Enfants déficients intellectuels : autrefois bannis, ils entrent à l’Ecole

Par Joel TOKPONOU,

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Les enfants déficients intellectuels commencent à avoir accès aux écoles auparavant réservées aux personnes non handicapées. Un premier pas vers l’Ecole pour tous.

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Leur handicap ne leur ferme plus les portes de l’Ecole. Dans les classes de cette école primaire privée installée à Akpakpa dans la commune de Cotonou, difficile, voire impossible de distinguer les enfants porteurs de handicap intellectuel et ceux qui jouissent de toutes leurs facultés. Tous sont logés à la même enseigne : même classe, même instituteur, mêmes tables-bancs, et mêmes outils de travail. Le droit à la scolarisation des enfants déficients mentaux est ainsi respecté conformément à la législation en vigueur.
« Cela fait une trentaine d’années que nous nous efforçons à ce devoir de recevoir les enfants porteurs de tout type de handicap y compris intellectuel car nous pensons qu’à l’instar des autres, ils ont aussi droit à l’éducation », explique Rosine Ahlonsou Sogbossi, la fondée directrice de l’établissement, ancienne enseignante dans les lycées. Pour la prise en charge de ces enfants handicapés, un psychologue clinicien et un psychopédagogue sont recrutés par l’école.
Dans cet établissement d’une capacité d’environ 200 élèves, trente places sont réservées aux enfants porteurs de handicap. Parmi eux, plus du tiers souffre de déficience intellectuelle. «Il faut reconnaître que nous dépassons souvent ce quota compte tenu des sollicitations », explique-t-elle. C’est le cas de l’année scolaire 2020 – 2021 où le nombre d’enfants porteurs de handicap étaient de trente-neuf.

A chacun son éducation !

Dans cette école inclusive, tous les enfants handicapés ne sont pas dans le circuit scolaire classique. « Tous nos enfants handicapés ne sont pas scolaires. Certains handicapés ne parleront peut-être pas. D’autres ne sauront peut-être jamais lire et écrire, du fait de leurs déficiences intellectuelles. Mais ils sont tous pris en charge», indique la fondée. Selon elle, «la socialisation est très importante, tout comme la discipline qui est enseignée à l’enfant malgré son handicap. Il peut aussi parvenir à faire de petits travaux et à se prendre en charge. C’est déjà bien pour lui de vivre avec les autres enfants et de ne pas se sentir rejeté par la société », fait remarquer Rosine Ahlonsou Sogbossi qui s’est engagée depuis une trentaine d’années à se mettre au service de l’inclusion scolaire des enfants handicapés. Et elle peut se réjouir de son succès. « Nous avons accueilli dans l’école un enfant à 20 mois souffrant d’une Infirmité motrice cérébrale (Imc). Il s’agit de ces enfants qui ne crient pas à leur naissance et subissent des altérations des neurones. Aujourd’hui, il est titulaire d’un master en Fiscalité. Si au départ, les parents avaient eu honte et l’avaient caché à la maison, il n’aurait pas eu ce destin », illustre la fondatrice de l’école.

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Un encadrement spécifique !

Pour la mise en œuvre de l’inclusion dans le système éducatif, Jeannot Odjo, psychologue clinicien, s’emploie à appliquer des thérapies, selon les besoins de chaque enfant. « Nous aidons les enfants à s’épanouir de manière générale. Le travail de psychologue devient davantage nécessaire avec les enfants déficients intellectuels». Dans son travail, le spécialiste de la santé mentale intervient sur plusieurs aspects. « Il est question de travailler sur l’environnement qui accueille l’enfant, puis sur l’enfant, surtout au moment où il commence par se rendre compte de ses déficiences ou de ses différences avec les autres», renseigne-t-il. Le psychologue mène avec les apprenants aussi bien des séances individuelles que celles de groupes.
Emile Gbessinon, psychopédagogue, est dans un rôle complémentaire. Il intervient sur l’enfant déficient mais aussi sur les enseignants afin que ces derniers adoptent des pratiques pédagogiques adaptées aux différents types de déficience. « Nous travaillons à recycler les enseignants, nouveaux et anciens, pour qu’ils aient des stratégies pédagogiques adaptées à chaque déficience. Nous avons des enfants souffrant de déficience intellectuelle, de trisomie 21, d’autisme, ». Et ce n’est pas fini ! « A chacun, nous faisons des rééducations cognitives de base selon des techniques adaptées et développons chez eux l’intelligence, le raisonnement, la logique, la maîtrise et l’utilisation de leurs corps dans le temps et dans l’espace », souligne le psychopédagogue. Ce faisant, un aspect de « l’école pour tous » devient réalité.

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Une exception

Cette école inclusive est l’une des rares à opérer sur tout le territoire national. Certaines sources informent qu’il pourrait en avoir au plus une dizaine dans tout le pays. Mais en général, les écoles, qu’elles soient publiques ou privées, n’acceptent pas les enfants déficients mentaux. Pourtant, l’article 31 de la loi n° 2017- 06 du 29 septembre 2017 portant protection et promotion des droits des personnes handicapées en République du Bénin stipule qu’« aucun établissement scolaire ne peut refuser son accès à une personne handicapée du fait de son handicap ». Mieux, cette législation impose aux gouvernants d’accorder une attention particulière à cette couche. « L’Etat garantit le droit à l’éducation, à l’enseignement et à la formation aux personnes handicapées. L’éducation est gratuite et inclusive en milieu ordinaire pour les enfants et adolescents handicapés dans les établissements scolaires publics », précise l’article 30. De même, l’Etat doit prendre des « mesures appropriées en vue d’éliminer les comportements discriminatoires à l’égard des personnes handicapées…», exige la loi.

L’Ecole pour tous

Selon le Rapport mondial 2020 de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture sur le suivi de l’éducation intitulé «Education et inclusion : tous, sans exception », « faire de l’éducation un droit universel et une réalité pour tous est aujourd’hui plus crucial que jamais ». « Même avant le Covid-19, l’exclusion totale de l’éducation touchait un enfant, adolescent ou jeune, sur cinq. Des millions d’autres sont marginalisés au sein même de leur salle de classe à cause de la stigmatisation, des stéréotypes et de la discrimination », révèle le rapport avant de conclure : «pour être à la hauteur des défis de notre époque, une évolution vers une éducation plus inclusive n’est pas négociable : il n’est pas envisageable de ne rien faire ».
La déficience intellectuelle ne doit pas être un blocage à la scolarisation de l’enfant. Le psychologue Gilles Aïzan, chercheur au Centre de recherche en psychanalyse, médecine et société à Paris en France, est ferme à ce sujet. Le président de l’association Autisme – Bénin avoue avoir déjà eu un enseignant autiste dans son cycle doctoral. « Il y a des enfants autistes qui fréquentent jusqu’à l’université et travaillent très bien», témoigne-t-il. Mieux, à son avis, la scolarisation de l’enfant ayant certains troubles mentaux notamment le Trouble du spectre autiste (Tsa) contribue à son épanouissement. «Pour que la cohabitation avec les enfants non handicapés aide ceux qui souffrent de Trouble du spectre autiste, il faudra adapter le groupe à l’enfant et instaurer la ritualisation quotidienne de gestes et attitudes qui l’aident à se donner des repères sensoriels et psychiques», conseille-t-il.
Responsable à l’information et à la communication du Réseau des associations de personnes handicapées du Littoral (Raphal), Marcel Candide Hinvy soutient que « les enfants Handicapés intellectuels peuvent fréquenter avec les enfants non handicapés. Il faut une éducation inclusive et mettre les enfants dans les mêmes conditions ». Pour que son souhait se réalise dans tous les établissements, il propose une réorganisation du système éducatif dans son entièreté et l’instauration de l’éducation inclusive. Dans cette dynamique, la formation et la sensibilisation des enseignants sont indispensables, selon lui. Il s’impose également de revoir les programmes et manuels scolaires.