Entretien des personnes du troisième âge au Bénin : Faire de la vieillesse l’âge d’or

Par Collaboration extérieure,

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Prendre de l’âge ou vieillir? Quoi choisir ? Prendre de l’âge, c’est durer dans la vie et vieillir, selon Le Petit Larousse, c’est « perdre sa force, sa vitalité, l’apparence de la jeunesse en prenant de l’âge ». On le voit : on peut prendre de l’âge sans vieillir et vieillir sans prendre de l’âge. Mais dans la vie, les deux états vont souvent de pair. Et, nous choisirons le premier pour nos personnes âgées. Nous devons nous y engager.

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Les mutations sociales qui s’opèrent au Bénin influent sur l’évolution de l’individu. La colonisation a bouleversé l’ordre social qui y prévalait. L’introduction de l’école occidentale a provoqué l’apparition de nouvelles mentalités calquées sur celles de l’Europe. La famille nucléaire émerge et s’oppose à la famille étendue. L’urbanisation favorise l’exode rural. Ce dernier vide les villages de leurs jeunes et cloître les personnes du troisième âge dans l’isolement. Une situation similaire sévit dans les milieux urbains aussi.
Ainsi, les personnes âgées du Bénin sont en proie au vieillissement, abandonnées qu’elles sont par leurs proches. Il urge de préserver ces personnes de la déchéance. Elles furent actives lors de leurs premier et deuxième âges. Elles y ont gagné des expériences dont elles peuvent faire bénéficier la société et la jeune génération. Certains dirigeants du monde ont été des personnes du troisième âge—par exemple, Nelson
Mandela, Ronald Reagan, Charles de Gaulle— donnant ainsi la preuve des aptitudes de cette catégorie d’individus. Le dictionnaire Larousse de la Psychologie soutient que le troisième âge est « propice à l’épanouissement de la personne humaine : dégagé d’un certain nombre de contingences matérielles, connaissant la relativité des choses, le vieillard devient un sage. »
Pour tirer profit des personnes du troisième âge, l’on doit répertorier les problèmes qui les minent. Ces derniers sont de trois ordres. Le premier concerne leur santé, le second a trait à leur intégration sociale et le troisième, à leur subjectivité.
Le vieillard béninois est perclus de plusieurs maladies qui sont, entre autres, l’asthme, la tuberculose, le diabète et les maladies cardio-vasculaires. Ne participant plus, souvent, à la vie active, les personnes âgées manquent de moyens financiers pour se faire soigner, leurs enfants arguant de leur obligation alimentaire vis-à-vis de leurs descendants pour les négliger. La pitance n’est pas assurée. Certains en viennent à mendier, d’autres demandent asile au niveau des églises paroissiales. Ces dernières donnent déjà l’exemple à suivre pour régler les problèmes de survie des personnes âgées sans soutien : la création d’hospices. La société africaine connaît, de plus en plus, les mêmes anomalies que celle d’Europe. La chronicité de ces maux nous contraindra à adopter des remèdes plus ou moins identiques à ceux prescrits sur le Vieux Continent. Leur adaptation à nos réalités culturelles s’impose.
La personne âgée est déconnectée des nouvelles réalités sociales. Elle se morfond et souffre de n’être plus utile comme par le passé. Ses enfants sont adultes, mariés et géniteurs. Ils n’ont plus besoin d’elle. Aussi, ne viennent-ils plus la visiter souvent. Elle est esseulée dans sa masure, au village ou dans son pavillon en ville. La solitude, lorsqu’elle dure, engendre des désordres psychiques. Et le diagnostic du psychanalyste détectera comme cause de son affection le manque de rapports sociaux abondants. Ainsi, pour préserver la personne âgée de tels malaises, il faut l’intéresser aux jeux de société comme l’awalé, la belote, les échecs ou les dames. Ils entretiennent ses capacités intellectuelles dont l’étiolement fait le lit des désordres psychiques. En favorisant les échanges verbaux, les jeux de société comblent le déficit social dont pourrait souffrir la personne âgée. En somme, la santé physique comme mentale et la longévité de la personne du troisième âge sont tributaires de sa mobilité.
La personne âgée est très subjective. Elle attache du prix à certaines valeurs et tient à ce que son choix soit respecté : elle est conservatrice. C’est le conservatisme qui est surtout la cause de son isolement. Elle fut enfant, adolescent et adulte. A chacune de ces différentes étapes de sa vie, elle a eu des expériences – constructives selon elle – qui lui ont permis de parvenir au troisième âge : c’est la panacée. « De notre temps…». Telle est la formule qu’utilisent les personnes âgées pour introduire leurs propos. Leur temps était l’âge d’or de l’humanité. Toutes les vérités y ont été émises. Le temps présent est celui du postiche. Ceux qui en partagent les valeurs sont dans l’erreur. Ils n’en ont nullement besoin, celles que leur offrent les personnes âgées sont les meilleures parce que, prétendent-elles, les leurs leur sont léguées par les personnes âgées « de leur temps. »

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Jeunes aujourd’hui, vieux demain !

A les écouter, on est tenté de croire qu’elles veulent d’un monde immuable rivé au legs d’une génération qu’emporte la mort. Il n’en est rien. Le vieillard fut jeune. Il sait à quel point la jeunesse est ambitieuse ; c’est elle qui ouvre les sentiers qui conduiront la société vers l’avenir. Le jeune d’aujourd’hui sera le vieux de demain et, oubliant qu’il fut jouvenceau, voudra que les sentiers qu’il a ouverts soient les seuls usités. Il arguera que les sentiers ouverts par lui sont les meilleurs de tous les temps. Voilà schématisées, les causes profondes de la subjectivité des vieillards face aux actes des moins âgés.
La subjectivité dont font montre les personnes âgées est un comportement d’abandonnique. Elles sont frustrées du fait qu’ « elles ne comptent plus » pour la société. Elles pensent qu’elles sont des pestiférés relégués dans un mouroir. Aussi, entravent-elles tout processus qui ne leur est pas favorable. ‘’Sous l’orage’’, le célèbre roman de Seydou Kouyaté Badian, nous offre une illustration éloquente du désarroi que vivent les personnes âgées face à la perte des valeurs auxquelles elles ont souscrit pendant des lustres.
Mais, même si la société doit compter de moins en moins sur les personnes âgées, il lui faut, pour son évolution harmonieuse, compter avec elles.
Ceux qui prennent, majoritairement, part à la vie active dans une nation sont les jeunes, c’est-à-dire les personnes âgées de moins de soixante ans. Les sujets plus âgés interviennent, au fur et à mesure qu’ils prennent de l’âge, de moins en moins dans la production. Beaucoup de changements peuvent s’opérer sans eux mais certains ne peuvent se produire sans leur concours. L’on doit attirer l’attention de tous sur une réalité : les jeunes d’aujourd’hui seront les vieux de demain ! Nul n’y échappera! Les jeunes doivent prendre les mesures idoines pour la prise en charge convenable des personnes du troisième âge. Ils préparent, ainsi, leur propre prise en charge.

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Les personnes du troisième âge se prennent en charge: La Fraternité Papito Mamita (Frapama)
‘’A quel but répond la création de l’association Frapama ‘’?

« L’initiative fait suite à l’émission ‘’Souvenirs ! Souvenirs ! Rendez-vous des Papito Mamita’’ de Radio Atlantic FM animée alors par Oncle Jo. L’association est créée pour sortir les personnes du troisième âge de l’isolement et atténuer autant que faire se peut la situation d’abandon dont certains d’entre elles font l’objet. Vous savez, le sort des personnes du troisième âge n’est pas souvent rose dans notre pays où elles sont parfois traitées de sorcières, pour peu que fragilisées par l’âge et les ennuis de santé, elles veuillent faire quelques pas dans la rue, voire maltraitées ! C’est déplorable que cette couche de la population soit logée aux oubliettes alors qu’elle a contribué à la construction du pays qui a toujours besoin d’elle. Au Bénin, l’individualisme prend trop de champ et seule la solidarité du cheval et du chevalier a désormais cours, c’est-à-dire un marché de dupes où le chevalier (les descendants) dit de son cheval (les personnes âgées) qu’il est son meilleur ami alors qu’en réalité, c’est lui qui profite de l’animal. La situation des personnes du troisième âge est identique, avec des descendants qui de plus en plus ne veulent bien prendre soin de leurs parents âgés que seulement si ceux-ci doivent endosser leur situation de diplômés sans emploi. Notre association n’est pas pour le conflit de générations car, nous nous complétons pour le bien de notre nation. Nous nous sommes dévoués pour le pays et pouvons continuer à l’être, ne serait-ce qu’en faisant la médiation pour estomper les situations conflictuelles éventuelles. »

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Extrait d’une interview accordée par Monsieur Antonin Pedro de La Frapama à Paul AMOUSSOU, parue dans La Nation Magazine, Numéro 3 de décembre -2014 – janvier –février 2015.

Par Emma BEWA