Entre aggiornamento et grosse bêtise

Par Paul AMOUSSOU,

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 Aussi gros que pourrait paraître ce terme, il exprime quelque chose de formidablement simple en soi, qui renvoie par extension à un examen de conscience, à marquer un arrêt, à opérer un check-up intellectuel, pour mieux s’adapter aux réalités de son temps : aggiornamento.

A sa façon et en d’autres termes, le président Patrice Talon, en réponse aux vœux formés par les institutions de la République à son endroit en début de cette année, a exhorté au même exercice lorsqu’il parle d’« assurer la réforme intellectuelle » dont il partage du reste «justement…la nécessité » avec les présidents des institutions de la République. Cela reste plus que jamais d’actualité, qu’on qualifie cette réforme plus qu’indispensable, « d’intellectuelle »  à l’instar du chef de l’Etat, ou d’examen de conscience.

 En marche…

Cet aggiornamento, en effet, est un exercice primordial sans lequel on ne peut saisir la dynamique que tend à impulser le régime du Nouveau départ au Bénin, et doit être largement partagé par les Béninois, car autrement les réformes, indispensables sans lesquelles ce serait « comme organiser un suicide collectif », dixit le président Talon, demeureraient incomprises et combattues à tort, y compris de bonne foi !

 De fait, aidés en cela par une élite qui manipule l’opinion pour ses intérêts inavouables et l’intoxication qui a pris une dimension incommensurable ces temps-ci, les brefs de comptoir colportés via les réseaux sociaux passant pour vérités bibliques, un certain conservatisme semble l’emporter chez certains Béninois, les esprits ayant été habitués à d’autres paradigmes, y compris à certaines pratiques non orthodoxes qui, à force de s’y confronter, paraissent être la norme, non pas des pratiques à proscrire, mais le principe ; non pas la chose à vouer aux gémonies, mais à promouvoir…Tel est le paradoxe que vit le Bénin où un contrevenant aux lois peut être plaint voire pleuré, au motif qu’il est fortuné, qu’il est une illustre personnalité ! Comme si être notoirement connu est en soi un gage de vertu, d’irréprochabilité ; comme si avoir un compte bancaire blindé est synonyme d’immunité à toute épreuve.

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  Pour un Nouveau départ

Etat paradoxal duquel il faudra bien sortir, pour pouvoir aller de l’avant. Le développement du pays en dépend du reste. D’où la Rupture, qui, plus qu’un leitmotiv, est une invite pour chacun à se débarrasser de ses oripeaux. Cela relève d’une certaine pédagogie de le rappeler, car il faut le savoir et s’y résoudre pour mieux percer l’action du gouvernement actuel. Rompre avec le péché, ce après quoi, il faut prendre un…Nouveau départ. Le Christ a parlé de naître de nouveau. Et, a martelé Patrice Talon, dans la même perspective, « C’est bien d’une réforme intellectuelle qu’il s’agit pour assurer le développement du Bénin », non sans insister que « Ces choix difficiles sont en effet nécessaires au redressement de notre Nation ». Endossant, ipso facto, «…des réformes structurelles initiées et adoptées par l’Assemblée nationale, notamment en ce qui concerne récemment le statut de la Fonction publique ».

Vous avez dit président courage ? On ne peut mieux, car c’est un Patrice Talon droit dans ses bottes, qui a présenté l’état de la nation en décembre dernier, et qui, à chaque fois qu’il en a l’occasion, réitère sa détermination à ne pas différer les réformes, « aussi difficiles soient elles », assume-t-il, des réformes que ses prédécesseurs ont laissées au ras des pâquerettes, en option préjudiciable à l’avancée du pays.  

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 Changer de disque

Cependant, la contestation se fait insistante, et la grogne pressante, sous la conduite d’une opposition appuyée par des syndicalistes qui font chorus pour des réclamations qui méritent qu’on s’y attarde quelque peu. Il s’agit, bien souvent, d’une antienne en lien avec ce que ceux-ci appellent « remise en cause des libertés publiques » alors même que nombre d’opposants s’expriment librement au point parfois de frôler l’outrecuidance envers le chef de l’Etat, « privatisation des entreprises d’Etat», « pillage de l’économie par un petit clan », « paupérisation des masses »…Il suffit de marquer le temps de la réflexion et de la prospection, pour se rendre à l’évidence de ce que ces accusations manquent de réels fondements. Pour ne citer que ce cas, affermage n’étant pas synonyme de privatisation, encore moins dans un pays où il existe une loi sur la dénationalisation et où la privatisation n’est pas un processus facile, ni simple…On reproche, se prenant au sérieux à ce propos !, au pouvoir même « sa majorité à l’Assemblée nationale», au prétexte que des députés lui seraient « acquis », voire « inféodés », comme si c’était une ignominie pour un gouvernement d’avoir une majorité  au Parlement ! Non pas que le régime actuel soit exempt de tout reproche, mais à bien des égards et trop souvent, il est victime de procès en sorcellerie.

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 Il faut croire, que rayé, le disque, de certains acteurs sociopolitiques, ne soit comme qui dirait condamné à jouer la même musique, de façon lancinante, de sorte que pétrifiés dans l’espace-temps, ils servent d’un régime à un autre le même discours sans se recycler, refusant machinalement de changer d’items, de s’adapter aux nouvelles dynamiques qui se présentent à eux, et auxquels ils résistent à leur corps défendant, leur opposant un déni de la réalité qu’ils tiennent mordicus à amalgamer avec des perceptions, les leurs bien sûr !, surannées. C’est rendre service aux intéressés, et par extension au pays, que de le souligner.  Car le monde change, et il faut changer le Bénin…, dixit Adrien Houngbédji in Il n’y a de richesse que d’hommes. Spécifiant déjà en 2006 que « De tels changements requièrent une aptitude à de fortes remises en cause…Parce qu’ils sont à la croisée des chemins, les femmes et les hommes d‘Afrique peuvent, s’ils le veulent, rompre avec la fatalité. Ils peuvent bâtir des communautés aptes à l’épanouissement de tous. Le temps des Terres promises est devant nous… », indique-t-il, justifiant hier comme aujourd’hui la nécessité de changer de paradigmes. Changement auquel résiste aujourd’hui bien des adeptes au conservatisme de mauvais aloi.

 L’autre se  targue d’être un BBC (born before computer, né avant l’ordinateur) pour signifier son refus de la modernité, le Bénin tient aussi, à travers certains de ses acteurs sociopolitiques, une espèce du même acabit, celle des Résistants résolus aux réformes ! Autant dire une grosse bêtise en soi.