Estelle Assah, responsable PTME à Bethesda: «Nous espérons le soutien du Programme et de l’Etat pour relever nos défis»

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Le challenge en matière du VIH et de la promotion de la Prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME), est une œuvre commune aux centres de santé publics et privés. C’est l’une des raisons qui justifient l’engagement de l’hôpital Bethesda à la mise en œuvre du programme.

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Estelle Assah, est la surveillante sage-femme à la maternité et responsable de la PTME dudit hôpital. Elle évoque ici, l’apport dudit centre dans la réalisation des objectifs fixés dans le cadre de la PTME, ses difficultés et les priorités sur lesquelles il entend agir avant de faire également quelques suggestions.

La Nation : Quels sont les services que Bethesda offre dans le cadre de la Prévention de la transmission de la mère à l’enfant du VIH (PTME) ?

Estelle Assah : L’hôpital Bethesda est un site de prise en charge pour les Personnes vivant avec le VIH (PVVIH), qui s’associe également à la Prévention de la transmission de la mère à l’enfant en matière de lutte contre le Sida. La maternité de l’hôpital participe alors à la prise en charge des mères PTME et les oriente pour le suivi des nouveau-nés.

Devrons-nous donc déduire qu’ici le dépistage est systématique?

Le dépistage n’est pas systématique, mais par le counselling nous incitons les femmes à faire un dépistage volontaire. Lorsqu’elles comprennent l’intérêt pour elles et pour leur bébé, elles ne sont plus réticentes.
Dans un premier temps, nous faisons les séances d’Informations et de communication pour un changement de comportement (IEC) en rapport avec la femme enceinte, que nous étendons à toutes les femmes en les accompagnant aussi à notre manière. Ensuite, lorsque la femme se décide pour faire le dépistage, nous reprenons le counselling, dans le but de l’amener à comprendre l’importance de notre démarche. Nous essayons de bien gérer le pré-test pour pouvoir convaincre la femme dans le cas où le test se révèlerait positif. Nous avons donc pour rôle de préparer le départ pour aboutir à un bon post-test, quand bien même le test devrait se révéler négatif.

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Dans le cas où le test se révèle positif, quel travail psychologique faites-vous pour non seulement informer la patiente, mais aussi pour gérer son état d’âme ?

Au départ, cet exercice a été rude pour nous. Mais actuellement, le VIH est démystifié. Nous le présentons comme toute autre maladie, en expliquant aux personnes séropositives, notamment aux gestantes qu’il ne constitue une fin en soi. Avec les Antirétroviraux (ARV), la maladie n’est plus considérée comme un sujet tabou ou de peine étant donné que les ARV constituent un véritable soulagement. Les femmes enceintes elles-mêmes comprennent que si elles ne se font pas dépister avant l’accouchement, ce sont leurs bébés qui en souffriront à l’avenir. Plus tôt le virus se décèle, plus vite le suivi se fait avec beaucoup d’assurance. Dans le cas contraire, la maladie peut s’avérer fatale pour le bébé. Nous leur recommandons alors de prendre les ARV pour la protection de l’enfant. De plus en plus, beaucoup comprennent le bien-fondé et prennent spontanément le pli.
Cependant, nous notons encore quelques réticences compte tenu de la discrimination au sein de la société. Bien que nous leur garantissions la confidentialité de leurs résultats en leur laissant même la latitude de porter plainte en cas de divulgation de leur état sérologique, elles ne nous rendent toujours pas la tâche aisée.

Le centre dispose-t-il de tous les équipements pouvant lui permettre d’être à la hauteur de ses prestations?

L’hôpital Bethesda disposait de tous les matériels adéquats au départ, mais l’appareil CD4 s’est détérioré depuis quelques temps. Cela nous oblige à référer les femmes sur le site de Suru-Léré à Akpakpa à Cotonou. Malheureusement pour des raisons financières liées au transport, beaucoup de femmes abandonnent le traitement.
Toutefois, au-delà de ces irrégularités, nous pouvons nous réjouir du fait qu’actuellement le centre dispose des kits-anémies pouvant favoriser le suivi des femmes même avant l’accouchement et permettre la réalisation des examens complémentaires donnant accès aux ARV. Mieux, l’hôpital ne connaît pas des ruptures d’ARV à moins que cela soit à l’échelle nationale. Dans le cas échéant, ces ruptures sont de courtes durées.

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Qu’en est-il du suivi de l’enfant ?

Ici, nos interventions portent sur deux tableaux : ceux d’avant la grossesse et d’après l’accouchement. Nous amenons les femmes à se rapprocher des sages-femmes avec un langage codé, connu par elles toutes, pour la prise des ARV. Dans un premier temps, nous abordons le volet prise en charge du couple mère-enfant par le biais d’un protocole qui permet de badigeonner les voies génitales de la mère avant l’accouchement. Ensuite, à sa naissance, le bébé reçoit ses ARV et est systématiquement confié au pédiatre qui lui applique un protocole de suivi. Nous faisons ainsi comprendre aux mères l’importance de ce processus pour le bien-être de l’enfant.

Tout semble aller pour le mieux dans votre centre. Est-ce à dire que vous n’enregistrez pas de contraintes majeures pouvant émousser vos ardeurs en matière de la PTME ?

Les difficultés actuelles sont notamment liées aux mutations des agents qualifiés vers d’autres centres de santé qui ne vivent pas forcément les mêmes réalités que nous. L’Etat est en train de procéder aux recrutements de plusieurs agents de santé à la fois. Dans le même temps, nombreux sont les médecins et sages-femmes professionnels qui sont mutés vers d’autres centres de santé qui ne sont pas des sites de PTME. Nous sommes donc à un renouvellement de la formation de nos agents, ce qui affecte la santé et la confidentialité des patientes. Mais nous faisons le nécessaire pour pallier cela.

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Des défis à relever ?

Notre premier défi est d’étendre le dépistage à toutes les femmes enceintes en vue de faire accoucher des bébés sains, pour leur meilleur suivi après la période post-natale.
Nous sommes convaincus de ce que les objectifs fixés en matière de la PTME, seront atteints. L’évaluation à mi-parcours faite en 2012, a révélé que notre centre n’a pas enregistré de bébés contaminés. Les seuls cas sont ceux dont les mères n’avaient réellement pas suivi le traitement et qui l’ont fait dans un autre centre que le nôtre. Notre souhait est que tous les bébés soient nés, sains.

Faites nous part de vos suggestions pour l’amélioration du programme ?

Le renouvellement de l’appareil CD4 nous préoccupe sérieusement. Cela nous aiderait à faire efficacement face à nos défis et à réduire les déplacements aux femmes, notamment aux gestantes séropositives. Car, sous le choc d’une mauvaise nouvelle, il n’est pas aisé pour elles de faire encore le tour de plusieurs hôpitaux avant d’être prises en charge. Aussi, sommes-nous un centre confessionnel et n’ayant pas de subventions, nous n’arrivons pas toujours à leur venir en aide. Nous avons aussi besoin que le programme puisse nous aider dans les bilans complémentaires avant la mise sous ARV, et espérons également le soutien de l’Etat pour relever les défis qui sont les nôtres.

Propos recueillis par Maryse ASSOGBADJO (Avec la collaboration de CeRADIS-ONG)