Evolution des services financiers numériques : Plein essor de l’activité de la monnaie électronique

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Evolution des services financiers numériques Plein essor de l’activité de la monnaie électroniqueLa monétiquie devient une réalité de tous les jours en afrique de l’Ouest

L’activité de la monnaie électronique est en plein essor dans la zone Uemoa, contribuant à l’inclusion financière dans les Etats membres. Mais les défis à relever restent multiples en vue d’un écosystème plus fiable.

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Au Bénin, 608,79 millions d’opérations ont été traitées pour un montant total de 4 347 milliards F Cfa en 2020, soit une hausse de 83,64 % en volume et 54,20 % en valeur par rapport à 2019, selon le Rapport annuel 2020 sur la situation des services financiers numériques dans l’Uemoa. Au niveau de la distribution, note le document de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), il est constaté une progression de 61,53 % des points de services financiers qui s’établissent à 174 297 à fin décembre 2020.
Au total, cinq initiatives d’émission de monnaie électronique ont été dénombrées, avec deux nouveaux déploiements de services avec la Ccei-Bank Bénin et Uba Bénin. Ces établissements ont enregistré 15,44 millions de comptes de monnaie électronique ouverts, à fin décembre 2020, en progression de 34,40 % par rapport à l’année précédente. Le taux d’activité de ces comptes est ressorti à environ 34,02 % contre 37,55 % en 2019, d’après le rapport.
Le Bénin détient 16,39 % du nombre total de comptes de monnaie électronique dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) derrière la Côte d’Ivoire avec 27,72 millions de comptes (29,42 %) et devant le Burkina Faso (16,21 %), le Sénégal (14,08 %), le Mali (9,18 %) et le Niger (6,88 %), le Togo (6,05 %), la Guinée-Bissau (1,79 %).
Au niveau régional, ce sont 42 initiatives d’émission de monnaie via la téléphonie mobile qui ont été enregistrées avec notamment l’entrée de cinq nouveaux établissements. Les banques détiennent la majorité des offres avec 29 initiatives, suivies des établissements de monnaie électronique avec 12 initiatives. Le taux d’activité s’est consolidé pour atteindre 45,43 % en 2020, contre 43,64 % en 2019 et 37,77 % en 2018. Cette progression, analyse la Bceao, traduit le dynamisme de ce secteur dans un contexte marqué par la pandémie de la Covid-19. Le secteur a contribué à hauteur de 48,61 % (contre 38,8 % en 2019) au taux d’inclusion financière de l’Union établi à 63,8 % en 2020.

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Demandes en hausse

Les demandes auprès de la Banque centrale pour l’émission de la monnaie électronique se sont multipliées. Le nombre global de points de services a progressé de 30,72 % pour s’établir à 1 071 390 à fin 2020, contre 819 608 à fin 2019.
En ce qui concerne la demande des services financiers numériques, le nombre de comptes de monnaie électronique est ressorti à 94,23 millions en 2020 contre 76,9 millions en 2019, soit une augmentation de 22,43 %. Les établissements de monnaie électronique (Eme) détiennent 60,14 % du nombre total de comptes de monnaie électronique ouverts, contre 66,28 % en 2019. Cette baisse de 6,14 % est imputable principalement au développement des partenariats entre les banques et les sociétés travaillant sur des solutions financières innovantes (Fintech) ou les entreprises de télécommunication qui détenaient 39,86 % des comptes de monnaie électronique.
En termes d’utilisation, les transactions ont progressé de 38,27 % en volume et de 44,25 % en valeur pour atteindre 3 497,28 millions d’opérations d’une valeur totale de 41 455,32 milliards F Cfa en 2020, contre 2 632,07 millions d’opérations pour une valeur de 28 738,42 milliards F Cfa une année plus tôt. Près de 9,71 millions d’opérations en moyenne ont été traitées quotidiennement par l’ensemble des plateformes de paiement mobile de l’Union, contre 7,31 millions en 2019. La valeur moyenne journalière des transactions est estimée à environ 115,15 milliards de F Cfa en 2020 contre 79,83 milliards F Cfa en 2019, soit une hausse de 44,25 %.
Malgré le boom qu’il connaît avec un volume considérable de transactions, la finance digitale reste confrontée à de nombreux défis. Ceux-ci sont liés notamment à l’adéquation du cadre réglementaire et de surveillance, le cloisonnement de l’écosystème et la multiplication d’initiatives nationales et privées d’interopérabilité, l’identification et la protection des usagers ainsi que la sécurité des transactions.
En fait, des risques subsistent et sont relatifs à la protection des détenteurs de compte de monnaie électronique, en cas de défaillance des émetteurs ou de la banque de domiciliation du compte de cantonnement des fonds, à l’exercice illégal de l’activité de monnaie électronique, à la complexité des modèles de multi-partenariats développés par les banques avec des prestataires techniques.

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Pour un écosystème innovant !

Tant au niveau national que régional, le cloisonnement des systèmes de paiement électronique reste l’une des caractéristiques essentielles de l’écosystème des paiements. Cela se traduit par l’inefficience des mécanismes de compensation avec des risques de défaillance, l’ouverture de corridors pour les transferts transfrontaliers et la multiplication d’initiatives publiques et privées en matière d’interopérabilité.
C’est en cela que le projet régional d’interopérabilité des services financiers numériques dans l’Union initié depuis 2017 revêt toute son importance. Il devra être accéléré pour la mise en place d’une infrastructure permettant les échanges de compte à compte, quels que soient le type de comptes, les acteurs, les canaux et les services utilisés. Ainsi, les transactions seront-elles irrévocables et instantanées. L’objectif est de bâtir un écosystème inclusif et innovant, basé sur une concurrence équitable et des partenariats bénéfiques pour tous les acteurs.
Pour ce qui est de l’identification des usagers des services financiers, la mise en place d’un système harmonisé s’avère nécessaire pour pallier le phénomène de multibancarité. En fait, une même personne peut être répertoriée autant de fois qu’elle dispose de comptes. Cela fausse quelque peu l’évaluation des indicateurs d’inclusion financière et le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
L’attribution aux clients des institutions financières d’une identité unique et acceptée par tous les fournisseurs de services financiers devrait permettre l’authentification de l’identité des usagers, au moment des transactions par la biométrie. Toutes choses qui devraient contribuer dans un avenir proche à l’amélioration de l’accès des populations aux services financiers numériques, à l’assainissement de l’écosystème en termes de transparence dans la tarification, de qualité des services et de réduction des coûts des transactions, espère la Bceao.
Pour sa part, l’institut d’émission entend mettre l’accent sur l’émission de la monnaie électronique par les trésors publics nationaux (Tpn), l’ouverture d’un Bureau de connaissance et de suivi des Fintech (Bcsf) ainsi que la création d’un Laboratoire d’innovation financière (Lif), outre la poursuite de l’interopérabilité des services financiers numériques et la révision du cadre réglementaire régissant les activités en la matière.