Entretien avec Kalala Omotundé, historien et panafricaniste :« Pour la renaissance de l’Afrique, il faut une reconquête économique… »

Par Joel TOKPONOU,

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Kalala Omotundé, le Guadeloupéen panafricaniste

Son discours est révolutionnaire. Kalala Omotundé est engagé à apporter une forte contribution à la renaissance africaine. Dans cet entretien réalisé à la fin de sa conférence publique à l’Université d’Abomey-Calavi, la semaine écoulée, le Guadeloupéen expose les contours de cette renaissance africaine qu’il prône.

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La Nation : Vous êtes un militant de la renaissance de l’Afrique. Comment cela sera-t-il possible aujourd’hui ?

Kalala Omotundé : Pour la renaissance de l’Afrique, il faut une reconquête économique (…) Les boissons dans les magasins sont pratiquement à 99 % importées. Au même moment, les jeunes sont là, oisifs. Ils doivent pouvoir fabriquer leurs propres boissons. Il faut faire des jus de plantes par exemple et arrêter de penser aux jus de fruits parce que ces plantations sont trop colossales. Avec les jus de feuilles, les jus de plantes, on peut faire baisser l’importation des jus. Il y a beaucoup d’autres jus qu’on peut inventer. Les jeunes peuvent le faire. On n’a pas besoin de grands espaces pour faire une boisson à base de plantes. Ce sont des choses simples mais très importantes.
Dans l’élan de la renaissance, il ne faut pas oublier que la matrice humaine de la connaissance est africaine. On vous dit : « Oui, on a inventé la semaine de dix jours mais la semaine de sept jours, ce n’est pas vous ». Je vous ai démontré que la semaine de sept jours est arrimée aux sept planètes, qui sont arrimées aux sept notes de musique. Parce que l’Africain, quand il a découvert cela, il a découvert un ensemble de choses. C’est cela qu’on appelle le génie africain et que les gens célèbrent dans notre dos.
La situation est ainsi parce que Dieu a donné aux Africains toutes les richesses de la planète. Les autres n’ont que des miettes. Et quand ils sont parmi nous, c’est pour nous braquer, nous raconter des sornettes. Dieu ne serait pas bon avec nous qu’on aurait des divinités du diable.
Le gars sort avec son église, il vient te dire « tout ce que tu fais ce n’est pas bien », mais l’élévation que tu as chez toi, il ne l’a pas chez lui. S’il est chez toi, c’est parce qu’il n’a pas ce génie et il est venu prendre ce que Dieu ne lui a pas donné. Dieu n’est pas bon avec tout le monde.

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Quelle est votre fierté à parcourir tous les pays pour porter le message de la domination africaine?

Le peuple est ingénieux au sol. Mais on lui a donné une lunette qui ne lui permet pas de voir clair. Il faut déjà voir clair en soi avant de voir clair. Quand tu vois plus clair en toi, c’est fini. Donc la relève de l’Afrique passe par la relève des individus. N’oubliez pas que dans le dos, il y a la colonne vertébrale. La colonne vertébrale, ce n’est pas seulement pour tenir le corps ; il y a une colonne vertébrale pour tenir le mental aussi. Si on n’a pas de colonne vertébrale mentale, on ne sera jamais debout. On sera toujours manipulable et manipulé par l’extérieur.

Pour un Guadeloupéen, votre nom paraît paradoxal. Parlez-nous-en !

« Omotundé » simplement parce qu’à 14 ans, j’ai demandé à mes enseignants quand est-ce qu’ils vont nous permettre d’apprendre l’histoire de l’Afrique. Arrivé au Bac, j’ai vu qu’il n’y avait pas de projet d’apprentissage, rien sur l’Afrique. Et quand je suis parti faire mes études, je suis allé voir un vieux, et je lui ai demandé comment on appelle chez lui un jeune homme parti loin de ses ancêtres, et qui a dit : « Laissez-moi tranquille, je reviens vers mes ancêtres » ? Il m’a répondu: « Dans ma langue yoruba, cela se dit ‘’Omotundé’’».
Après, le mouvement éthiopien a dit que quand les choses vont mal, il y a un individu auquel le roi fait appel pour expertiser le problème et trouver une solution. Cet individu s’appelle le
« Kalala»: « Tu es le Kalala du peuple noir ». D’où Omotundé Kalala?