Ethiopie: Le Tigré s’enfonce dans une crise humanitaire grave

Par Catherine Fiankan-Bokonga,

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Faim et maladie

Alors que les combats s’intensifient au Tigré (Ethiopie), l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés est extrêmement préoccupée par le sort de milliers d’Erythréens actuellement pris au piège dans les deux camps. La situation est d’autant plus préoccupante que l’aide humanitaire n’a plus accès à la région et que le risque que ces personnes soient exposées à la faim et la maladie est accru. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que 3,8 millions de personnes dans la région ont besoin d’une assistance sanitaire d’urgence.

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Selon un porte-parole du Haut-Commissariat pour les réfugiés (Hcr) à Genève, Babar Balloch, environ 24 000 réfugiés érythréens, regroupés dans les camps de Mai Aini et d’Adi Harush, situés près de Mai Tsebri au Tigré (Ethiopie), sont actuellement victimes d’intimidation et de harcèlement par des groupes armés non identifiés. Depuis novembre 2020, des membres de l’ancien parti au pouvoir dans la région, le Front de libération du peuple du Tigré (Tplf), combattent l’armée fédérale éthiopienne et ses alliés, dont l’armée érythréenne.
D’après des informations en provenance de Mai Aini, au moins un réfugié aurait été tué par des éléments armés opérant à l’intérieur du camp. Ce décès s’ajoute au meurtre d’un autre réfugié le 14 juillet. Le Hcr « implore toutes les parties impliquées dans le conflit de s’acquitter de leurs obligations en vertu du droit international, notamment en respectant le caractère civil des camps de réfugiés, les droits des réfugiés et de tous les civils à être protégés des hostilités ».
Le personnel de l’agence onusienne n’a plus accès à ces camps depuis deux semaines. Les réfugiés sont pris au piège au milieu d’une zone de combats. Ils ont un besoin urgent d’aide. L’eau potable commence à manquer et ils n’ont accès à aucun service de santé. Bientôt, la nourriture pourrait également faire défaut. En effet, la dernière distribution de vivres a eu lieu à la fin du mois de juin, fournissant des rations pour une durée d’un mois. Depuis le 18 juillet, la principale route d’approvisionnement humanitaire entre Semera, en Afar, et Mekele dans le Tigré, est complètement bloquée. Vivres et autres fournitures des agences humanitaires sont ainsi bloqués à Semera. Le chef du Programme alimentaire mondial (Pam), David Beasley, a lancé un cri d’alarme pour que les 170 camions chargés de nourriture et autres objets essentiels actuellement bloqués puissent partir tout de suite car d’ici le 30 juillet, le Tigré n’aura plus de nourriture.
L’Organisation Mondiale de la Santé (Oms) reconnait avoir des moyens extrêmement limités dans la région du Tigré. Ainsi, des centaines de milliers de personnes, y compris des victimes de combats, des femmes enceintes et des survivantes de violences sexuelles, n’ont pas accès aux soins de base et aux médicaments essentiels. De nombreux établissements de santé ont été endommagés ou détruits par les combats, le matériel pillé. L’Oms et ses partenaires s’efforcent aussi de renforcer les actions de préparation et de riposte aux maladies à potentiel épidémique (choléra, rougeole, paludisme, Covid19) en mettant l’accent sur les populations déplacées et en appuyant les enquêtes sur les flambées présumées dans la région. Le risque d’épidémie de choléra est particulièrement élevé. La première campagne de vaccination orale contre cette infection diarrhéique aiguë a touché plus de 2 millions de personnes sur les 4 millions ciblées. Près d’1,8 million de personnes, principalement des enfants, doivent aussi être vaccinées d’urgence contre la rougeole au risque de l’attraper.
Les agences humanitaires sont profondément préoccupées par le risque croissant de malnutrition aigüe sévère au Tigré. Entre le 1er et le 15 juillet, 458 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ont été admis dans des centres de stabilisation des hôpitaux de Mekele et de Yekalit. Sur les 92 centres de ce type qui fonctionnaient, seuls 23 sont encore opérationnels.
Le Tigré compte environ 7 millions d’habitants. Selon l’Agence éthiopienne en charge des réfugiés (Arra), 92 000 réfugiés érythréens vivaient dans cette région avant la guerre, dont 19 200 à Hitsats et Shimelba.

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Par Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse)