Enfants accusés de sorcellerie au Bénin: Des signaux préoccupants

Par Fulbert Adjimehossou,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Enfants accusés de sorcellerie au Bénin: Des signaux préoccupants


Des doigts accusateurs de sorcellerie, il y en a de plus en plus pointés sur les enfants. La menace a évolué, ciblant non plus seulement les personnes ayant pris un coup de vieillesse, mais aussi les plus petits. A la suite de l’enquête réalisée à ce sujet dans neuf communes du Bénin, l’Observatoire de la Famille, de la Femme et de l’Enfant (Offe) voit venir de loin des signaux inquiétants.
«?C’est une situation très préoccupante. Le rapport l’a démontré à suffisance. Il y a quelques années, la sorcellerie ne concernait pas les enfants, du point de vue des sachants que nous avons eus dans le cadre de l’enquête. Avec le temps, la dimension enfantine a commencé à être développée à travers des aspects d’accusation qui prennent de plus en plus d’ampleur dans les régions investiguées?», s’émeut Nassirou Kassoumou, directeur général de l’Offe.

En effet, créé par décret 2013-454 du 8 octobre 2013, l’Offe est un office à caractère scientifique et social qui œuvre entre autres pour la conduite des études sur les phénomènes sociaux. Et pour le compte de cette enquête, il n’a pas été question de dénombrer le nombre d’enfants accusés de sorcellerie au Bénin. Cette étude qui a couvert principalement Allada, Abomey, Cotonou, Dogbo, Sô-Ava, Kétou, N’Dali, Pérèrè et Kérou a plutôt identifié les déterminants et analysé les causes, les manifestations et les conséquences des accusations de sorcellerie contre les enfants. En revanche, la proportion d’enfants accusés pris en charge par les structures de protection a été déterminée. Il en est de même du profil sociodémographique de leurs familles.

LIRE AUSSI:  Les techniques de vente

De la peur à l’accusation

Beaucoup d’enfants souffrent dans l’ombre du fait de cette accusation. L’enquête a révélé que les familles ne déclarent pas les enfants concernés. Ceux qui parviennent à être pris en charge par les structures d’accueil sont à 55 % dans la tranche d’âge de 10-15 ans. 25 % d’entre eux ont moins de 10 ans. 60 % sont des filles. Aussi, 70 % de ces enfants accusés de sorcellerie sont de religion chrétienne. 45 % d’entre eux ont un niveau d’instruction primaire, 30 % ont atteint le premier cycle de l’enseignement secondaire. En ce qui concerne les motifs d’accusation, ils sont liés aux cauchemars que font les membres de la famille, aux cris des enfants pendant la nuit et à la détention par ces enfants de certains objets ou êtres vivants tels que des margouillats, serpents.
«?L’étude a fait ressortir que la plupart sont en réalité des enfants qui ont des comportements paranormaux, des troubles de comportements et des problèmes psychiques. Sur dix enfants accusés de sorcellerie, vous avez au moins huit à neuf dont, lorsqu’on les prend cliniquement en charge, on peut expliquer scientifiquement ce qui leur arrive. Ce sont des enfants sur qui pèse le poids de beaucoup de problèmes psychiques et psychologiques?», rapporte Nassirou Kassoumou.
Les effets induits par cette accusation sont énormes, et accentuent la vulnérabilité des enfants. «?Cette accusation entraine un rejet systématique de la communauté, de leurs propres familles, et même de la part des structures qui sont appelées à les protéger. Nous avons constaté que la plupart de ces enfants sont victimes de violences physiques et psychologiques ainsi que d’autres types d’abus?», déplore le directeur général de l’Offe.

LIRE AUSSI:  Construction de 21 stades communaux: Le gouvernement donne un coup d’accélérateur au projet

Possibilité de poursuites

Ce sont des traitements qui sont passibles de poursuites. Et il n’est pas exclu de les enregistrer au sein même des centres de prise en charge. L’étude a d’ailleurs passé au peigne fin l’efficacité des interventions en cours pour assurer la prise en charge et la réintégration des enfants accusés de sorcellerie. «?Même lorsque par crainte, les structures refusent de prendre en charge l’enfant et qu’il advenait qu’il ait de séquelles graves, on peut être poursuivi?», avertit-il.
Le document recommande surtout la conception et la mise à disposition de modèle ou de protocole d’intervention face à ce phénomène. Un accent a été mis sur la nécessité d’impliquer dans les comités communaux un médecin, un anthropologue spécialiste des religions, un psychologue clinicien, un dignitaire, un chrétien (prêtre, pasteur évangéliste exorciste) et un imam.
Ce phénomène vient se greffer à un autre déjà préoccupant : celui des «?enfants dits sorciers?» qui du fait de malformations ou des circonstances de naissance se retrouvent menacés, même de mort, dès la naissance.