Entretien avec l’ancien ministre sénégalais Youssou N’Dour: « Le leadership du président Talon a complètement changé la donne au Bénin »

Par Josué F. MEHOUENOU,

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De passage à Cotonou où il s’est montré très admiratif des changements et avancées que le Bénin connaît, l’ancien ministre sénégalais et artiste de renommée internationale Youssou N’Dour s’est prononcé sur les projets culturels et touristiques du pays et la partition qui sera la sienne.

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La Nation : Vous parliez dès votre arrivée à Cotonou de changements importants. Qu’est ce qui a changé dans cette ville ?

Youssou N’Dour : Ce sont d’abord les infrastructures et en même temps beaucoup d’autres choses. Cela fait dix ans que je ne suis pas venu, mais j’ai observé que la ville est en train d’être transformée, ainsi que le pays et je crois que c’est l’arrivée du président Patrice Talon avec son leadership qui a complètement changé la donne.

En tant qu’ancien ministre du secteur, comment se porte, selon-vous, le secteur des arts et de la culture en général en Afrique?

Le secteur des arts et de la culture se porte bien dans chaque pays. Ce qui est dommage c’est qu’il n’y a pas une harmonisation des politiques culturelles parce que si au Bénin, il y a une politique qui n’est pas en phase avec le voisin togolais, sur les droits d’auteurs on a des problèmes. Je pense qu’on gagnerait à harmoniser les politiques culturelles, à harmoniser les lois pour protéger les créateurs, à faire des politiques qui soient synergiques par rapport à la culture parce que cela nous manque. Vous allez au Libéria par exemple, les lois de ce pays ne sont pas conformes à celles du Bénin, de la Mauritanie ou du Sénégal, c’est le même constat. Donc il y a lieu aujourd’hui, autour de nos organisations comme la Cedeao, l’Union africaine, d’harmoniser les politiques culturelles. Si on y parvient, ce sera plus facile pour nous.

Le Bénin fait du tourisme un pilier fort de son développement. Qu’en pense l’ancien ministre du Tourisme du
Sénégal ?

C’est une très bonne idée. Déjà, la destination, elle est lancée mais pour cela, il faut des éléments. Les gens ne viennent pas juste comme ça pour occuper vos chambres d’hôtels. On vient pour un évènement et après on loue une chambre. Je pense que c’est très bien vu, il y a des évènements qui se préparent, des évènements qui attirent, des histoires qu’on remet sur la scène et c’est cela qui va davantage attirer les touristes avant qu’ils ne viennent fréquenter les hôtels. C’est dans ce cadre-là d’ailleurs que j’ai rencontré le chef de l’Etat béninois et nous avons échangé. Je l’ai encouragé pour tout ce qu’il entreprend dans le secteur et je suis prêt à accompagner le pays sur ses projets relatifs à la culture pour attirer assez de gens vers la destination Bénin.

Qu’est-ce que vous suggérez au regard de la vision du chef de l’Etat béninois pour ces secteurs ?

C’est tellement énorme le secteur de la culture que même avec tout ce qui se fait, il manque des choses qu’il faut ajouter. Je ne veux pas ici dire publiquement ce que nous allons faire ou ce que nous prévoyons de faire. Il y a des voix beaucoup plus autorisées mais nous pensons que nous pouvons compléter ce package du programme culturel qui est conduit sous le leadership du président Patrice Talon. Nous avons eu des discussions et nous allons apporter un peu, au même titre que d’autres qui apporteront aussi du leur parce que la culture est énorme. L’histoire du Bénin est énorme de même que les industries créatives.

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Comment concevez-vous le financement de la culture par les pouvoirs publics ?

D’abord il faut regarder les politiques qui ont été là seulement pour perfuser le secteur de la culture. On ne peut plus parler de ces politiques. Nous devons parler plutôt du développement. Ce sont des plaidoyers par nos dirigeants et par nous-mêmes qui vont faire que nous allons injecter beaucoup d’argent. Je vois une volonté s’afficher de plus en plus. Récemment j’ai entendu Exim Bank et la Banque africaine de développement dire croire en la culture et qu’elles vont mettre plus de moyens et je pense que ces moyens-là doivent trouver des projets et c’est pour cela qu’on fait des plaidoyers. Pour que les acteurs culturels puissent préparer des projets, pour que ces financements-là soient abordés, parce que la culture est non seulement créateur de richesse, mais règle aussi le grand problème que nous avons ici en Afrique, le problème de l’emploi.

Comment parvenir à installer des industries culturelles sur le continent ?

Déjà il ne faut pas dire qu’il n’y a rien. Aujourd’hui vous allez au Nigeria, il y a 2500 films qui se font chaque année. Les gens commencent à produire beaucoup dans la musique. Aujourd’hui la musique urbaine africaine est détenue par les Africains. Il y a des enregistrements, des concerts un peu partout, de la consommation même au-delà du continent. Je crois sincèrement qu’il nous faut aussi une volonté politique aujourd’hui. Il faut que nos responsables et dirigeants mettent l’accent sur la culture. Cela va créer beaucoup d’emplois et régler beaucoup de problèmes.

Que pensez-vous de l’impact du digital sur l’industrie musicale ?

Effectivement la vente physique n’existe presque plus. Il faut transformer tout cela au niveau digital. Il y a des maisons de disques qui ne sont pas à la portée de tout le monde, il faut éduquer notre public et les mélomanes à comprendre que le Cd n’existe plus, mais cela ne veut pas dire que le digital est gratuit. Par mon téléphone, je peux recevoir la musique de mon artiste préféré ou la musique que j’aime, mais cela doit devenir payant. Il faut que la volonté politique des Etats puisse passer sur les instruments digitaux un pourcentage qui reviendrait à la musique parce que c’est à partir de cet instrument que les gens reçoivent la musique. Donc on peut le taxer par un pourcentage qui revient aux ayants droit et éduquer nos populations à acheter au niveau digital ce qu’elle achetaient physiquement. C’est un peu lent aujourd’hui, ce n’est pas encore le niveau que nous avions avec le physique. Il faut que nous ayons en Afrique des boites qui fassent des streamings, qui parlent aux populations. Il faut que le public achète et pour que le public achète, il faut qu’il compare ce qu’il reçoit aujourd’hui à ce qu’il achetait physiquement.

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Vous avez rencontré des artistes béninois au cours de votre bref séjour. Des projets sont-ils en vue avec eux ?

Chacun déjà magnifie le fait qu’on se retrouve ici. Nous discutons. Chacun a son projet. Dans le cadre de la musique par exemple il y a des chansons à faire. C’étaient des rencontres sympathiques et très conviviales. Comme je vais venir très souvent maintenant, je pense qu’il y aura des choses qui vont se faire. Je n’aime pas trop les annonces mais il y a beaucoup de choses qui se préparent.

On peut donc espérer des collaborations avec des artistes béninois ?

Laissez-moi vous dire que c’est en vue.

Votre carrière est un peu en berne aujourd’hui, pourrait-on dire !

Je continue de travailler. Depuis que j’ai quitté mes fonctions de ministre de la Culture, disons depuis que j’ai quitté le département pour être au poste de ministre-conseiller, j’ai un peu plus de temps, donc j’ai la possibilité de faire mes tournées, je travaille sur des albums parce que j’ai du temps.

La star sénégalaise se dit confiante de l’évolution…

On a l’impression que vous êtes plus dans la politique et le social aujourd’hui !

C’est peut-être sur le continent que je n’ai pas beaucoup tourné sinon les deux dernières années, j’ai fait pas mal de concerts à l’international ; là je viens de boucler une tournée de sept mois en Amérique et en Europe et d’ici un mois nous commençons une nouvelle tournée en Australie. C’est vrai qu’en Afrique il y a longtemps que je n’ai pas joué.

Bientôt sur scène par ici ?

En tout cas, je viendrai jouer bientôt à Cotonou.

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Où est passé le Youssou N’Dour qui avait rempli le stade de Dakar pour exiger la libération de Mandela ?

Nous sommes toujours là. Nous exigeons toujours des choses. Par rapport à la musique, nous faisons des plaidoyers et nous continuerons à faire beaucoup de choses dans le cadre du social. Il y a aussi que des évènements qui se passent ne sont pas toujours des évènements qui demandent une mobilisation comme celle qu’on avait eue pour la libération de Mandela. Mais nous sommes là, vigilants, veillant à ce que les choses se passent bien en Afrique.

On apprend que vous serez désormais régulier à
Cotonou. Qu’est-ce qui vous y amènera ?

C’est tout le projet culturel du Bénin qui va m’amener souvent ici. Nous sommes sur une très bonne voie pour faire de très grandes et bonnes choses.

Qui est Youssou N’Dour ?

A l’état civil Youssou Madjiguène N’Dour, Youssou N’Dour, artiste, auteur-compositeur-interprète, musicien et homme politique sénégalais est né le 1er octobre 1959 à Dakar. Aîné de sa famille, il est de confession musulmane, membre de la confrérie mouride du Sénégal. Il commence adolescent à chanter dans les fêtes de famille. Sa carrière démarre à l’âge de 19 ans avec le groupe Étoile de Dakar. Le producteur sénégalais Ibrahima Sylla enregistre le premier album avec le groupe au Studio Golden Baobab. Youssou N’Dour acquiert une notoriété au Sénégal et décide en 1979 de fonder son propre orchestre le Super Etoile de Dakar.
Surnommé « Roi du mbalax » au Sénégal, chanteur africain de renommée internationale, il est devient patron de presse en 2003 et du groupe Futurs Médias. Ministre de la Culture et du Tourisme du Sénégal à partir du 4 avril 2012 puis ministre du Tourisme et des Loisirs du 29 octobre 2012 au 2 septembre 2013, il sera rattaché au président Macky Sall comme ministre-conseiller. L’une des chansons les plus célèbres de Youssou N’Dour est 7 Seconds en duo avec la chanteuse Neneh Cherry. En 1998, il compose l’hymne pour la phase finale de la Coupe du monde de football de 1998, La Cour des grands, qu’il chante avec Axelle Red. Il est le compositeur de la musique du film d’animation Kirikou et la Sorcière. Youssou N’Dour a reçu de nombreux prix pour sa musique, y compris celui du meilleur artiste africain en 1996 et celui du meilleur artiste africain du siècle en 1999. Le 13 février 2005, il a été récompensé par les Grammy Awards pour son album « Egypt » dans la catégorie meilleur album de musiques du monde et a eu deux disques d’or?