Etat des lieux des ressources humaines dans les communes: Un gap de 3 402 agents à combler en 10 ans

Par Joel TOKPONOU,

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Ministre Raphael AKOTEGNON

Les maux qui minent les administrations communales ainsi que les points forts de ces administrations notamment en matière de ressources humaines sont connus. Un rapport sur l’état des lieux des ressources humaines des communes réalisé par l’Association nationale des communes du Bénin est désormais disponible. A en croire Luc Atrokpo, président de l’Association nationale des communes du Bénin, l’étude permet d’avoir désormais un aperçu de l’effectif du personnel existant dans les communes et de l’effectif souhaitable pour en dégager l’écart en termes de besoins en ressources humaines et d’incidence financière.
Selon les résultats de l’étude, 5 477 agents travaillent dans les 77 communes du Bénin, soit 4 085 hommes pour 1 392 femmes. Ce qui fait relever que le personnel masculin dans les communes est trois fois plus important que celui féminin.
Dans cet effectif, seulement 13 % d’agents sont des cadres de catégorie A alors que ceux de la catégorie D représentent 32 %. Au même moment, 20 % sont de la catégorie B, 24 % de la catégorie C et le reste, soit 10 % de la catégorie E.
Dans les administrations des communes, le rapport de l’Ancb constate que la majorité des agents a au moins 10 ans d’ancienneté et le grand nombre a un âge qui varie entre 35 et 44 ans. Ces agents communaux travaillent pour la plupart sous des contrats à durée interminée et durée déterminée. Mais un grand nombre, soit 1 437 personnes, sont sans précision de statut dans les mairies.

Agir en synergie !

Au regard des résultats et des différentes projections, le rapport formule des recommandations aux différentes parties prenantes de la gouvernance locale.
Entre autres, les communes doivent programmer le recrutement externe de 3 402 agents sur un horizon de dix ans, à compter de cette année. En cette année 2021, il est recommandé de recruter 387 agents dont 50 de catégorie A1 et A3. Pour le reste, 337 nouvelles personnes devraient faire leur entrée dans les administrations communales chaque année, si on s’en tient aux recommandations du rapport.
Il est aussi souhaité que les communes puissent élaborer ou adapter leurs organigrammes en tenant compte des réalités et pourvoir aux postes de responsabilités vacants. Mais si ces derniers sont inutiles, le mieux serait de les supprimer de l’organigramme. Cette décision a l’avantage de rendre l’organigramme plus souple, plus efficace et moins coûteux pour les mairies, précise le rapport.
Le même rapport préconise aux communes de « faire en sorte que les chefs service soient de la catégorie A et les chefs division de la catégorie B » ; puis d’étoffer le service des ressources humaines en personnel adéquat.
Il est aussi nécessaire de renforcer la réforme budgétaire et de poursuivre l’accroissement de la qualification du personnel.
L’accroissement de la mobilité interne, l’organisation des affectations sur les exigences des nouveaux postes, le renforcement de l’adéquation entre les compétences et les profils de poste, la formation pour l’amélioration des compétences… sont bien d’autres recommandations faites par le rapport.
Quant à l’Ancb, il lui est recommandé d’avoir une meilleure vision prospective en harmonie avec les nouveaux objectifs fixés par le gouvernement et de renforcer ses interventions avec les communes.
Les préfectures doivent, pour leur part, veiller à la mise en œuvre des orientations générales du gouvernement alors que ce dernier doit contribuer à mettre en place les infrastructures communautaires.
Des recommandations particulières sont également formulées à l’endroit des ministères de la Fonction publique et des Finances ainsi que des partenaires techniques et financiers.

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Des explications !

Maire de la commune de Toviklin dans le département du Couffo, Christophe Tozo fait face à l’effectif réduit des cadres de catégorie A dans son administration. « Nous avons peu de cadres de conception mais beaucoup d’agents d’exécution à la mairie. De manière précise, sur les 41 agents, nous avons seulement 6 cadres supérieurs, 8 cadres moyens », relève-t-il. Cette réalité, il l’explique par le fait que les premières mandatures de la décentralisation n’ont pas fait beaucoup de recrutements d’agents de haut niveau. Ce qui handicape le travail dans les services.
Ce tableau à Toviklin est pareil dans toutes les communes comme l’a mentionné le rapport de l’Ancb qui est actuellement en cours de dissémination. Mais il cache une réalité virtuelle. «Certains agents ont poursuivi leurs études et obtenu d’autres diplômes. Seulement, ces parchemins ne sont pas pris en compte par les mairies car postérieurs à leur recrutement. De ce fait, ils ne peuvent servir qu’en tant qu’exécutants ».
Selon le maire Christophe Tozo, « l’autre difficulté pour les communes, c’est le poids des rémunérations des cadres de niveau supérieur ». Plus la catégorie et le grade de l’agent sont élevés, mieux il est payé. Ce qui pèse sur le budget déjà insuffisant des communes.

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Engagement

« L’un des défis majeurs auxquels nos administrations locales sont confrontées depuis l’avènement de la décentralisation est celui des ressources humaines. Malgré les efforts déployés par les différentes équipes qui se sont succédé à la tête de nos communes, le problème persiste et impacte négativement le développement de nos localités », reconnaît Luc Atrokpo, maire de la commune de Cotonou. Le président de l’Association nationale des communes du Bénin, lançant la dissémination du rapport, insiste sur l’importance que revêtent les ressources humaines pour le développement des collectivités territoriales. C’est d’ailleurs pour lever ce goulot d’étranglement que l’étude a été commanditée par son institution. « Pour relever les défis de développement à la base, il est impérieux pour nos administrations locales de se doter de personnel qualifié et en nombre suffisant à travers une gestion stratégique de leurs ressources humaines », a-t-il martelé. Le numéro 1 des maires du Bénin compte sur l’engagement de ses collègues, des autres parties prenantes et la synergie d’actions pour donner un nouveau visage au personnel administratif des communes, et par là à toute la gouvernance locale.

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Le gouvernement anticipe

L’état des lieux décrit par l’étude de l’Association nationale des communes du Bénin n’est pas différent de celui du gouvernement. Dans son relevé du Conseil des ministres du 2 juin 2021, il était mentionné que certaines tares minent la gouvernance locale. Parmi elles, figurent les anomalies en matière de gestion des ressources humaines. « Les recrutements de personnels ne tiennent pas souvent compte de la compétence ni des besoins réels des mairies. Ainsi, en général, nos communes ne disposent pas de cadres ayant des compétences en adéquation avec les exigences techniques des postes qu’ils occupent », avait mentionné le Conseil des ministres. Au cours de cette réunion hebdomadaire des membres du gouvernement, il avait été décidé de la mise en œuvre de réformes afin d’améliorer la gouvernance communale. Selon le gouvernement, ces réformes doivent se faire en suivant quatre directives : renforcer la séparation des fonctions politiques et techniques pour améliorer la reddition de comptes et lutter plus efficacement contre l’impunité ; mettre en place un dispositif opérationnel de relai des services publics entre les niveaux central, communal et infra-communal ; améliorer les mécanismes de financement des investissements communaux et créer des synergies d’actions entre le conseil communal, ses démembrements, les associations de développement et les Ong.