi réalisée pour la fabrication des briquettes à différentes pressions. « Ces briquettes sont obtenues grâce à un processus de pyrolyse, de broyage et de compactage. Elles ont un pouvoir calorifique élevé avec une meilleure pression de compactage.
Elles dégagent moins de fumée et n’émettent pas d’étincelles lors de leur combustion », confie Gisèle Abah, lauréate du prix de la meilleure innovation scientifique et technologique de l’Uac en 2019. Le résultat est que même après deux heures de cuisson, ce charbon est presque intact. La militante écolo, la cofondatrice de Clean Energy for Africa, y voit une opportunité de réduire les pressions sur les ressources forestières. «La valorisation de ces déchets organiques permettra de résoudre dans un premier temps la pollution environnementale due à leur abandon dans la nature et ensuite la réduction de la pression exercée sur les ressources forestières», martèle-t-elle. Le prochain défi est de rendre accessible cette solution aux populations et aider à créer d’emplois.
«Nous travaillons à produire en grande quantité ce charbon et le rendre accessible à grande échelle aux communautés». Le charbon vert, ardent, rigide et non friable, porte des bénéfices démontrés par des études dans la sous-région. C’est une piste à exploiter, comme tant d’autres, dans un pays où plus de 190.000 tonnes de cajou sont produites pour la campagne 2021-2022.

L’Inrab aussi y a pensé ! 

L’Institut national de recherches agricoles du Bénin (Inrab) a aussi mené des travaux dans ce sens. Il a même produit en 2016 une fiche technique sur la technologie de production de briquettes combustibles à base de coques de cajou après l’extraction du baume. La durée de carbonisation est d’environ quatre jours. Le tourteau carbonisé de coques de noix de cajou ainsi obtenu est séché au soleil pendant une journée puis pesé avant d’être moulu à l’aide du moulin à meules. Il faut passer ensuite au briquetage.
« Par cette technologie, deux lots de briquettes sont produits, le premier à basse pression à l’aide de la presse manuelle à levier avec 95 % de charbon de coques de noix de cajou et 5 % d’amidon de manioc comme liant et le second avec l’extrudeuse motorisée à 4 % d’amidon », renseigne la fiche. Ces briquettes, du point de vue énergétique, sont comparables au charbon de bois dont la production est source de déforestation et de dégradation de l’environnement.
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