Evaluation finale du projet Ame à Kouandé: Un impact notable sur les habitudes nutritives

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Démarré en janvier 2017 et mis en œuvre par Catholic relief services dans un arrondissement de la commune de Kouandé, département de l’Atacora, le projet Ame, entendu Allaitement maternel exclusif, a pris fin en septembre 2019. Réunies à Cotonou hier mardi 4 février, parties prenantes et personnes ressources ont pris part à un atelier de restitution des résultats de l’évaluation finale du projet notamment ses effets dans la zone d’intervention.

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Au terme de la mise en œuvre du projet Allaitement maternel exclusif (Ame) à Oroukayo, dans la commune de Kouandé, département de l’Atacora, le taux d’allaitement exclusif des enfants de moins de 6 mois est passé de 57% à 91 %, pour une prévision de 90 %, soit un dépassement de 1 %. Le pourcentage de nourrissons allaités au sein dès la première heure de la naissance est passé de 56 % à 74 %, pour une prévision de 70 %, soit un dépassement de 4 %. Aussi, l’incidence d’un faible poids à la naissance chez les nouveau-nés a été réduite de 12 % à 9 %. Ces trois indicateurs d’effet traduisent l’atteinte des trois objectifs spécifiques du projet et donnent la preuve de son efficacité. Les indicateurs de performance du projet Allaitement maternel exclusif dans l’arrondissement d’Oroukayo font également noter que 87 % de mères (sur 21 % au départ) sont aujourd’hui capables de citer quatre signes de bonne prise de sein. De même, 84 % de grands-mères (sur 40 % au départ) et 84 % de leaders d’opinion et religieux (sur 53% au départ), sont aujourd’hui capables de mentionner au moins trois avantages de l’Ame. A en croire Sean Gallagher, représentant résident de Catholic relief service (Crs), l’atteinte de ces résultats est le fruit d’actions coordonnées et d’approches innovantes. Au titre de ces approches, le coordonnateur du projet, Vincent Agligan, cite l’approche Groupe de soutien Ame basée sur la sensibilisation des grands-mères; l’approche Relais communautaires qui ont formé les différentes couches ; l’approche maison modèle ; l’approche conseillers Ame / cadre de concertation communal du projet. La mise en œuvre du projet a donc permis, en trois ans, de faire adopter les bonnes pratiques nutritives aux populations de la zone d’intervention. « Je note un changement de comportement. Je retiens l’adoption par les populations de la mise au sein précoce du nouveau-né. Je suis convaincu que dans cette communauté de Kouandé, cette sensibilisation est bien comprise. Il n’est plus à démontrer que ce projet a connu un succès éclatant… », a témoigné Abassi Moussa, maire de la commune de Kouandé. Pour Roch Mongbo, secrétaire permanent du Conseil pour l’alimentation et la nutrition, l’importance de l’Ame sur le développement physique, l’intelligence, la bonne santé infantile est connue de tous. «Sur une pratique aussi fondamentale, il est heureux de réaliser qu’une institution comme Crs, prenne sur elle le soin d’implémenter dans un coin du Bénin une si belle expérience pour changer les pratiques », a-t-il affirmé. Mais la pérennisation des acquis est le défi qui, déjà, fait réfléchir. Pour le maire de Kouandé, le soutien et le maintien des acquis pour la pérennisation des bonnes pratiques sont une nécessité. Il s’est d’ailleurs engagé à poursuivre les efforts dans sa commune et suggère, entre autres, dans l’optique d’une généralisation à l’échelle nationale du projet, la motivation des relais communautaires pour une sensibilisation constante.

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Le projet Ame : De la genèse à la mise en œuvre

Selon l’enquête Mics-Insae de 2014, 34,4 % des enfants de moins de cinq ans au Bénin souffrent de retard de croissance. D’après l’enquête Smart-Crs menée en 2015, 26,1 à 45,6 % des enfants dans le département de
l’Atacora sont affectés par la malnutrition chronique. « En 2015, parmi les neuf communes de l’Atacora, sept communes étaient dans un état de malnutrition assez inquiétant. En 2016, nous avons alors mené des recherches pour comprendre les causes de ce fort taux de malnutrition. Les résultats ont révélé un fort taux d’ignorance de la mise au sein précoce du nouveau-né dès la première heure de sa naissance. Face à cette situation, Crs a financé, sur fonds propres, un projet pilote dénommé Allaitement maternel exclusif (Ame), qui a été mis en œuvre de 2017 à 2019 à Oroukayo, arrondissement de la commune de Kouandé. Une localité qui connaissait un retard de croissance très élevé chez les enfants et un faible taux d’initiation précoce à l’Ame. D’un coût global de 209 millions 420 mille 600 francs Cfa, ce projet vise la promotion de l’allaitement exclusif au niveau communautaire», explique Vincent Agligan, coordonnateur du projet. Dans le cadre de sa mise en œuvre, il mentionne au titre des activités majeures : la formation des relais communautaires, des conseillers et des groupes de soutien à l’Ame ; le renforcement des services de gestion et de soutien au niveau des formations sanitaires de l’arrondissement et de la commune ; l’initiation précoce à l’Ame au moment de l’accouchement dans les centres de santé ; la sensibilisation des autorités, chefs traditionnels et religieux et des mères et pères… ; la diffusion des messages sur l’adoption de l’Ame dans les lieux de cultes par les leaders religieux; le suivi de la croissance des enfants ; la prise en compte de l’approche genre/maison modèle dans les interventions pour l’implication des maris… Toutes choses qui ont permis d’obtenir des résultats élogieux; lesquels résultats ont été salués par les participants à l’atelier de restitution. A noter que l’évaluation finale du projet est intervenue en août 2019. Outre les résultats, il en ressort entre autres leçons apprises dans la zone d’intervention, la nécessité de la prise en compte de la transhumance de la communauté peule.

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