Entretien avec Franck Kinnivo, expert en gouvernance locale : « La décentralisation est le meilleur système de développement »

Par COMLAN ERIC,

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Franck kinivo

Entre déconcentration et décentralisation, le choix de Franck Kinnivo, expert en gouvernance locale, est clair. La décentralisation est la meilleure option. Dans cet entretien, il fait l’historique des expériences en matière de décentralisation et précise les avantages de ce mode de gouvernance.

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La Nation : Depuis mars 2003, le Bénin a opté pour la décentralisation. Est-ce la première fois que le pays fait une pareille expérience depuis son indépendance ?

Franck Kinnivo : Le Bénin, après l’indépendance, a connu des expériences de décentralisation avant 2003. Mais la différence de l’expérience actuelle avec celles antérieures, c’est que par le passé tout le territoire national n’était pas couvert par la décentralisation. Il y a aussi l’expérience de la période révolutionnaire qui n’était pas une vraie décentralisation. Donc c’est véritablement en 2003 que le Bénin a pu expérimenter une décentralisation démocratique qui couvre l’ensemble du territoire et qui crée une gestion des collectivités territoriales par des organes élus. C’est dans cette expérience que les communes ont beaucoup de compétences, des budgets propres, des ressources propres et une autonomie financière et de gestion.

Quelles étaient les insuffisances relevées dans la gouvernance avec les sous-préfectures pour que l’option de la décentralisation soit faite ?

La gouvernance des sous-préfectures et des circonscriptions urbaines n’était pas une vraie décentralisation. C’était ce qu’on appelle la déconcentration qui est un mécanisme permettant à l’Etat central de se faire représenter à l’intérieur du pays. Elle est marquée par des entités appelées circonscriptions administratives qui avaient à leur tête des autorités nommées. Ces dernières étaient dans une relation de subordination avec le pouvoir central qui pouvait les nommer et mettre fin à leurs fonctions, comme bon lui semble. Les compétences de ces circonscriptions administratives étaient une sorte de prolongation du pouvoir exécutif de l’Etat. C’étaient des administrateurs qui géraient au nom de l’Etat une portion du territoire.
Les reproches faits à ces circonscriptions administratives, c’était d’abord le fait que les décisions étaient prises par l’Etat central et répercutées sur les préfets qui, à leur tour, les répercutaient sur les sous-préfets et les chefs de circonscriptions urbaines. De ce fait, les communautés ne pouvaient pas faire valoir leurs points de vue.
Le deuxième reproche, c’est qu’il est impossible de rester à Cotonou pour décider pour des arrondissements à Bohicon, Banikoara, Natitingou, etc. On ne peut cerner de loin les enjeux de développement de ces communautés. C’est prouvé que cette approche ne marche pas. Le développement ne peut partir que de la base. L’Allemagne, la Suisse et autres sont de grands exemples de décentralisation.

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Alors, quels sont les avantages réels de la décentralisation ?

De la même manière que nous rejetons les modèles de développement imposés de l’extérieur, c’est de cette même manière qu’à l’intérieur d’un Etat, il est difficile que le pouvoir central décide avec succès et efficacité de comment telle ou telle localité peut se développer.
Avec la décentralisation, on crée des entités autonomes et complémentaires au pouvoir central. Elles disposent de la légitimité d’élection. Il y a un organe qui délibère au nom des populations. Le système de la décentralisation est organisé autour d’un certain nombre de compétences de proximité notamment la gestion des équipements marchands, des pistes rurales, de certaines catégories de voies urbaines, de l’économie locale, des questions de voirie et d’approvisionnement en eau, etc.
Les mécanismes de la décentralisation permettent réellement de faciliter le développement de chaque localité. Et si toutes les localités sont développées, l’Etat l’est. Mais ce travail se fait dans le respect des orientations nationales.
Ces mécanismes permettent la participation réelle des citoyens afin que leurs aspirations soient prises en compte.
Les avantages, c’est qu’en faisant travailler les conseils de quartier, de village, d’arrondissement et communal, on permet au citoyen de faire l’apprentissage de la démocratie depuis la base, du respect du bien public, de la gestion de la cité, le civisme fiscal, etc.
Les inconvénients viennent de la faiblesse de l’encadrement des hommes ; sinon la décentralisation n’a que des avantages.
La décentralisation est le meilleur système de développement parce qu’elle permet de mettre en synergie toutes les forces vives de la commune dans une dynamique qui permet de faire avancer la localité. Elle permet de forger la citoyenneté.

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