Et dit tôt: Les réacs’ !

Par Paul AMOUSSOU,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Et dit tôt: Les réacs’ !


Réactionnaire, réacs’ en abrégé. C’est une jubilation exquise, pour peu qu’on ne l’est pas, de découvrir le sens que Wikipédia donne au terme ‘’réactionnaire’’: la politique prônant et mettant en œuvre un retour à une situation passée réelle ou fictive, rejetant les changements sociaux, moraux, économiques et politiques. Une sorte de rétropédalage perpétuel en somme. Et l’on en déduit qu’il n’y a aucune gloire à épouser une pensée qui rejette un présent perçu comme « décadent » et prône un retour vers un passé idéalisé, voire fictif. Qui n’avance pas recule ou à tout le moins stagne, c’est une évidence. Quelle idée donc d’idéaliser un passé toxique et, en réaction, surtout de faire de la résistance aux innovations sous prétexte qu’il n’en a pas toujours été ainsi par le passé ?

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A propos des réactionnaires, bien qu’ils n’en ont pas forcément conscience, quelques-uns sévissent aujourd’hui au sein de la société béninoise, avec pour terrain de prédilection les réseaux sociaux qu’ils investissent de leurs flux d’intoxication. Dans notre contexte, les réactionnaires sont surtout ceux qui font de la résistance au changement de paradigmes prôné par la gouvernance actuelle, et manœuvrent pour que demeurent les (anciennes) mauvaises pratiques surtout si elles leur étaient avantageuses. Et sur cette lancée, dénigrant et s’opposant à tout nouveau paradigme, ces partisans d’un conservatisme étroit pour ne pas dire de mauvais aloi, semblent ne rien trouver d’innovant à leur goût, et font amalgame de tout bois.
Disposer deux entrées au Cnhu, l’une cycliste et l’autre automobile? Quelle idée saugrenue, a-t-on entendu dire ! Mais depuis, il est apparu que c’est une formidable solution pour l’accès et la fluidité du trafic à l’hôpital de référence. Faut-il embellir et verdir les places publiques ? Bah, non ! Pourquoi donc?, s’étonnent les réactionnaires, soutenant sans sourciller qu’embellir la ville était accessoire. Depuis la fin des travaux, il faut faire un tour à ces places réaménagées pour y observer la joie de jeunes et adultes. Les premiers y débordant d’inventivités pour faire des photos (selfies), les autres pour jouir de l’espace avec allégresse. Preuve que ce conservatisme là est inintéressant.
Pourtant, dans la même veine, il a été dit et soutenu qu’il ne faut pas opérer certaines réformes institutionnelles nécessitant la révision de la Constitution. Ah, surtout pas!, interjettent les amis réactionnaires les poils de la peau en hérisson, vénères, faisant valoir qu’elle est formidable cette « Constitution du 11 décembre 1990, pur bonheur». Constitution ‘’vodoun’’, dit-on, érigé pour être inamovible, allèguent certains sans l’avoir lu (pour la plupart) ni d’ailleurs le projet de révision qui serait pourtant «taillé sur mesure », et constituerait au cas où il serait validé un «recul démocratique », voire « une remise en cause » des acquis de la Conférence nationale qui a bon dos, suivant une rhétorique bien huilée qu’on entend à chaque initiative visant à réformer ce qui doit l’être de notre architecture institutionnelle.
Cette posture, fausse, visant à faire obstacle à la nouveauté quelle qu’elle soit, fait aussi montre de sa nocivité avec la réforme du système partisan à travers la prise d’une loi portant code électoral dont beaucoup disent du mal sans l’avoir lu. Pourtant, ledit code en soi est porteur d’avancée notable pour la pratique de la chose politique au Bénin. Utilité marquée rien que par la perspective de mettre fin au fatras de ces innombrables partis qui n’existaient pour la plupart que de nom. Multipartisme ne devant du reste pas rimer avec pléthore de partis sur l’échiquier politique national, si l’on s’inspire des démocraties établies et dites grandes comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, etc. Notez, qu’ici, il n’y a aucune velléité à aller contre la veille, qu’elle soit citoyenne ou politique, nécessaire dans une démocratie libérale et utile si elle porte un son de cloche constructif. Mais cette veille ne doit pas s’assimiler à un renoncement au progrès, au rejet de ce qu’on ne comprend pas, ce qui revient à être réactionnaire?

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